«Ecollant est indépendante, mais la start-up est née de la volonté d’industriels de la filière textile de challenger leur savoir-faire et leurs pratiques», explique Agathe Rouzaud, directrice des opérations de recherche d’Ecollant. La jeune pousse auxerroise (Yonne), créée en 2019, souhaite recycler les vêtements composés de nylon, à commencer par les collants.
Chaque année, sur les 130 millions de paires vendues, 104 millions finissent à la poubelle, après avoir été portées en moyenne trois à six fois, sans que leur fin de vie n’ait été prévue. «C’est un symbole de la fast-fashion dont 86% de la contamination des sols générée par le produit provient du nylon», complète Agathe Rouzaud.
De la chimie verte pour recycler
Si la petite révolution industrielle du textile portant sur l’assemblage du nylon et de l’élasthanne, le guipage, est désormais maîtrisée, la question de la séparation de ces deux éléments restait un problème. «On sait recycler du polyamide, mais pas quand il est mélangé à d’autres matières. On a donc cherché, sur une paillasse de laboratoire», sourit Agathe Rouzaud, biologiste de formation. La startup a développé un procédé vertueux pour séparer les deux matériaux à l’échelle moléculaire. En cours de dépôt de brevet, les impacts de la solution ont été mesurés pour évaluer son gain environnemental.
Le nylon (ou polyamide) est ensuite transformé en granulés. Fondu, ce matériau ressort alors en fil continu pour former une nouvelle bobine de polyamide recyclé. «Elles existaient déjà, mais à partir de déchets de production, pas d’extraction.» Agathe Rouzaud et le reste de l’équipe de cinq personnes d’Ecollant ont testé leur bobine sur une machine de tricot pour réaliser un nouveau collant. Ils ont observé des bobines équivalentes à celles du marché avec le niveau de qualité attendu pour retourner dans la filière textile. De son côté, l’élasthanne rejoint une filière de recyclage dédiée.
Une usine en ligne de mire
Ecollant a sécurisé son gisement en tissant des partenariats avec des acteurs qui cherchent à améliorer leur démarche RSE. Parmi eux, des entités publiques qui emploient majoritairement des femmes comme l’Urssaf, de grandes entreprises comme la SNCF, des hôtels de luxe dont les salariées portent des collants pendant leur service ou encore des marques de collants pour leurs déchets de production comme CSP, plus gros producteur français avec la marque Well notamment.
La start-up commence peu à peu à toucher le grand public. «Nous avons signé avec des enseignes de la grande distribution comme le groupe Printemps qui collecte les collants usagés de son personnel et de ses clientes», relate la scientifique. En 2023, la jeune pousse a ainsi récolté 12 tonnes de collants.
Ce gisement est en cours de transformation tandis qu’Ecollant travaille à l’optimisation industrielle de son procédé pour changer d’échelle, avec l’objectif de créer une usine en 2028. «Nous avons l’ambition de devenir le leader de l’extraction de nylon», précise Agathe Rouzaud qui, après les collants, entend récupérer le nylon de toutes les typologies de vêtements.



