Ce 5 mars, au siège opérationnel du cimentier Vicat, à l’Isle-d’Abeau (Isère), Christophe Bérenger, le DRH du groupe, et Michel Fressy, le directeur de la sécurité, tiennent leur comité Covid-19. L’objectif ? Préparer les nouvelles mesures de ce groupe de 2,7 milliards de chiffre d’affaires et près de 10 000 employés pour affronter un éventuel passage en stade 3 de l’épidémie en France. L’équipement en ordinateur portable de tous les collaborateurs qui peuvent télétravailler a déjà été validé et le lendemain le service informatique doit tester la robustesse de l’infrastructure en procédant à un test de connexions massives à distance. "Les mesures barrières classiques, comme le lavage de main, l’interdiction des déplacements dans les zones à risques et le remplacement de tous les déplacements non indispensables par des visioconférences étaient déjà en place. Aujourd’hui, nous préparons les nouvelles mesures pour garantir la continuité de l’activité", détaille le DRH.
Depuis février, les demandes de conseil en plan de continuité d’activité (PCA) affluent chez Lionel Vuidard, avocat en droit du travail au cabinet Linklaters : "Seuls les grands groupes se sont dotés de ces plans en 2009, avec la crise du H1N1. Mis sous le coude depuis, ils ont été ressortis et actualisés. Les entreprises qui n’avaient pas de plan ont pris conscience qu’elles avaient intérêt à s’en doter."Les sociétés internationales sont les plus mobilisées car elles ont été confrontées à la crise sanitaire dans leurs filiales chinoises dès janvier. Chez Arkema, qui possède huit usines en Chine, les déplacements dans les zones à risque sont interdits et l’ensemble des activités de groupes entre collaborateurs sont annulées ou réalisées en visioconférence. L’Oréal et Danone ont suspendu les voyages à l’étranger. La grande crainte est de se retrouver avec des salariés, infectés ou en quarantaine, à l’autre bout du monde.
SGS, l’entreprise de certification, a eu une alerte avec un collaborateur tombé malade à Bahreïn. "Nous l’avons confiné à l’hôtel, assuré le suivi médical, contacté le consulat et prévenu la famille. Au final, il ne s’agissait que d’une angine, témoigne Paul Chayed, le coordinateur du plan de continuité de SGS pour l’Europe de l’Ouest, mais il est très important de réagir et de communiquer avec le personnel, car il y a beaucoup d’appréhension. Beaucoup plus que lors de la crise du H1N1." Paul Chayed a aussi identifié les fonctions critiques, qui ne peuvent pas être réalisées à distance, comme les personnels qui réalisent des inspections sur les navires, des tests en laboratoires ou des opérations de maintenance sur les sites nucléaires. L’entreprise leur réserve un stock limité de 3 000 masques. Confrontée à des problématiques d’approvisionnement en gel, l’entreprise rembourse sur note de frais tous les salariés qui s’en procurent.
Sur ses sites, Vicat revoit le séquencement des opérations de maintenance "car l’afflux de prestataires peut doubler ou tripler soudainement l’effectif d’un site, explique Christophe Bérenger. Nous avons ainsi étalé les interventions prévues sur la cimenterie de Montalieu pour assurer les procédures de contrôle des personnels extérieurs". L’accès aux zones névralgiques des sites est aussi réglementé. "Tout l’enjeu c’est d’éviter l’arrêt", résume Michel Fressy.

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Dommages collatéraux
Mais ces mesures drastiques de limitation des déplacements provoquent des dommages collatéraux. Comme en témoigne Yokogawa France qui accuse un ralentissement de son activité avec, entre autres, les reports des salons industriels. "Chaque année, nous y prenons des contacts, passons des commandes et montrons nos produits, rappelle sa directrice générale, Mireille Maillard. Les reports décalent toute une partie de notre activité, et nous nous retrouvons bloqués."Une enquête réalisée entre le 27 février et le 3 mars par la Confédération des petites et moyennes entreprises auprès de ses adhérents montre que 59 % des PME sont inquiètes pour leur activité. Ces derniers jours, 400 entreprises ont fait des demandes de chômage partiel, principalement dans le tourisme et l’événementiel. Selon l’économiste Élie Cohen, "nous sommes dans une phase d’approfondissement et d’extension de la crise. Au-delà des impacts sectoriels majeurs, il y a un impact plus diffus. Nous aurons une croissance faible en France, autour de 0,7 ou 0, 8 %, s’il n’y a pas d’aggravation de la situation". Le gouvernement, au-delà du report d’échéances fiscales ou sociales et d’un accès simplifié au chômage partiel, vient de demander à Bpifrance de passer sa garantie de crédits de trésorerie de 40 % à 70 %. Car tout en combattant l’épidémie, il faut tenir l’économie.



