Réouverture des chantiers, retour au bureau… Pour les ingénieristes, la reprise débute peu à peu. Mais, après un ralentissement massif de son activité, le retour à la normale du secteur semble lointain. "Nous sommes environ à 50 % de notre activité habituelle, estime Benoît Clocheret, PDG de la société Artelia, basée à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis). Notre activité d’étude, qui se fait habituellement au bureau, est à environ 75 %, tandis que les travaux sur les chantiers sont environ à 30 %."
En France, le confinement a eu un impact double sur l’activité des ingénieristes.
D’un côté, un coup d’arrêt provoqué par la fermeture de la quasi-totalité des chantiers. De l’autre, la continuation de l’activité d’étude – études préliminaires, préparation des chantiers, travaux de conception – en télétravail.

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Essoufflement des études
"Le dernier mois il y a une double dynamique : la réouverture des chantiers a permis d'augmenter progressivement l'activité "chantier", alors que l'activité "étude" a diminué progressivement", observe le PDG d’Artelia. Un essoufflement que constate également Nicolas Jachiet, PDG d’Egis, société d’ingénierie basée à Guyancourt (Yvelines). "La productivité est forcément impactée par le télétravail, estime-t-il. Les études sont faites en collaboration avec les clients, les administrations, les partenaires, qui sont eux aussi confinés… Dès que des maillons de la chaîne commencent à bloquer, tout s’arrête."
Pour retrouver leur productivité d’avant-crise, les ingénieristes parient donc sur le retour au bureau de leurs employés, comme de leurs clients. "Notre objectif est de faire revenir au moins 80 % de nos collaborateurs dans les bureaux d’ici à fin mai, estime Benoît Clocheret. Pour l’instant seuls 20 % d’entre eux ont pu revenir."
200 euros par salarié et par mois pour la sécurité sanitaire
Sur le terrain, l’activité reprend à un rythme moindre, ralenti par les mesures sanitaires. "Il faudra attendre quelques semaines pour mesurer le retard qu’auront pris les travaux, estime Nicolas Jachiet. Nous sommes dans une posture de supervision, donc nous nous adapterons aux retards et aux surcoûts." Ces investissements supplémentaires, dus à la mise en place des mesures de sécurité sanitaire, sont estimés par le Syntec Ingénierie, le syndicat professionnel du secteur, à 200 euros par salarié et par mois.
"Les entreprises du secteur cherchent à définir un coefficient permettant de calculer simplement le surcoût des chantiers", présente Benoît Clocheret. Prenant en compte la perte de productivité et les investissements nécessaires à l’adaptation des espaces de travail, ce coefficient permettra aux ingénieristes, maîtres d’œuvre, de recalculer leurs frais sans étudier chaque chantier à nouveau.
"L'activité de novembre et décembre est en jeu"
L’inquiétude des entreprises ne porte pas sur le déconfinement immédiat, qui consiste à rouvrir des chantiers mis en pause, mais sur le lancement de nouveaux projets. "Les futurs chantiers n’ont pas été validés et les appels d’offres ont été ralentis, relate Nicolas Jachiet. La baisse d’activité arrivera dans quelques mois." Pis, la quasi-totalité des appels d’offres ont été gelés à la mi-mars, lors de la mise en place du confinement.
"Il ne faut surtout pas arrêter la machine à appels d’offres car c’est l’activité de novembre et décembre qui est en jeu", alerte Benoît Clocheret. D’après un baromètre mené par le Syntec Ingénierie, 70% des entreprises du secteur enregistrent une chute de leurs prises de commandes publiques et privées et 90% d’entre elles anticipent un ralentissement durable de leur activité. "Nous faisons partie des secteurs qui vont souffrir", appréhende Pierre Verzat, président du Syntec Ingénierie. D’après lui, le déconfinement, même réussi, ne permettra pas d'éviter un risque de destruction d'emplois.



