[Coronavirus] "Il faut privilégier l’urgence sanitaire à l’urgence économique", selon Xavier Ragot

La décision des Etats-Unis d’interdire les vols en provenance de l’Union européenne va avoir des conséquences économiques des deux côtés de l’Atlantique. La zone euro pourrait plonger en récession, selon Xavier Ragot, président de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

 

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L'interdiction des voyages aux Etats-Unis pour les Européens va avoir des conséquences économiques importantes.

L’Usine Nouvelle. - Le président américain Donald Trump a annoncé la suspension pendant 30 jours de tous les voyages en provenance d’Europe vers les États-Unis. Quelles seront les conséquences économiques pour l’Europe ?

Xavier Ragot OFCEDIDIER GOUPY/OFCE
Xavier Ragot OFCE Xavier Ragot OFCE (DIDIER GOUPY)

Xavier Ragot. - Cette décision du président des Etats-Unis va aggraver les difficultés des compagnies aériennes. Elle va compliquer les relations commerciales des entreprises des deux côtés de l’Atlantique. Tous les voyages d’affaires sont annulés. Mais les entreprises vont s’adapter en privilégiant la visioconférence.

Pour le tourisme, c’est plus complexe : les Européens qui envisageaient de se rendre aux Etats-Unis vont rester en Europe et donc dépenser en Europe. Cela aura un impact positif à court terme sur la balance commerciale. Mais l’effet principal, c’est que l’inquiétude ambiante va grandir.

Conséquence, les ménages européens vont privilégier l’épargne de précaution. De fait, l’économie va ralentir. Nous prévoyions initialement une croissance de 1,3% pour la zone euro en 2020. Cette crise du coronavirus pourrait coûter entre 0,5 et 2 points de PIB. L’Europe pourrait plonger dans la récession.

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La France doit-elle se préparer à un scénario de confinement comme en Italie ?

Tout va dépendre des choix gouvernementaux. Ce n’est que le début de la crise en France. Il faut s’attendre à une hausse de la propagation du virus. C’est pourquoi il faut privilégier l’urgence sanitaire à l’urgence économique, en fermant les écoles, en réduisant les transports, en interdisant les rassemblements. Cela aura un impact fort sur les entreprises : on estime que l’absentéisme pourrait concerner jusqu’à un salarié sur trois.

Le tissu économique, notamment les PME et ETI qui n’ont pas beaucoup de liquidités, vont être sous pression. La France a pris des mesures adaptées en permettant à Bpifrance de garantir la trésorerie des entreprises et en favorisant le recours au chômage partiel. In fine, la France doit accepter de payer un coût économique à court terme, sachant qu’il y aura un rebond au deuxième semestre. Par exemple, en Mai 68, le PIB avait chuté de 7%. Deux mois plus tard, il rebondissait de 8%.

L’Union européenne a annoncé un plan de soutien de 25 milliards d’euros, est-ce suffisant ?

Non, clairement, il s’agit d’un effet d’annonce. Ces fonds structurels étaient déjà engagés. L’Europe doit avoir deux priorités : soutenir financièrement les pays dont le système sanitaire n’est pas efficient, c’est-à-dire les pays d’Europe de l’Est ; ensuite, il faut faire sauter la règle des 3% de déficit public, car les Etats vont devoir s’endetter massivement. L’Europe, via la Banque centrale européenne (BCE), doit prendre des mesures pour que les pays ne s’endettent pas à coût trop élevé, notamment l’Italie. La BCE doit injecter des liquidités pour éviter un stress bancaire.

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