Nombre d'entreprises, grands groupes comme deeptech, planchent sur la décarbonation de l’industrie aéronautique. Alors que les progrès sont encourageants, deux étudiants, l'un d'ISAE-SUPAERO et l'autre diplômé Polytech Lille veulent ajouter leur pierre à l’édifice. Joseph Risson et Paul de Goÿs proposent d’hybrider deux technologies déjà bien connues : la pile à combustible et le turbopropulseur. D’un côté, une turbine à hydrogène et un moteur électrique, alimenté par une pile à combustible, font tourner l’hélice de l’avion. De l’autre, l’eau issue de cette même pile est injectée sous forme de vapeur dans la turbine et permet de gagner en puissance et en efficacité.
« Nous partons de deux technologies existantes pour l’avion à hydrogène tel qu’on le connaît, mais nous boostons ses performances grâce à l’injection de vapeur d’eau », explique Joseph Risson. Connu depuis les années 1970, ce principe d’ajout d’eau permet notamment d'augmenter le débit dans la partie combustion, donc la puissance. Il permet aussi de réduire la formation d'oxydes d’azotes (Nox), polluants de l’air. Jusqu’à présent, le fait de transporter cette eau empêchait l’utilisation de ce principe après la phase de décollage. La production d’eau à bord, grâce à la pile à combustible, éliminerait ces contraintes. Joseph Risson et Paul de Goÿs ont pour l’heure développé un prototype basse puissance de leur technologie.
VIraj H2 Schéma de la technologie développée par les deux étudiants. Crédit : Viraj H2.
L'avion régional d'abord visé
Ce projet, nommé Viraj H2, a été récompensé par la fondation Jean-Jacques et Félicia Lopez-Loreta, qui encourage les jeunes diplômés de quatre écoles d’ingénieurs françaises et suisses. Une dotation d’un million d’euros leur sera ainsi attribuée. Le rythme s'accélère donc pour les deux jeunes scientifiques, qui doivent à la fois finaliser la création de l’entreprise Viraj H2 et terminer leurs études en 2024. Joseph Risson est en dernière année à l’ISAE-SUPAERO et compte faire son stage de fin d’études au sein de sa propre entreprise. De son côté, Paul de Goÿs est déjà diplômé de Polytech Lille et suit actuellement un master 2 de Management des entreprises technologiques et industrielles.
«Grâce à la bourse Lopez-Loreta, nous poursuivrons notre R&D dans différents laboratoires : celui Laplace (Laboratoire Plasma et Conversion d’Énergie), l’IMFT (Institut de Mécanique des Fluides de Toulouse) et l’ISAE-SUPAERO», indique Paul de Goÿs. Ce dernier se prépare à faire une thèse au sein d’un de ces trois laboratoires, sur le projet Viraj H2. Un autre thésard devrait également être recruté, ainsi qu’un ingénieur et des stagiaires. Plusieurs axes de brevets sont en cours de réflexion pour protéger la technologie des deux entrepreneurs, qui visent dans un premier temps l’avion régional. Mais espèrent à terme se faire une place parmi les géants de l’industrie aéronautique.



