Comment les écoles d'ingénieurs tentent de prévenir les agressions sexuelles

Alors que plusieurs enquêtes pour viol ont été ouvertes, les établissements lancent des dispositifs pour prévenir et accompagner les élèves victimes.

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Les chiffres ont plongé CentraleSupélec dans un état de sidération. Le 7 octobre 2021, l’association féministe Çapèse révélait les résultats d’une enquête interne sur les violences sexuelles. Sur 659 répondants parmi les 2 400 élèves de première et deuxième années interrogés, 51 femmes et 23 hommes ont déclaré avoir été victimes de harcèlement sexuel, 46 femmes et 25 hommes d’une agression sexuelle et 20 femmes et 8 hommes d’un viol. Un constat qui a fait réagir jusqu’à la ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, Frédérique Vidal.

CentraleSupélec n’est pas la seule école du plateau de Saclay à être touchée par de telles violences. À Polytechnique, 23 % des femmes interrogées disent avoir été victimes d’une agression sexuelle. Onze personnes, dont dix femmes, affirment avoir subi une tentative de viol ou un viol pendant leur scolarité. En juin 2022, une enquête interne recensait aussi 17 cas de viol à AgroParisTech. Ces rapports explosifs ont conduit le parquet d’Évry (Essonne) à ouvrir, le 24 juin 2022, des enquêtes pour viol dans quatre grandes écoles situées sur le plateau de Saclay, notamment l’ENS, CentraleSupélec et Polytechnique. Pour les écoles, l’évaluation du phénomène était la première étape de la démarche de prévention. «Nous avions des remontées, mais nous voulions les quantifier et les qualifier. Partir d’une vision chiffrée pour générer une prise de conscience et faire évoluer les comportements et les mentalités», confie Marie Bresson, déléguée à la diversité de l’X.

Cette libération de la parole a également poussé les écoles à repenser leurs moyens d’action pour lutter contre des violences dont elles étaient loin de mesurer l’ampleur. Marie Bresson assure que Polytechnique travaille pour renforcer ses cellules de soutien, de signalement et d’accompagnement, composées actuellement de cinq membres et auxquelles les élèves ont jusqu’à maintenant peu fait appel. «Nous réfléchissons à mettre en place des dispositifs externes, car les dispositifs internes peuvent dissuader.»

Aide juridique

Une décision déjà effective à CentraleSupélec, où cette cellule est désormais gérée par l’association France Victimes. «En nous demandant pourquoi les cas n’avaient pas été remontés à cette cellule, nous n’avons pas trouvé d’explication claire. Mais en consultant des études sociologiques et criminologiques, nous avons constaté que les personnes victimes de viol ont beaucoup de mal à s’exprimer auprès d’une personne de l’institution, d’où l’externalisation», explique Émilie Roger, la référente égalité femme-homme de CentraleSupélec.

En plus d’actions de prévention, l’école explique que les victimes pourront être accompagnées par des juristes en droit pénal, qui auront pour mission de qualifier les faits et de déterminer les réponses juridiques à donner. «Pour chaque plainte, l’école se portera partie civile et payera les frais d’avocats si la victime n’en a pas les moyens», indique Émilie Roger. Un encadrement social est également mis en place, pour permettre à une victime de déménager si elle réside sur le campus à proximité de son agresseur. Un aménagement des cours et des examens peut aussi être envisagé si la personne agressée ne se sent pas prête à revenir en cours collectif. 

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