Enquête

Comment les entreprises se sont préparées pour affronter le deuxième confinement

Les entreprises françaises abordent le deuxième confinement mieux préparées... mais non sans inquiétudes.

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Malgré un reconfinement strict, l’activité industrielle devrait être préservée, avec moins de tensions sur l’approvisionnement qu’au printemps.

Lorsqu’elle a appris que les écoles resteraient ouvertes, Laure Catoire-Boissé, la présidente de Catoire Semi, une PME d’outillages de 80 salariés à Martizay (Indre), a poussé un ouf de soulagement. Lors du premier confinement, les fermetures d’écoles avaient fait grimper l’absentéisme jusqu’à 40 % dans son entreprise. Les détails du confinement étaient attendus, mais son annonce le 28 octobre par le chef de l’État n’a pas surpris grand monde. Et s’il plonge le commerce et la restauration dans l’angoisse, il est accepté avec fatalisme dans l’industrie. "Ce sont des mesures compréhensibles, nécessaires au vu de la situation des hôpitaux. Elles n’auront pas de d’effet sur notre quotidien car on sait faire, maintenant", confie Boris Lombard, le président de KSB, une entreprise de robinetterie industrielle de 1 600 salariés. Dans d’autres secteurs, on n’a pas attendu l’annonce officielle pour réorienter la production.

Des entreprises déjà préparées

"Les entreprises de l’agroalimentaire se préparaient depuis plusieurs semaines. Notamment avec une anticipation de la hausse de la demande sur des produits comme les pâtes et la farine, les plus consommés lors du premier confinement, explique Catherine Chapalain, la directrice générale de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania). Il n’y a toutefois pas encore de réduction de l’assortiment et d’optimisation des produits comme nous avons pu le voir au printemps."

La question de l’impact macroéconomique global reste ouverte. Bruno Le Maire a revu d’un point à la baisse la croissance de 2020 (- 11 %, contre - 10 %). Si les huit semaines du premier confinement ont coûté près de 120 milliards d’euros à l’économie française selon l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), soit 5 points de PIB, l’effet devrait être moindre cette fois-ci. "Le confinement du printemps a combiné des effets sur la demande, sur l’offre de travail et sur l’offre de production", pointe Éric Heyer, directeur du département analyses de l’OFCE. Le maintien des écoles et des crèches permet aux parents de continuer à travailler et les tensions sur les chaînes d’approvisionnement sont moindres, l’Asie fonctionnant normalement.

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"Il y a eu des effets d’apprentissage depuis le printemps. Les entreprises se sont déjà réorganisées", souligne Emmanuel Jessua, économiste chez Rexecode. Ce que confirme le dirigeant de KSB : "Nous saurons vite nous adapter car nous sommes déjà passés par là. Dès vendredi 30, tous ceux qui le peuvent sont passés au télétravail. En production, le travail sur place est maintenu, dans les conditions sanitaires mises en place depuis plusieurs mois. Nos salariés qui travaillent chez les clients pourront continuer à le faire si les conditions sanitaires sont respectées et refuser une intervention si ce n’est pas le cas. Nous affinerons ces règles avec nos partenaires sociaux en milieu de semaine. C’est l’un des enseignements du premier confinement, le dialogue social que nous avons instauré a été très vertueux."

D’autres prévoient déjà des mesures complémentaires. Comme Hervé Depery, le patron de La Précision, une société de micromécanique de 95 salariés, implantée à Scionzier (Haute-Savoie), qui va fermer son réfectoire "Le repas sera pris sur le poste de travail pour ne pas s’entasser à 25 dans une salle". Jusqu’ici, La Précision n’a déploré ni malade ni cas contact. "Statistiquement, le Covid-19 devrait bien finir par entrer dans nos murs. La région Auvergne-Rhône-Alpes fait partie des plus touchées. On prépare nos managers."

Si les conditions de production sont maîtrisées, la période de l’année à laquelle intervient le confinement n’est pas neutre. "Le dernier trimestre est une période de plus forte activité pour le transport et le commerce", souligne l’économiste Véronique Riches-Flores. La divergence entre les secteurs devrait encore s’accentuer. Si l’activité est maintenue dans l’industrie, certains secteurs vont pâtir d’une restriction de leurs débouchés. La filière automobile, elle, respire, avec une disposition qui permettra du click & collect en concession. Ce qui évitera de mettre à l’arrêt toutes les chaînes de production. Concernant le BTP, Jacques ­Pommereaud, le dirigeant de Bureau Veritas France, explique avoir aidé les entreprises sur la mise en place des protocoles sanitaires : "Les chantiers sont prêts. Et avec le plan de relance en faveur des infrastructures et de la rénovation thermique, on voit un grand mouvement d’appels à projets et de financement. L’effet global du reconfinement devrait être atténué dans ce secteur fondamental pour notre économie." De son côté, La Précision, qui réalise 70 % de son activité dans l’implantologie dentaire, se réjouit que les cabinets dentaires restent ouverts.

Une crise aux effets durables

Mais il n’y a pas que la demande française. "Le plus préoccupant, pour moi, ne vient pas du confinement, mais de la demande mondiale, qui repart très lentement, avec une courbe en W, témoigne Boris Lombard. Je suis plus inquiet des conséquences économiques de la pandémie mondiale. On avait imaginé qu’elle disparaîtrait, mais elle revient fortement. Les grands projets d’infrastructures sont en baisse, le marché pétrolier aussi. Le “daily business”, celui du remplacement, fonctionne très bien, avec une croissance à deux chiffres. La demande pour nos produits reviendra. Elle n’est pas annulée, mais décalée."

La répétition des chocs, même de moindre ampleur, risque d’avoir des effets durables. L’aggravation de la pandémie pèse déjà sur le moral des entreprises et des ménages. L’impression d’une crise interminable, amenée à se reproduire, pourrait peser sur les décisions d’investissement et sur les dépenses de consommation. "Les conséquences du choc dépendent de la situation initiale. Or les entreprises et les ménages se portent cette fois-ci moins bien qu’au printemps", précise Éric Heyer, alors que près de 800 000 emplois ont déjà été détruits. "L’économie est encore convalescente. Certains secteurs vont devoir reconsidérer leur activité", met en garde Véronique Riches-Flores. Et puis il faut gérer le moral des collaborateurs. "Les annonces ont été dures à encaisser. L’enjeu est de les remotiver pour ne pas qu’ils baissent les bras. Pour atteindre les 80 % de chiffre d’affaires visés par rapport à une période normale, on a besoin de tous", explique Hervé ­Depery. 

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