Le constat est sans appel. A l’approche de la COP26 qui se tient à Glasgow, en Ecosse, à partir du 31 octobre, les fonds d’investissement ne sont pas au rendez-vous de l’urgence climatique. Selon une analyse portant sur un tiers de l’industrie mondiale des fonds, moins de 0,5% des actifs sous gestion sont alignés avec l’accord de Paris et son objectif de maintenir « bien en-dessous de 2°C » – et de préférence à 1,5°C – la hausse des températures par rapport au niveau préindustriel.
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Ainsi, seuls 158 véhicules d’investissement correspondent à cette trajectoire, sur les 16 500 fonds pesant 27 000 milliards de dollars (23 000 milliards d’euros) étudiés par le Carbon Disclosure Project (CDP). L’organisation à but non-lucratif, une référence concernant les données environnementales des entreprises, a publié ces résultats mercredi 27 octobre. Ils démontrent la nécessité pour les gérants d’actifs d’intensifier leur travail auprès des clients de leurs portefeuilles. Et celle, pour les entreprises, de revoir leurs ambitions à la hausse en faveur du climat. Une attente également relayée au Climate finance day, le grand raout parisien de la finance durable auquel L’Usine Nouvelle a assisté le 26 octobre.
« Les ambitions des entreprises sont trop faibles »
« Ces données sont catastrophiques. En dépit des engagements croissants du secteur financier en faveur de la neutralité carbone et du boom apparent des critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), la vérité, c’est que moins de 1% des actifs sous gestion sont actuellement alignés sur l’accord de Paris », s’inquiète Laurent Babikian, le directeur mondial des marchés de capitaux du CDP. Pour lui, la communauté financière « doit entreprendre des actions décisives pour assurer la transition de leurs portefeuilles vers les 1,5°C ». Alors que de « gros volumes de capitaux mondiaux doivent s’aligner » avec cet objectif, Laurent Babikian estime qu’ils ne le « peuvent pas car les ambitions des entreprises sont trop faibles ».

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C’est ni plus ni moins que le constat dressé, en d’autres termes, par Pauliina Murphy, la directrice de l’engagement de la World benchmarking alliance (WBA). Créée en 2018, cette organisation internationale évalue l’implication de 2 000 entreprises en faveur des objectifs de développement durable des Nations Unies. A partir de 45 indicateurs portant sur la gouvernance ainsi que les aspects environnementaux, sociaux et nutritifs, elle a publié en septembre un classement de 350 sociétés de l’alimentaire. Unilever arrive en tête avec un score de 71 sur 100. Les français Danone (63/100) et Carrefour (43) obtiennent respectivement les troisième et vingtième places.
Accompagner le changement
A la première table ronde du Climate finance day, retardée par l’irruption de militants pour l’environnement quelques instants auparavant dans le palais Brongniart, Pauliina Murphy n’y voit pourtant pas matière à fanfaronnade. « Il y a de très bonnes pratiques adoptées par ces entreprises. Mais en réalité, si la meilleure entreprise n’est qu’à 71 sur 100, il faut que les investisseurs, gouvernements et acteurs de la société civile se penchent vraiment sur l’accompagnement dont ces entreprises ont besoin » pour s’améliorer, refroidit-elle.
Sa conclusion est similaire concernant le travail mené par la WBA et l’Ademe sur l’alignement de 100 géants pétroliers et gaziers avec l’objectif de 1,5°C de l’accord de Paris. Le meilleur score est de 57 sur 100. Pauliina Murphy s’adresse à l’auditoire : « Je lance un appel. Il faut que vous, les financiers, utilisiez les leviers à votre disposition pour changer la donne. »
Question fiscale
Présent à la même table ronde, le fondateur et dirigeant du groupe Inco, Nicolas Hazard, considère qu’il faut aller plus loin. « La question fiscale est absolument cruciale », insiste-t-il. Spécialiste du capital-risque et « pionnière de l’investissement à impact », la société de gestion Inco Ventures conseille ou gère un total de 500 millions d’euros. « Quand vous êtes un fonds à impact, la fiscalité est la même que celle d’autres fonds dont les investissements ne le sont pas. Je ne pense pas que ce soit normal », regrette-t-il.
Mais pour Nicolas Hazard, c’est surtout la fiscalité des entreprises qui devrait évoluer. « Il faut envisager de différencier les sociétés en fonction de leur impact. Un impact positif pourrait par exemple être récompensé d’un taux à 5% tandis que les entreprises avec un impact négatif devraient payer 30 à 35% », avance-t-il. En conclusion de son intervention, le dirigeant appelle à un changement profond « de la façon dont le monde de la finance et celui de l’économie voient les choses ». « Sinon nous allons vraiment avoir du mal à avancer », prévient-il.
Pour le moment, 62% des actifs sous gestion sont alignés sur des trajectoires de températures supérieures à 2,75°C, selon le CDP. Les 158 fonds alignés avec l'accord de Paris le sont sur les sources d’émissions de gaz à effet de serre scope 1 et 2 (émissions directes de l’entreprise et indirectes via les énergies utilisées). En incluant le scope 3 (émission indirectes dans la chaîne de valeur), le pourcentage de fonds alignés sur l’accord de Paris tombe même à 0,2%, ce qui correspond à 65 fonds.



