Propriétaires de véhicule électrique, vous avez sûrement déjà vécu la corvée de la recharge. Pour pallier à ce problème, le programme de recherche européen INCIT-EV travaille depuis plus de quatre ans sur des solutions innovantes pour s’affranchir de l’intempestif branchement/débranchement des voitures. Dans ce cadre-là, plusieurs entreprises privées et instituts de recherche ont élaboré différentes technologies, progressivement installées sur des routes d'Europe. Au Portugal, en Espagne, Italie, Arménie... mais aussi en France.
Les 26 et 27 juin, deux routes électriques situées dans le 17e arrondissement de Paris et à Versailles (Yvelines) ont été inaugurées. Elles permettent une recharge sans fil d'un véhicule en mouvement, grâce au principe de transfert d’énergie par induction. «Vous l’utilisez déjà lorsque vous posez votre téléphone portable sur un support pour le recharger», rappelle Joseph Beretta, responsable de la communication d’INCIT-EV et ingénieur en génie électrique.
80 à 90% de taux de rendement
Le principe : des bobines de fils cuivrés insérées sous l'enrobé émettent un champ magnétique. Des bobines réceptrices, intégrées sous le véhicule, le captent lorsque la voiture se trouve au-dessus. «Une sorte de transformateur électrique avec de l’air entre les deux» résume Joseph Beretta.
D'autres industriels testent aussi l'induction sur route comme Vinci qui expérimente la recharge dynamique par rail sur autoroute.«Notre projet s'est beaucoup penché sur la partie efficacité énergétique, compare le responsable d'INCIT-EV. Nous avons obtenu les taux de rendement parmi les plus élevés sur cette technologie.» Il précise que 80 à 90% du champ électrique se retrouve ainsi transmis aux voitures. «Quand vous mettez une bobine dans l’air, le champ rayonne à 360 degrés, souligne l’ingénieur. Les chercheurs ont ajouté un ensemble d’aimants qui l’ont contraint à s’orienter en direction des récepteurs.» Mais l'efficacité du dispositif va toujours dépendre du type de véhicule, de la vitesse ou encore de l’alignement du conducteur avec la route.
Reste une dernière chose : intégrer une bobine sous la voiture. Pour tester les prototypes, quatre véhicules ont été équipés : deux Renault Zoé, une Citroën DS3 et un Renault Master. «L’utilitaire a été équipé de trois bobines», explique Joseph Beretta. La route électrique, installée dans le 17e arrondissement, s'étend sur 30 mètres. Si une voiture équipée roule dessus à 30 km/h, elle devrait récupérer 2 km d’autonomie. «Le premier tronçon est à destination des zones urbaines», complète-t-il. La portion de Versailles mesure le double et est prévue pour des routes à grandes vitesses avec de plus grandes bobines de 10 mètres de long.
Mais des problèmes subsistent. Mise à part l’intégration nécessaire sous le châssis, les bobines sous les véhicules pourraient frotter aux trottoirs et autres ralentisseurs. «Elles ont été calibrées pour passer les dos-d’âne homologués», ajoute l’ingénieur. Et déployer les routes électriques n’est pas si simple. «Cela demande de creuser la voirie existante, enterrer le dispositif, installer les bobines… on ne tire pas juste un câble dans le goudron».
Faire la preuve du concept
Alors pourquoi les avoir mises en fonctionnement ? «Déjà pour faire la preuve du concept, estime Joseph Beretta. Installer dans un lieu public un système avec des véhicules compatibles permet de voir comment le système va vieillir avec les contraintes climatiques et mécaniques».
En Europe, les cinq autres solutions innovantes du programme INCIT-EV sont elles aussi opérationnelles. Des recharges statiques dans les files d’attente de taxis à l’aéroport, des bornes de charge ultrarapides, d'autres interconnectées qui stoppent la charge en cas de tension sur le réseau électrique… Le coût total du projet s’élève à 18,9 millions d’euros dont 15 millions de financements européens et le reste apportés par les différents partenaires, industriels, universités, instituts, villes, start-up ou encore PME. Et l'intérêt d'INCIT-EV, pour le responsable, est véritablement de voir l'évolution des dispositifs à long terme, contrairement «aux autres systèmes à l’induction testés qui resteront en place sur des délais plus courts».
Et certains acteurs comptent bien s’engouffrer sur ce champ. En janvier 2024, l’équipementier automobile français Valeo a présenté Ineez Air Charging, une solution de recharge par induction. Malgré les difficultés existantes, Joseph Beretta est persuadé que le jeu en vaut la chandelle. «Le dispositif reste cher à installer, mais le pari pourrait s'avérer payant à long terme en diminuant la taille des batteries», souligne-t-il. Dans l’acquisition d’une technologie fonctionnelle, «nous sommes dans le peloton de tête avec notre système opérationnel et déployé», ajoute-t-il. Selon l’UFC-que-Choisir, la question de l’autonomie et de la puissance de recharge restent des critères cruciaux dans le choix d’une voiture électrique. Débarrassée de ces deux impératifs, l’électrification du parc automobile européen pourrait s’en retrouver renforcée.



