Mecachrome, Lisi, Latécoère… L’aéro poursuit sa descente aux enfers

Plus de 30 plans de suppressions de postes sont en cours en France dans le secteur aéronautique, selon nos informations. Entre 50 000 et 70 000 postes pourraient être supprimés au sein de la filière française dans les prochains mois.

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Assemblage A350Airbus Toulouse
A l'instar d'Airbus (photo), tous les fournisseurs et sous-traitants de l'aéronautique dégainent des plans de suppressions de postes. Jusqu'où ira la chute?

Prévisible, le choc n’en est pas moins terrible. Alors que de nombreux acteurs de l’aéronautique avaient confié à L’Usine Nouvelle, début juillet, leur crainte de voir se multiplier les plans de réduction d’effectifs, les annonces confirmant cette prédiction se multiplient. Après Latécoère qui a communiqué sur son intention de supprimer 475 postes en France vendredi 25 septembre, c’est au tour de Mecachrome de sortir aussi du bois, lundi 28 septembre : le sous-traitant envisage de supprimer 306 postes et de fermer son usine de Vibraye (Sarthe).

"Il est à craindre qu’il y ait des plans de sauvegarde de l’emploi (PSE)", avait prédit Eric Trappier au début de l’été, le président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (Gifas). Le dirigeant avait vu juste. Il n’y a qu’à voir l’accumulation de plans touchant directement des postes basés en France en l’espace de quatre mois, chez les donneurs d’ordre et par effet domino chez les sous-traitants : Airbus (4971 postes, en comptant sa filiale Stelia et ATR), Daher (jusqu’à 1300 postes), AAA (719 postes), Sogeclair (245 postes), Latécoère (475 postes), Figeac Aéro (320 postes), Lisi (197 postes), Derichebourg (163 postes) et désormais donc, Mecachrome (306 postes). Entres autres industriels. Expleo (ex Assystem), pourrait selon nos informations supprimer 626 postes, tout comme CMT+ (filiale de Scalian) qui envisage 140 suppressions de postes. Sans oublier Air France, avec 7500 postes.

Un contexte social qui se tend

Combien de PSE ont-ils été lancés au total au sein de la filière française depuis le début de la crise du trafic aérien, intervenue en début d’année en raison de l’épidémie de Covid-19 ? Il y en a plus de 30 et le chiffre pourrait approcher la cinquantaine, selon différentes sources consultées demandant à garder l’anonymat. Le constat est rude pour cette filière qui, en début d’année encore, avait les yeux rivés sur les montées en cadences de production : le plan de relance du secteur aéronautique de 15 milliards d’euros annoncé début juin par le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, ainsi que les Prêts garantis par l’Etat (PGE) ne seront pas parvenus à empêcher la casse sociale dans cette filière d’excellence.

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Les conséquences sur l’emploi seront significatives dans les prochains mois, lorsque les PSE commenceront à être effectivement mis en œuvre. "Le plan de suppressions de postes d’Airbus, le principal donneur d’ordre de la filière, représente environ 12% des effectifs, souligne Marwan Lahoud, président du directoire du fonds ACE Management (Tikehau Capital) dans l’interview qu’il vient de nous accorder. Celui de Figeac, avec 320 suppressions de postes, représente environ un tiers des effectifs. La fourchette de 15 à 20% à l’ensemble de la filière est donc raisonnable." La filière représentant un total de 350 000 emplois directs, les PSE pourraient in fine se traduire par une saignée comprise entre 52 000 et 70 000 postes sur le seul territoire français… Des chiffres qui reflètent en partie la baisse d’activité du secteur, à l’image d’Airbus qui a baissé sa production de 40% pour 2020 et 2021.

Un contexte social tendu qui fait monter aux créneaux les organisations syndicales, qui n’hésitent pas dans certains cas à manifester pour faire connaître leurs craintes quant à la disparition massive et soudaine de compétences. Tous se battent pour réduire l’ampleur des PSE et empêcher des départs contraints, une possibilité qui a été évoquée récemment par le président exécutif d’Airbus, Guillaume Faury, dans un courrier interne. Les syndicats tentent de faire jouer à plein certains dispositifs auprès de leurs directions, en particulier l’APLD (Activité Partielle de Longue Durée), pour faire le dos rond pendant toute la durée de la crise. L'enjeu pour la filière: éviter la rupture d'un maillon essentiel d'ici à la reprise de la production, espérée à l'horizon 2023-2024.

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