C'est une autre deeptech, NetsooonAI, qui a donné naissance à DataGreen. Fondée en 2023 et elle aussi implantée à Nice (Alpes-Maritimes), la start-up spécialiste de l’intelligence artificielle avait besoin d’énormes capacités de calcul et de stockage. Mais elle se refusait à les localiser aux Etats-Unis et se heurtait, en France et en Europe, à des coûts trop élevés. «On a donc décidé de concevoir notre propre datacenter, en créant une équipe d’experts passés au MIT, chez Airbus, Volkswagen/Audi, Google, Thales, et en concentrant la R&D sur la résolution des problématiques environnementales», retrace Benjamin Barthélémy, cofondateur de NetsooonAI.
Celui qui est aussi responsable stratégie et développement de Datagreen énumère les problématiques en question : consommation énergétique, émissions de CO2, récupération des chaleurs résiduelles, occupation de l’espace, construction avec des matériaux recyclables et recyclés, reconditionnement de centres existants. «Nous avons aussi intégré l’IA pour la sécurité et la souveraineté des données, la gestion énergétique et la maintenance prédictive. Notre solution n’a pas d’équivalent sur le marché en termes de performance et d’impact écologique, nos datacenters mobiles sont uniques aussi», assure Benjamin Barthélémy.
Un datacenter qui tient dans 100 m2
DataGreen promet une réduction de 75% de la consommation énergétique, de 82% des émissions de CO2, un taux de 98% de récupération des chaleurs pour chauffer d’autres bâtiments, une utilisation d’au moins 70% de matériaux recyclables… «Nous pouvons installer un datacenter dans 100 mètres carrés de même capacité qu’un datacenter traditionnel de 1000 mètres carrés. Ainsi, n’importe quelle entreprise ou collectivité peut disposer dans ses locaux de son datacenter sécurisé et souverain», poursuit-il.
Trois brevets, en cours de dépôt, concernent le design du boîtier, hermétique à la poussière, le système de refroidissement liquide sur puce «Internocool» (sans air conditionné) et la récupération de chaleur. Quatre autres seront déposés prochainement. Les premiers déploiements, avec une technologie améliorée depuis, se sont opérés en Suisse, en Allemagne et en Autriche, où la société a levé ses premiers fonds privés (2,4 millions d’euros) pour sa R&D.
Double objectif au CES
Sa sélection dans la délégation de la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur pour le CES poursuit un double objectif : accroître la visibilité des solutions développées et préparer un positionnement aux États-Unis en 2025. À Nice, DataGreen collabore avec l’Institut méditerranéen du risque, de l’environnement et du développement durable (IMREDD) de l’Université Côte d’Azur, où réside des collaborateurs et un datacenter. Elle projette en 2025 de collaborer avec l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), en Suisse, afin d’approfondir ses techniques de refroidissement. La start-up envisage également de se doter d’une usine dans le sud de la France sur un «modèle d’industrie durable».
«Nous concrétiserons le projet dans les mois suivant notre prochaine levée de fonds, en espérant un soutien public», précise Benjamin Barthélémy, estimant à terme avoir besoin de 35 à 40 salariés. DataGreen emploie aujourd'hui 12 personnes, bientôt 15 et sûrement une trentaine de plus d'ici à trois ans. Elle veut convaincre des sociétés voulant se doter de leur centre de stockage de données, des opérateurs de télécommunications, des propriétaires de datacenters désireux de «reconditionner» leurs sites existants. L'entreprise vise aussi les professionnels du BTP pour conforter l’attrait de leurs constructions. «Nous avons des contacts avec des sociétés étrangères qui souhaitent s’implanter près du "hub Internet international" de Marseille et se réjouissent que notre solution résolve la difficulté d’accès au foncier et aux ressources énergétiques, décrit le cofondateur. Nous attendons du CES qu'il nous aide à clarifier auprès des clients notre modèle d’affaires et faire comprendre combien nos avancées technologiques nous différencient de la concurrence.» En 2025, DataGreen table sur un chiffre d’affaires de 1,2 million d’euros.



