Emmanuel Macron, en président-candidat de la réindustrialisation, annonce 21 investissements étrangers

Le président se rend lundi 17 janvier sur un site chimique dans le Haut-Rhin. L’occasion d’annoncer de nouveaux projets d’investissements d’entreprises étrangères, dans le cadre de la politique «Choose France». Les projets industriels sont très majoritaires. De quoi illustrer le succès d'une stratégie économique qui n’est pas sans quelques failles. Il reste l’espoir d’un second quinquennat pour les combler.

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Merck Martillac
Sur son site de Marcillac, Merck prévoit de créer une centaine d'emplois.

Crise sanitaire oblige, ce n’est pas au château de Versailles que le président célèbrera en 2022 l’attractivité du territoire. Le sommet Choose France réunissant, traditionnellement au mois de janvier, des investisseurs internationaux, n'aura pas lieu sous sa forme habituelle. En lieu et place le président de la République se rendra dans le Grand Est à Chalampé sur la plateforme de production Alsachimie que BASF a choisi pour implanter une usine de production de HMD, matière intervenant dans la fabrication du nylon.

Pour le président-candidat, il est sans doute d’ailleurs plus habile de vanter les effets concrets de sa politique sur un site industriel, casque sur la tête, qu’en costume-cravate sous les ors de Versailles. Le coup de projecteur sur l’investissement de BASF qui se monte à 350 millions d’euros est aussi symbolique de la capacité du pays à attirer des implantations industrielles puisque sur les 21 projets annoncés, 15 relèvent de ce secteur.

L’autre grande annonce relève aussi du secteur de la chimie avec l’investissement colossal de 850 millions d’euros de l’américain Eastman dans une usine de recyclage moléculaire de PET. Son lieu d’implantation n’est pas encore définitif puisque plusieurs régions françaises sont encore en compétition pour l’accueillir.

Au global les 21 projets annoncés s’élèvent à 4 milliards d'euros d’investissement et créeront 10 000 emplois directs chez les porteurs de projets. Pour l’Elysée c’est une très bonne moisson, puisque lors du dernier sommet Choose France (reporté de janvier 2021 à juin 2021 pour raisons sanitaires), 3,5 milliards d’euros d’investissements étrangers avaient été annoncés pour 22 projets, dont 20 qui se sont concrétisés. «Cela valide les résultats des efforts de notre politique économique. Les investisseurs achètent la cohérence, l’agenda de soutien de la politique de l’offre mis en œuvre depuis le début du quinquennat. Et surtout nous ne constatons pas l’attentisme qui prévaut en général dans les périodes pré-électorales», confie un conseiller de l’Elysée.

Nouveaux sites et modernisations de lignes

Au-delà de la chimie, le secteur de la santé se taille la part du lion dans ces nouveaux projets (5 sur 21) dont Merck à Molshein, Pfizer, mais d'autres secteurs sont concernés comme l’alimentation animale avec un investissement de Mars Petcare à Saint-Denis de l’Hôtel (Loiret) ou le recyclage avec Loop industrie pour une usine en partenariat avec Suez pour 250 millions d’euros et 180 emplois. Le tout est réparti sur l’ensemble des régions. Tous les projets d’investissements ne sont pas des créations de sites, certains visent à augmenter les capacités de productions comme chez Mars Petcare dans le Loiret ou à moderniser des lignes comme chez Collins Aerospace qui investit sur l’avion vert et relocalise des pièces critiques et des chaînes de maintenance d’équipements avionique.

Dans l’agroalimentaire Ferrero a aussi prévu un montant de 36 millions d’euros pour moderniser et digitaliser les lignes de son usine de Villers-Ecalle (Normandie). Dans la santé GSK va investir 118 millions d'euros pour digitaliser ou décarboner trois de ses sites. Dans les services et la distribution, il s’agit essentiellement d’investissement dans le capital humain, avec 2 000 recrutements prévus chez Accenture en 2022, celui de Manpower d'embaucher 16 000 CDI intérimaires ou l’extension du réseau de darkstores du turc Getir, pionnier de la livraison ultra rapide qui promet la création de 5 000 emplois. Compte-tenu de l'embouteillage d'acteurs sur ce secteur, la promesse reste aléatoire.

Au-delà de l'effet des réformes sur l’environnement des entreprises, certains de ces projets comme celui de Eastman vont bénéficier des plans d’investissement de France Relance ou France 2030. Mais toujours selon l’Elysée, «l’argent public n’est pas le principal moteur, les aides sont d’ailleurs régies selon des règles européennes». La compétition entre pays européens est en effet limitée sur ce type d’avantage.

Revitaliser les territoires

L’exécutif se félicite d’avoir au cours du quinquennat remis le site France sur la carte des investissements étrangers, étant devenu le premier pays destinataire en nombre en Europe depuis deux ans. Une position accréditée par l’étude annuelle d’attractivité réalisée par le cabinet EY. Selon Business France, entre 2017 et 2020, la France a accueilli 5 300 projets permettant la création ou le maintien de 140 000 emplois.

Reste qu’elle a échoué à attirer certains très grands sites au-delà du milliard d’euros comme la gigafactory de Tesla qui a choisi Berlin ou le futur site d’Intel de semi-conducteurs qui s’implantera à partir de 2022 aussi en Allemagne, la France et l’Italie ne récupérant que des lots de consolation. TSMC est aussi en discussion avancée avec notre voisin d’outre-Rhin pour sa future usine de puces en Europe. L’Elysée balaie la critique (en rappelant tout de même la gigafactory de batteries de Envision à Douai). «Nous ne sommes pas dans la quête aux projets à plus d’un milliard, ce qui compte c’est l’emploi et la revitalisation des territoires. Il vaut mieux en avoir beaucoup, bien répartis pour réindustrialiser partout en France.»

Au-delà du président et de la ministre de l’industrie Agnès Pannier-Runacher qui se rendent en Alsace, c’est un véritable commando de six ministres qui se déplacent pour promouvoir des projets industriels, dont certains réalisés en 2021. Dans tous les cas, les futurs sites ne seront opérationnels parfois que dans un ou deux ans au minimum. Le temps de l’industrie n’est pas celui du politique. D’où l’intérêt du président pour la visite d’un site chimique déjà en activité. Les images du président dans un champ de patates vide destiné à accueillir une usine ne serait pas très vendeuses. Il y a une élection dans moins de 90 jours...

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