Le ministre allemand de l'Économie, Peter Altmaier, et son homologue français, Bruno Le Maire, lancent officiellement, ce jeudi 4 juin 2020, le groupement Gaia-X pour la construction d’une "infrastructure sécurisée de données en réseau". L’association à but non lucratif, basée en Belgique, réunit 24 membres fondateurs, dont côté allemand Deutsche Telekom, SAP, Siemens, BMW et Bosch, et côté français Atos, Docaposte, EDF, Safran, Orange, OVH, Outscale et Scaleway.
Dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains
" Le groupement réunit des fournisseurs de cloud, des institutionnels et des utilisateurs, explique à L’Usine Nouvelle Yann Lechelle, directeur général de Scaleway, la filiale cloud d’infrastructure du groupe Iliad, la maison mère de Free. Nous allons travailler ensemble pour construire un métacloud européen, d’abord sous la forme d’un référentiel de choix selon des critères de localisation des données, de certifications ou de type de services, puis d’un catalogue dynamique de solutions validées et sécurisées. "
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Lancée par l’Allemagne, l'initiative Gaia-X a été rejointe par la France pour en faire le fer de lance de la souveraineté numérique européenne. Car il est question d’indépendance de l’Europe face aux géants américains qui dominent aujourd’hui le cloud mondial et de leurs homologues chinois qui montent irrésistiblement sur le marché. Selon le cabinet Synergy Research, le trio américain Amazon, Microsoft et Google domine allègrement le marché du cloud d’infrastructure en Europe, laissant aux acteurs locaux comme OVH en France ou T-Systems en Allemagne le rôle de second couteau.
Scaleway Yann Lechelle, directeur général de Scaleway (Crédit photo: Scaleway)
" Paradoxalement, beaucoup d’entreprises européennes ont choisi de s’appuyer sur des fournisseurs américains de cloud, note Yann Lechelle. Car les acteurs européens n’avaient pas, il y a deux ans, la maturité technique et produits suffisante. Aujourd’hui, ils ont rattrapé leur retard. Leurs services sont désormais à l’état de l’art des géants californiens Amazon ou Google. Collectivement, nous pouvons proposer des alternatives compétitives et performantes, ce que nous ne pouvons pas faire individuellement. "
Risques géopolitiques
L’enjeu est de sortir l’Europe de sa dépendance vis-à-vis des géants américains de l’internet. " Nous vivons dans un monde géopolitique complexe, avec des problématiques aigües de gouvernance et souveraineté, affirme le patron de Scaleway. Imaginez que, pour des raisons géopolitiques, les Etats-Unis décident de couper leurs services cloud aux entreprises européennes. Il faut disposer de solutions européennes équivalentes sur lesquelles il sera possible de basculer. De la même façon que l’Europe produit son électricité et son eau, elle doit disposer aussi de son propre cloud."
Aujourd’hui, les géants américains s’accaparent la part de lion du marché européen du cloud. Une anomalie que les fournisseurs locaux espèrent corriger avec l’initiative Gaia-X. " Pour des questions d’équilibre, il faudrait que les fournisseurs européens puissent répondre au tiers des besoins en Europe, souligne Yann Lechelle. Il n’y a aucune raison à ce qu’ils se contentent de 10 à 20 % comme c’est le cas aujourd’hui. Ainsi nous pouvons laisser un tiers aux fournisseurs américains et un autre tiers aux chinois. De la même façon, nous devons avoir un tiers du marché en Amérique du Nord, un tiers de celui en Chine et un tiers de celui en Afrique. "
Si le couple franco-allemand constitue le moteur de l’initiative, le projet se veut européen, ouvert à d’autres acteurs européens. Ses porteurs espèrent obtenir le soutien de Thierry Breton, commissaire européen en charge du marché intérieur, grand chantre de la souveraineté numérique européenne.



