Un petit drapeau tricolore jouxte la languette. Discret, le logo rappelle l’ambition du nouveau fabricant ASF 4.0 : produire des chaussures de sport en France. Inauguré en septembre 2021 à Ardoix (Ardèche), le site démarre tout juste et frotte ses lignes flambant neuves aux étoffes bleues du nouveau modèle trail de Salomon. Postés au sein d’une cellule Bosch Rexroth, des ouvriers guidés par des indications lumineuses empilent des couches de tissu et de plastique sur des plateaux mobiles.
Ceux-ci glissent ensuite vers une presse à chaud, qu’un ingénieur méthode est en train de régler pour qu’elle vienne « souder sans couture » les différents composants et former la structure de la chaussure – la tige – avec un minimum d’opérations manuelles. Cette production, pensée dans le moindre détail, est en phase de rodage pour atteindre progressivement le rythme de croisière visé : sortir une paire de chaussures par minute d’ici à 2023, pour un maximum de 500 000 par an. De quoi faire revenir cette industrie en France.
Diminuer la part de main-d’œuvre
Malgré ses 2 000 m2, appelés à doubler d’ici à la fin 2023, ASF 4.0 prévoit de fournir Salomon, Babolat et Millet, des clients qui ont pris part à son capital aux côtés de Chamatex, l’actionnaire majoritaire. Implantée à Ardoix, cette PME textile y produit depuis 2013 le matryx, un tissu technique prisé des fabricants de chaussures… mais cousu en Asie du Sud-Est.
Nous sommes partis d’une feuille blanche, avec l’objectif d’automatiser tout ce qui pouvait l’être
— Lucie André, directrice opérationnelle de Chamatex
Une situation insatisfaisante qui a conduit Chamatex à imaginer, avec l’automaticien Siemens, une production en circuit court aux portes de son usine de textile.
« Nous sommes partis d’une feuille blanche, avec l’objectif d’automatiser tout ce qui pouvait l’être pour produire de manière compétitive malgré le coût salarial élevé en France », raconte, sans quitter la production des yeux, Lucie André, la directrice opérationnelle de Chamatex et porteuse du projet. De quoi robotiser 80 % des tâches et contenir la part de la main-d’œuvre entre 15 et 20 % du coût de production.
Pascal Guittet
Pascal Guittet Après la découpe automatique, des employés empilent les couches de tissus à la main, avant qu’elles ne soient collées dans une presse pour former la structure de la chaussure. © Pascal Guittet
Résultat : une usine à 10 millions d’euros, bardée de logiciels 4.0 et de machines flexibles. Comme ces outils de découpe automatique du tissu, qui indiquent aux employés les tailles de chaque pièce via un vidéoprojecteur. Ou encore ce dispositif de l’intégrateur allemand Desma dédié à l’ajout des semelles (encore produites en Asie) : via un convoyeur à plateau intelligent, deux robots avec caméra déposent la colle sur les tiges et les semelles, avant de les ramener face à un opérateur qui solidarise le tout à la main. Un manège réglé, mais salissant, comme en témoignent les opérateurs occupés à nettoyer des résidus de colle lors de notre passage.
Des véhicules à guidage automatique auraient fait joli et moderne, mais seraient superflus dans cette petite usine.
— Lucie André, directrice opérationnelle de Chamatex
La phase la plus manuelle reste celle, en amont, de « l’assemblage 3D », marquée par la présence de machines à coudre. Là, des couturières ferment la tige, ajoutent la languette et façonnent le galbe du talon, tandis qu’un logiciel de supervision garde la trace de chaque pièce. « Pour moi, la robotisation ne change pas grand-chose. Je connaissais la couture et j’avais appris à utiliser des machines de coupe automatique à l’école », explique Charlotte Thenault, 20 ans, entrée chez ASF 4.0 après un BTS chaussures et maroquinerie. Impossibilités techniques, retour sur investissement…
« Tout ne doit pas être automatisé », estime Lucie André, selon qui des véhicules à guidage automatique (AGV), par exemple, « auraient fait joli et moderne, mais seraient superflus dans cette petite usine ». Un positionnement pragmatique qui semble réussir. Avec un carnet de commandes « plein jusqu’en 2025 », ASF 4.0 prévoit une extension de sa première usine et caresse l’idée de reproduire le modèle ailleurs en Europe.
Pascal Guittet
Pascal Guittet Dernière étape avant la mise en boîte : un long carrousel de convoyeurs surmonté de robots facilite le collage des semelles sur les chaussures presque achevées. © Pascal Guittet



