Entretien

[Covid-19] "Les gérants de fonds d'investissements aideront leurs entreprises à passer le cap", promet le président de France Invest

Dominique Gaillard est le président de France Invest, l’association qui rassemble 325 fonds d’investissements français, au capital de 8 000 entreprises. Il explique le rôle et l’action des investisseurs en capital dans la situation né de la pandémie du Covid-19. 

 

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Dominique Gaillard président de France Invest
Dominique Gaillard, président de France Invest. © Benjamin Boccas

L'Usine Nouvelle. -Comment réagissent les fonds d’investissements français face aux impacts économiques de la pandémie sur les entreprises dans lesquelles ils ont des participations ?

Dominique Gaillard. - Les fonds d’investissement membres de France Invest sont très actifs pour aider les dirigeants à passer ce cap, tout en restant concentrés sur les objectifs de long terme de ces entreprises. Ils sont prêts à conserver en portefeuille leurs participations un ou deux ans de plus par rapport à ce qui était prévu. 

Comment se passe concrètement cet accompagnement ?

La priorité c’est déjà de les assister sur le recours aux dispositifs de soutien des pouvoirs publics :  le chômage partiel, les prêts garantis par l’Etat, les prêts atouts et rebonds de Bpifrance …

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Les fonds d’investissements interviennent-ils auprès des banques pour contracter ces prêts garantis par l’Etat ?

C’est l’entreprise qui en fait la demande à ses banquiers mais le fonds peut être associé à la négociation, à la préparation des documents, voire être autour de la table.

Les fonds d’investissements peuvent-ils également apporter des fonds dans la période ?

Oui, mais l’objectif est avant tout d’apporter un complément de trésorerie si nécessaire. Or les fonds d’investissement ne peuvent légalement pas mettre plus de 15 % de leurs actifs nets dans les comptes courants d’actionnaires. Nous voudrions que cela puisse aller jusqu’à 30%. Nous discutons avec l’Autorité des marchés financiers de cette mesure qui nécessiterait de passer dans un prochain PLF rectificatif. En injectant dans les comptes courants, on évite de diluer les dirigeants avec des augmentations de capital au moment où la valeur de leur entreprise est en baisse.

Comment cela se passe-t-il pour les entreprises sous LBO qui ont déjà un gros montant de dettes d’acquisition sur le dos ? Peuvent-elles en contracter de nouvelles ?

A l’heure actuelle il n’y a pas de position commune des banques françaises pour supprimer l’interdiction de lever de la dette supplémentaire. Pour l’instant, nous en sommes réduits à conseiller des négociations au cas par cas des sociétés avec leur pool bancaire. Les banques devraient y voir leur intérêt, car cela sécurise l’entreprise. Les banquiers veulent en revanche savoir ce qu’ils ont en échanges en acceptant ce type de waivers (ndlr : des avenants aux contrats de crédit initiaux). Nous avons alerté Bercy sur cette question qui concerne les 5 000 entreprises sous LBO détenus par des fonds.

Pour ce qui concerne les remboursements, les dettes d’acquisition de LBO sont souvent amortissables sur 5 à 6 ans avec des paiements semestriels. Les banques ont déjà adopté une position de place pour un moratoire de 6 mois, ce qui repousse le sujet à octobre prochain. Ces délais donnent une respiration.

Au-delà de ces questions d’emprunts, comment les entreprises peuvent-elles passer le cap ?

Il faut s’organiser pour passer le creux de la vague. Je suis assez confiant car la plupart de nos gérants ont déjà connu et traversé la grande récession de 2008. Ils ont acquis une expérience qui leur permet de réagir très vite pour mettre les entreprises en tension. Toutes les lignes du compte de résultats doivent être passées en revue et mises à contribution : les crédits-baux pour négocier avec les bailleurs, les dépenses non immédiatement nécessaires pour les réduire, le chômage partiel... Les sociétés ont fait leur demande aux banques et aux Direccte très vite. Il y a eu une dizaine de jours un peu compliqués car les décrets n’étaient pas parus mais c’est opérationnel désormais.

Certains fonds vont-ils en profiter pour mettre la main sur les entreprises ?

Oui il n’est pas à exclure que des fonds activistes connus, anglo-saxons, en profitent pour racheter des dettes décotées et à la première rupture de covenants les convertissent en capital. Il faut éviter dans la période qu’il y ait des transferts de souveraineté. L’Etat se soucie beaucoup des grandes entreprises pour les recapitaliser ou les nationaliser mais il faut éviter que des PME et des ETI ayant bénéficié du soutien temporaire de l’Etat passent sous pavillon étranger. Là aussi nous alertons pour ne pas hésiter à activer le décret Montebourg, voire l’étendre pour faire barrage à ce phénomène.

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