Daher va céder son usine de Saint-Julien-de-Chédon et projette 1 300 suppressions de postes en France

Daher pourrait supprimer jusqu’à 1 300 postes dans l'Hexagone et va céder son site de Saint-Julien-de-Chédon (Loir-et-Cher). L’équipementier aéronautique français va aussi mettre fin à 1300 contrats d’intérimaires.

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Fabrication d'avion chez Daher [BIG]
Malgré l'obtention d'un PGE de 170 millions d'euros, Daher lance un plan visant à supprimer un maximum de 1 300 postes en France.

La vague de plans sociaux dans le secteur aéronautique français ne cesse de s’amplifier. Après Derichebourg et Sogeclair, c’est au tour de Daher d’entamer, jeudi 25 juin, le début des négociations avec les partenaires sociaux en vue d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Frappé par la crise provoquée par la pandémie mondiale qui touche fortement le secteur, le groupe familial né en 1863 pourrait supprimer jusqu’à 1300 postes en France, touchant toutes ses activités (aéronautique, nucléaire et logistique), sur un effectif total de 10 000 collaborateurs. Les négociations liées à ce PSE devraient s’achever d’ici à la fin de l’année.

Si la répartition des suppressions de postes entre les principaux sites de Daher n’est pas encore précisée à ce stade, celui de Nantes (Loire-Atlantique) sera sans aucun doute plus touché que celui de Tarbes (Hautes-Pyrénées). "Le site nantais produit notamment des pièces en matériaux composites pour l’A350 dont les cadences diminuent, détaille Didier Kayat, directeur général délégué de Daher, à L’Usine Nouvelle. Le site de Tarbes est davantage diversifié et fournit Airbus, mais aussi Dassault, Gulfstream et assemble nos TBM", avions d'affaires à turbopropulseur à grande vitesse.

Autre impact majeur du PSE de Daher en France : la cession du site de Saint Julien de Chédon (Loir-et-Cher) qui emploie 300 personnes. "Notre désengagement va durer environ deux ans et devrait avoir un impact léger sur l’emploi avec une cinquantaine de postes supprimés au maximum, estime Didier Kayat. Cela va nous laisser le temps de transférer certaines activités stratégiques, touchant notamment à la défense, que nous souhaitons garder vers nos autres sites." Le site pourrait intéresser des PME et des ETI soucieuses de se renforcer en ces temps de crise.

Un total de 3 000 postes supprimés

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Alors que la direction de Daher compte privilégier au maximum les départs volontaires et les départs en préretraite pour éviter les licenciements secs, l’ampleur des suppressions de postes dépasse le cadre de ce PSE. Ces derniers mois, Daher a été contraint en raison de la baisse d’activité à procéder à la suppression de 400 postes au sein de certains sites étrangers, aux Etats-Unis, au Mexique et au Maroc. Ce à quoi il faut ajouter de futures suppressions de postes chez les intérimaires : 1 300 postes sur les 1 700 actuels vont être supprimés d’ici la fin du mois de juillet. Le bilan total atteint donc environ 3 000 postes supprimés, soit près de 30% des effectifs.

Un chiffre directement lié à la baisse d’activité qui touche le secteur aéronautique, victime d’une chute brutale et durable de la demande d’avions de la part des compagnies aériennes ayant entraîné une forte réduction des cadences de production chez les avionneurs, Airbus et Boeing en tête. "Aujourd’hui, 45% de nos capacités ne sont pas utilisées, chiffre Didier Kayat. Et nous prévoyons entre 30 et 35% de capacités excédentaires pour les deux ou trois années qui viennent." Si les hypothèses de baisse d’activité sont très pessimistes cette année concernant l’aviation commerciale (-40%), elles sont aussi sombres au sein des autres activités du groupe (-20%).

Des leviers pour limiter la casse

Résultat : l’impact de la crise va se traduire pour Daher par une baisse du chiffre d’affaires comprise entre 300 et 400 millions d’euros cette année. Pour rappel, Daher tablait sur un chiffre d’affaires de 1,35 milliard d’euros en 2020… Pourtant, le groupe n’était pas dans le rouge. "Nous avons pu préserver notre situation financière grâce à des réaménagements de nos lignes de crédits, explique Didier Kayat. En outre, en 2019, en vue de la mise en œuvre de notre plan stratégique, nous avions pu repousser de cinq ans le remboursement de nos dettes, à partir de 2025." Jeudi 18 juin, Daher annonçait même avoir obtenu un prêt garanti par l’Etat (PGE) de 170 millions d’euros auprès de ses partenaires financiers.

Malgré ce PGE et sa diversification dans trois domaines d’activités distincts, Daher passe bel et bien par la case PSE. Mais la direction assure vouloir minimiser les suppressions de postes. Si 500 postes sur les 1300 seront quoi qu’il en soit supprimés, correspondant à des activités arrêtées, l’impact sur les 800 autres pourrait être limité. "Nous nous félicitons de la prolongation du dispositif d’activité partielle de longue durée pour l’aéronautique qui devrait permettre, dans la négociation avec les partenaires sociaux, de diminuer ce chiffre significativement", annonce Didier Kayat.

D’autres éléments pourraient également limiter la casse sociale. Le fonds de 1,5 milliard d’euros alloués au Corac, dans le cadre du plan de relance de la filière présenté début juin, pourrait maintenir de l’emploi lié à des projets de démonstrateurs, en particulier l’avion hybride Eco Pulse et le monomoteur Kodiak (issu du rachat l’an dernier de l’américain Quest) rendu autonome. Daher est aussi en négociations pour que l’Armée de l’Air renouvelle certains de ses TBM vieillissants (27 acquis aujourd’hui), dans le cadre des 832 millions d’euros de commandes anticipées du plan de relance. Quant au fonds de 300 millions d’euros dédié à la digitalisation, il pourrait également permettre au groupe de maintenir des emplois supplémentaires.

Prêt pour jouer un rôle de consolidateur

Malgré les circonstances, Daher tente de se projeter dans l’avenir. Dans la consolidation qui promet de s’accélérer au sein de la filière en raison de la crise, "Daher se positionne en consolidateur, assure Didier Kayat. C’est la raison pour laquelle nous avons annoncé assez tôt notre plan de restructuration. Cela permet de préparer rapidement et activement ce que sera le nouveau Daher dès 2021. Nous ne sommes pas prêts à être mangés, nous serons acquéreurs."

Deux options s’offre à l’équipementier : se consolider dans l’activité des aérostructures ou dans celle des pièces pour moteur (le groupe mène des travaux de R&T avec Safran, Pratt&Whitney et Rolls-Royce). "Dans l’état actuel, je ne nous vois pas sortir des aérostructures, confie Didier Kayat. Quoi qu’il en soit, ces mouvements doivent s’opérer en intelligence avec Airbus et Safran." L’enjeu pour le groupe ? Ouvrir son capital à de nouveaux actionnaires pour opérer des mouvements stratégiques, sans mettre à mal la position majoritaire (87%) des parts détenus par les actionnaires familiaux.

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