Comment Mecachrome s'est mis en ordre de bataille face au Covid-19

L’ETI de mécanique de précision Mecachrome a temporairement fermé ses huit usines et réorganisé la production pour que ses salariés puissent revenir dans de bonnes conditions sanitaires.

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Malgré les mesures de protection mises en place, des inquiétudes persistent et certains salariés ne sont pas retournés au travail.

Le jeune usineur a été surpris, en arrivant à 5 heures du matin, de voir le directeur de production prendre la température de chaque salarié à l’entrée des vestiaires. Pour parvenir jusque-là, Jérémy* a dû montrer au gardien une attestation indiquant qu’il était bien attendu. À l’entrée, on lui a remis les instructions à respecter. Les vestiaires, les ouvriers peuvent y rentrer à cinq au maximum, les autres attendent à l’extérieur, derrière une ligne matérialisée au sol par un papier adhésif. Même marque de distance devant la pointeuse. "Ils ne m’embêteront pas si j’arrive à 5 h 30", indique Jérémy.

L’usine Mecachrome d’Aubigny-sur-Nère (Cher), comme les sept autres, en France, de cette ETI de mécanique de précision, a rouvert le lundi 23 mars, après plusieurs jours de fermeture. "Nous avons fermé pour deux raisons, indique le président de Mecachrome, Christian Cornille. Économiques, puisque nos principaux clients, Airbus et Stelia, avaient arrêté leurs ­opérations et que l’automobile était quasiment à l’arrêt. Et pour préserver au mieux la santé de nos salariés. Nous avons consacré du temps à imaginer de nouvelles façons de travailler dans nos usines pour respecter les gestes ­barrière."

Dialogue social de qualité

Mis dans la boucle dès le départ, les représentants du personnel ont cherché des solutions avec leur direction. "Nous avons recensé les différents lieux problématiques de chaque usine, explique Maxime Sauvé, délégué CFDT. Les réfectoires ont été fermés, avec autorisation, parfois, de manger à son poste, désinfecté." Dans chaque salle de réunion, le nombre maximal de participants est affiché et correspond au nombre de chaises présentes. "Notre chance, dans la mécanique de haut niveau, c’est que 80 % de nos opérateurs travaillent sur des machines volumineuses et éloignées les unes des autres, précise Christian Cornille. En revanche, dans quelques secteurs, comme le montage et l’inspection, il a fallu réimaginer les postes pour éloigner les salariés."

Le roulement des équipes se fait avec une demi-heure "tampon", pour qu’elles ne se croisent pas. Quand il arrive sur son poste, Jérémy le désinfecte. Quand il part aussi. Selon lui, "l’ambiance reste bonne, on a pu partir manger à plusieurs en respectant les bonnes distances". La direction salue "la qualité du dialogue social". "Travailler avec les partenaires sociaux permet de trouver les meilleurs compromis", souligne Christian Cornille.

Mais des tensions demeurent, notamment sur les sites les plus concernés par les manipulations manuelles, comme à Nantes (Loire-Atlantique). D’autant que les masques ont été réservés aux salariés qui en ont besoin dans leur pratique professionnelle. "Le niveau d’appréhension est important, reconnaît le président. Certains salariés n’ont pas souhaité revenir au travail. Ils ont accepté de prendre des congés et certains, angoissés, sont en arrêt maladie. Nos règles de vie vont changer, nous devons faire preuve de bienveillance." Le 26 mars, entre les personnes en congés, en arrêt maladie ou en chômage partiel, les usines tournaient avec 60 à 80 % de leur personnel, selon les sites. Jérémy, lui, ne se sent pas en danger. "Nous faisons tous ces efforts pour que la boîte ne coule pas. J’ai acheté une maison il n’y a pas longtemps juste à côté…"

*Le prénom a été changé.

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