Reportage

Cultiver le goût des maths en observant les étoiles

Étudier les mathématiques en pleine nature, en scrutant les astres, c’est le pari réussi du camp AstroMaths, qui a réuni une vingtaine de lycéens cet été.

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Dix jours durant, en juillet, 24 élèves ont participé au camp, partageant leur temps entre mathématiques, astronomie et activités de pleine nature.

Alicia Berthet a 16 ans. Élève en terminale scientifique au lycée polyvalent Gustave-Jaume de Pierrelate (Drôme), elle est encore sous le charme, en ce tout début de rentrée. Cet été, durant dix jours, fin juillet, cette passionnée de sciences et de physique a participé à un camp de maths au Chambon-sur-Lignon, ce village de moyenne montagne aux confins de la Haute-Loire mondialement célèbre pour avoir accueilli des Juifs, en majorité des enfants, pendant la Seconde Guerre mondiale. « Le camp AstroMaths était génial. L’ambiance était à la fois studieuse et conviviale, sans compétition. Je continue à échanger activement avec les autres jeunes qui y ont participé », s’enthousiasme Alicia.

Depuis 2018, chaque mois de juillet, une école d’été en sciences, baptisée AstroMaths car conjuguant enseignement des mathématiques et découverte de l’astronomie, prend ses quartiers sur le magnifique plateau Vivarais-Lignon. Sa cible ? Des lycéens et lycéennes intégrant une terminale scientifique. «Pour ces jeunes, il s’agit de la période, au cours de leur cursus, où leurs connaissances en mathématiques sont les plus élevées et où les problématiques d’orientation ne sont pas encore entrées dans une phase aiguë», explique Bertrand Rémy, à l’origine et organisateur du camp.

Cet enseignant-chercheur en mathématiques à l’École normale supérieure de Lyon depuis un an a exercé les mêmes fonctions pendant de longues années à l’École polytechnique. C’est à l’X qu’il conceptualise l’idée de cette école estivale en sciences, s’inspirant des colonies « Mat’ les vacances » organisées par l’association Paestel à l’intention de jeunes de milieux défavorisés. Pourquoi le Chambon-sur-Lignon ? «Il se trouve que je possède une maison de campagne à 10 km du village et que je connaissais l’existence d’un splendide télescope géré par une association d’astronomes amateurs très sympathiques et compétents, raconte-t-il. Conjuguer la passion pour les maths et la découverte des astres me paraissait particulièrement pertinent pour ces jeunes avides de science.»

Image d'illustration de l'articleAstroMaths/ Daniel Verihac
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Grâce au soutien financier et matériel de l’École polytechnique*, Bertrand Rémy parvient à monter son premier camp et à réitérer l’expérience année après année, à l’exception de 2020, pandémie oblige. Depuis l’édition 2021, AstroMaths peut compter sur le soutien logistique et financier de la Fondation Blaise Pascal, qui a pour mission de promouvoir les actions de médiation scientifique en mathématiques et en informatique « à destination de tout citoyen ».

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« AstroMaths, comme d’autres camps de ce type, a pour vocation d’amener aux maths et à la science des jeunes qui, sur un plan social, n’y sont pas exposés et peuvent se sentir inhibés à l’idée d’embrasser des cursus scientifiques exigeants », souligne Stéphane Gaussent, le délégué général de la Fondation, lui-même professeur de mathématiques à l’université Jean-Monnet de Saint-Étienne (Loire). Il rappelle la volonté des organisateurs du camp d’introduire une parfaite mixité parmi les participants, conscients de la moindre appétence supposée des jeunes filles pour les disciplines scientifiques. « En 2022, nous avons accueilli 12 filles et 12 garçons sélectionnés sur 63 dossiers reçus », précise Bertrand Rémy. Pour candidater, les apprentis mathématiciens devaient remplir un dossier comprenant une lettre de motivation, une lettre de recommandation de leur prof de maths, leurs trois derniers bulletins scolaires, la profession et le revenu fiscal de référence de leurs parents ainsi que leur place dans la fratrie.

Des journées bien remplies

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Une journée type au sein du camp ? De 9 heures à 10 h 30, les élèves assistent à une séance de mathématiques pures, assurée par des professeurs bénévoles, mais décorrélée de l’astronomie. « Il s’agit de réviser et d’approfondir des notions déjà vues dans l’année », explique Bertrand Rémy. De 10 h 45 à 12 h 45, les mathématiciens en herbe assistent à la démonstration des lois de Kepler, nécessaires pour la compréhension des séances d’astronomie dispensées en soirée. Après un déjeuner bien mérité, les jeunes se détachent de l’abstraction mathématique et investissent des activités de plein air (pédalo, VTT, paddle, randonnées…) avant d’assister, avant le dîner, à des microconférences consacrées à des problématiques sociétales (discrimination, diversité) ou à l’orientation post-bac. Après le dîner, par groupe de six, ils se dirigent vers l’observatoire afin de découvrir les mystères du cosmos. « Cette exploration du ciel pouvait durer jusqu’à 3 heures du matin. C’était fantastique. Dans ce cas, nous avions la possibilité de rater, exceptionnellement, le premier cours de maths du matin », témoigne Mattéo Négrini, élève de Montbéliard (Doubs).

Si les organisateurs d’AstroMaths se défendent de poursuivre des buts quantitatifs en termes d’orientation, ils se réjouissent de l’effet désinhibiteur du camp sur les jeunes. « L’an dernier, une ex-pensionnaire du camp a entamé une scolarité au prestigieux lycée Louis-le-Grand, à Paris. Une autre a plus tard intégré la très sélective école d’ingénieurs Isae-Supaero », se réjouit Stéphane Gaussent, qui rappelle que l’an passé, si 55 % des participants visaient une prépa scientifique avant le début du camp, ils étaient 85 % à formuler ce projet à l’issue de ce dernier. « L’essentiel est de les aider à agrandir l’horizon de leurs possibles », philosophe Bertrand Rémy. 

* Pour l’édition 2022, c’est l’École normale supérieure de Lyon qui a assuré une large part du financement du camp.

Des filles encore rétives aux sciences

En cette rentrée 2022, les mathématiques reviennent en option en classe de première. La réforme du baccalauréat, en 2021, avait pointé de fortes disparités dans les choix des lycéennes et des lycéens vis-à-vis de cette discipline. En 2021, 52 % des filles (contre 31 % des garçons) avaient abandonné la spécialité maths en terminale. Selon les spécialistes, l’écart des notes se creuse dès la cinquième, des différences de niveaux commençant à s’observer dès le CP entre les filles et les garçons. Un problème de compétences ? Que nenni ! En 2020, 98,5 % des filles en filière S ont obtenu leur baccalauréat, contre 97,3 % des garçons. 

(source : Insee)

 

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