Comment Daher espère réduire de moitié ses 1 300 suppressions de postes

Daher pourrait réduire l’ampleur de son plan de sauvegarde de l’emploi (PSE), avec 679 postes supprimés en France contre 1 261 prévus en juin dernier. La direction compte actionneur plusieurs leviers.

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Fabrication d'avion chez Daher [BIG]
Daher va-t-il réussir à réduire l'ampleur de son PSE? Sur les 1 300 postes supprimés, la direction espère en sauver 582.

Daher pourra-t-il éviter le pire ? A savoir, un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) présenté en juin dernier qui visait la suppression de 1 261 postes en France, sur un effectif global de 10 000 salariés.

C’est ce qu’a laissé entendre la direction de l’avionneur et équipementier aéronautique dans un courrier adressé aux salariés, jeudi 8 octobre, que L’Usine Nouvelle a pu obtenir : il serait possible de sauver 582 emplois sur les 1 261 envisagés, ramenant le PSE à 679 suppressions de postes. Et la direction de l’entreprise familiale d’étayer ce scénario moins sombre, envisageable grâce à un panel de solutions.

"Nous devons tout mettre en œuvre pour limiter autant que possible les départs contraints, en encourageant le volontariat et en activant tous les autres dispositifs qui pourront nous y aider", assure Didier Kayat, le directeur général de Daher, dans ce courrier. A lui seul, le dispositif d’Activité partielle de longue durée (APLD) pourrait permettre de sauver 211 emplois, détaille-t-on en interne. Un levier issu du plan de relance de l’Etat également mis en avant dans d’autres négociations en cours dans le secteur aéronautique, chez Airbus notamment.

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Un nouveau technocentre à Nantes

Autre solution, venant de l’Etat, qui pourrait limiter la casse sociale : Daher a présenté un dossier pour bénéficier du nouveau fonds de 1,5 milliard d’euros alloués au Conseil pour la Recherche Aéronautique Civile (Corac) dédié à l’aviation forte, dans le but de sanctuariser les équipes de R&D. Idem avec le fonds de 300 millions d’euros qui doit aider à la digitalisation des acteurs du secteur, qui pourrait là encore sauver quelques emplois. Daher fait également le pari de réussir à convaincre l’Armée de l’Air de renouveler certains de ses TBM vieillissants (27 acquis aujourd’hui), dans le cadre des commandes anticipées pour la défense prévues dans le plan de relance.

L'autre point d’achoppement, qui pourrait aider Daher à minimiser l’impact de son PSE, se situe au niveau du site de Saint Julien de Chédon (Loir-et-Cher), employant 300 personnes, que Daher cherche à vendre. "Nous avons déjà enregistré sept marques d’intérêt sérieuses qui nous donnent bon espoir quant à la poursuite d’une activité industrielle sur le site", précise Didier Kayat dans son courrier. Alors que les 679 postes supprimés prennent en compte les effectifs de ce site, un repreneur pourrait éventuellement sauver jusqu’à 150 ou 200 emplois supplémentaires, glisse-t-on au sein du groupe.

Des succès commerciaux à portée de main

En outre, Daher mise sur le transfert d’une trentaine de salariés, 20 ingénieurs et 10 compagnons, de Saint Julien de Chédon vers le nouveau technocentre dédié aux matériaux composites. Un centre d’excellence qui pourrait voir le jour dans deux ans environ. " […] Nous espérons par ailleurs offrir à nos experts de Saint-Julien une opportunité unique de pérenniser et développer leurs compétences tout en consolidant l’avance compétitive de Daher dans le domaine clé des nouveaux matériaux", espère Didier Kayat.

Au-delà des aides et de la mobilité interne, la direction de Daher fait aussi le pari de remporter quelques succès commerciaux à court et moyen termes, en particulier dans ses activités de logistique. Le groupe vient d’ailleurs de réceptionner un entrepôt logistique dans la région toulousaine, destiné à certains acteurs de la chaîne d’approvisionnement d’Airbus. Et il espère, grâce à l’appui de la région Occitanie, pouvoir ouvrir en 2021 un nouveau technocentre logistique.

Daher se pose en consolidateur

Pas de triomphalisme pour autant au niveau de la direction de Daher. "La suppression de 679 postes n’en demeure pas moins un choc pour une entreprise familiale comme Daher, consciente de sa responsabilité sociétale et de l’impact de ses activités sur les différents bassins d’emploi où elle est présente, souligne Didier Kayat. Nous comprenons l’angoisse des salariés susceptibles d’être impactés par le projet sur nos différents sites, ainsi que l’émotion légitime qui s’est exprimée à l’annonce de notre projet de désengagement progressif du site de Saint-Julien." Les négociations dans le cadre du PSE doivent s'achever d'ici la fin de l'année.

Pour rappel, à l’instar des autres acteurs de la filière aéronautique, Daher fait face à une chute drastique de l’activité, de l’ordre de 40% dans les cadences de production des avions commerciaux, en raison de la pandémie de Covid-19. L’impact de la crise va se traduire pour Daher par une baisse du chiffre d’affaires comprise entre 300 et 400 millions d’euros cette année. Malgré l’obtention mi-juin d’un prêt garanti par l’Etat (PGE) de 170 millions d’euros, le groupe a été contraint de passer par la case PSE. Pour sortir de la crise par le haut, l’avionneur pourrait ouvrir son capital à de nouveaux investisseurs ou procéder à de nouvelles acquisitions. Ce qui ouvrirait un nouveau chapitre à cette entreprise née en 1863.

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