Un tonnerre d’applaudissements pour un ancien syndicaliste d’Alstom dénonçant une « spoliation » par General Electric (GE) et exprimant, depuis l'auditoire, son « sentiment de révolte ». Dans la salle des fêtes de Belfort (Territoire de Belfort), mercredi 20 octobre, le sort de la branche Energie d’Alstom, rachetée en 2014 par GE, était dans les esprits des nombreux syndicalistes présents.
Lancé il y a quelques mois, le collectif Reconstruire y a organisé son forum national pour attirer l’attention sur les rachats destructeurs de fleurons industriels français par des investisseurs étrangers. L’occasion, aussi, de mettre en avant des actions concrètes de terrain visant à démontrer la possibilité de bâtir une industrie française souveraine et responsable. Tout cela au cœur d’un territoire berceau du TGV, de l’industrie automobile et du nucléaire.
« Une problématique nationale »
« Reconstruire notre industrie est une problématique nationale, ce n’est pas seulement pour Belfort », souligne Philippe Petitcolin, initiateur du collectif et syndicaliste CFE-CGC chez GE, auprès de L’Usine Nouvelle. D’où la volonté de « sortir de l’entreprise » pour rassembler plus largement sur cet enjeu. Dans un premier temps, l'hétéroclite collectif Reconstruire était porté par des salariés et syndicalistes de GE, Technip et Nokia, ainsi que le directeur de l'école de guerre économique Christian Harbulot.
Ils ont été rejoints par des économistes, deux chefs d’entreprise et un lanceur d’alerte, qui comptent aussi parmi ses membres fondateurs. La sénatrice Marie-Noëlle Lienemann (Gauche républicaine et socialiste) en fait également partie. « Nous en sommes encore au démarrage, c’est la première fois que l’on se rencontre en vrai », précise Philippe Petitcolin.
Tous partagent le constat d’une industrie française menacée et meurtrie par la financiarisation et les logiques financières « prédatrices » des grands groupes. Pour eux, ces facteurs engendrent une dépendance préjudiciable de la France vis-à-vis de l’extérieur dans un contexte de guerre économique. « Il y a une perte de contrôle de notre patrimoine économique, avec des rachats massifs de nos entreprises par des groupes étrangers aux intérêts financiers peu bienveillants », alerte Laurent Izard, membre du collectif et auteur du livre La France vendue à la découpe, régulièrement cité par les participants au forum.
Arnaud Montebourg sur place
En début de journée, le maire Les Républicains de Belfort, Damien Meslot, a rappelé les difficultés de son territoire face à la stratégie de GE guidée, selon lui, par des intérêts financiers. « Les plans successifs de suppression d’emplois réduisent ses effectifs de 4300 à 3100 employés », a-t-il regretté au pupitre. Une mauvaise nouvelle, doublée d’un impact négatif sur le dynamisme global de ce territoire.
Pour changer la donne, le collectif Reconstruire avance plusieurs propositions, comme l’intégration des représentants des salariés à la construction des politiques industrielles nationales et régionales, ou encore la création de fonds régionaux alimentés par une épargne citoyenne et soutenus par l’Etat afin de développer localement l’industrie.
Il a aussi convié des personnalités politiques à venir s’exprimer lors de son forum. Le candidat à l’élection présidentielle Arnaud Montebourg, et les représentants respectifs de LR et La France Insoumise, Olivier Marleix et Manuel Bompard, ont fait le déplacement. Toujours sur le plan politique, Marie-Noëlle Lienemann a déposé au printemps dernier, avec d’autres sénateurs, une proposition de loi destinée à définir une stratégie nationale d’intelligence économique. Elle devrait être étudiée début 2022.
Solutions concrètes
Mais le collectif promeut surtout des solutions concrètes. « Face à General Electric qui ne souhaite pas investir en France, nous avons lancé une association, Apsiis. C’est un incubateur avec des salariés, des chefs d’entreprise et des collectivités territoriales qui travaillent à développer de nouvelles activités à partir des compétences que GE délaisse », explique Philippe Petitcolin lors de la dernière table ronde de la journée.
« Derrière cette initiative, il y a la question de la conservation des compétences collectives. La reconstruction industrielle, tout le monde doit la construire. C’est l’idée d’Apsiis », ajoute-t-il. Le projet le plus abouti de l’association consiste en une maquette numérique de modélisation d’une installation hydrogène. Portée par une PME locale, EuroCFD, et Capgemini engineering, la solution doit encore trouver ses clients.
BH2M, une entreprise née d'un plan social
Autre source d’inspiration pour le collectif : la société Belfort hydro machines maintenance (BH2M) créée par d’anciens salariés de GE Hydro à la suite de la fermeture du site de Belfort début 2021. « Soit on refaisait notre vie, soit on reprenait l’activité depuis rien, sans aucun actif, aucun plan, aucun outil, ni aucun contrat », relate son président Sébastien Bruna à la même table ronde. L’effectif de l’entreprise, qui œuvre depuis juin dernier dans la maintenance et la rénovation des alternateurs de centrales hydroélectriques, s’élève à 11 personnes, sur les 89 à l’époque de GE Hydro à Belfort.
Pour se développer, BH2M parie sur l’optimisation du parc de centrales existant. « D’éventuels clients comme EDF voient un intérêt à notre société », affirme Sébastien Bruna. Une prise de parole encore largement saluée par l’audience. Le collectif Reconstruire donne pour sa part désormais rendez-vous au Salon du made in France organisé à Paris du 11 au 14 novembre.



