Dans un billet publié le 6 avril, Facebook a annoncé son intention de partager certaines données anonymisées et agrégées de sa base d'utilisateurs. Ces informations relayées sous forme de cartographie permettront à des équipes de chercheurs “de mieux comprendre comment la dynamique des populations influence la propagation des maladies”, résume le réseau social. Cette coopération est une extension du programme Data for Good, lancé par Facebook en 2017 dans le but de fournir aux scientifiques, ONG et associations des quatre coins du globe des jeux de données pouvant leur être utile.
L’université PSL en première ligne
En France, l’université Paris Sciences & Lettres est intégrée au projet, principalement pour réfléchir à des modèles de stratégie de déconfinement. En plus du CNRS, de l’Inria et de l’Inserm, plusieurs établissements de l’université PSL sont sollicités, notamment l’École normale supérieure et les Mines Paris Tech.
Enseignant chercheur aux Mines Paris Tech, Akin Kazakci est responsable du Data innovation lab de l’Institut des hautes études pour l’innovation et l’entrepreneuriat (IHEIE). Au sein de l’université PSL, il coordonne actuellement les différents projets concernant le Covid-19. Il revient sur l’origine du rapprochement avec Facebook : “sans les données, il est quasi-impossible de comprendre les vraies dynamiques de cette pandémie, et malgré le grand nombre de chercheurs dont dispose l’Université PSL, on ne pouvait pas avancer.” Elle s’est donc rapprochée de plusieurs de ses partenaires dans l’espoir d’en obtenir. Facebook a accepté.
Modéliser la propagation du virus et penser des stratégies de déconfinement
Aujourd’hui, une trentaine de personnes, spécialisées dans le traitement des données de mobilité, dans la sécurité informatique ou la modélisation en intelligence artificielle, analysent les informations communiquées par le géant américain. “Les paramètres qui régissent la propagation de la pandémie évoluent en fonction de nos comportements et du temps. Plutôt que d’imaginer des modèles théoriques et faibles dans leurs capacités à intégrer des données, nous travaillons sur des modélisations qui se basent sur des données existantes”, clarifie Akin Kazakci.
Les chercheurs sont focalisés sur les dynamiques de mouvement entre différentes régions, départements ou villes. “Nous nous intéressons à toutes les échelles, sauf celle qui concerne les individus”, précise Akin Kazakci. Dans un contexte où les applications de traçage numériques divisent la population, le chercheur insiste sur le fait que cette initiative respecte la vie privée de chacun. “Nous voulons être un juste milieu entre le gouvernement français qui cherche à développer une solution rapide mais avec un risque d'opacité et le grand public qui peut participer ou soutenir cet effort de collecte et de traitement de données sous condition que les méthodes restent transparentes et scientifiquement prouvées."
La finalité du projet est de cartographier les accroissements brutaux de déplacements pour identifier les secteurs qui seront potentiellement les plus touchées par le virus. Ce travail permettra d’extraire des modèles de simulation pour déterminer les zones où le confinement pourrait être relaxé en priorité. Une fois que les résultats seront validés par consensus au sein du groupe de chercheurs, l’université PSL souhaite les communiquer au grand public. “Nous voulons informer les citoyens, mais nous sommes aussi en relation avec les autorités, notamment le conseil scientifique de l’Elysée”, conclut Akin Kazakci.



