Comment ces PME et ETI françaises ont fait face à la crise en 2020

Sur le terrain, les entreprises mettent en œuvre leurs propres solutions pour faire face à la crise.

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L’aide aux investissements vers l’industrie du futur pourrait doper les commandes de Thimonnier, fabricant de machines pour emballages souple

Ils ne mouraient pas, mais tous étaient frappés. ». Cette citation de La Fontaine résume bien la situation des industriels. S’ils n’ont pas été frappés par la peste, aucun n’a été épargné par la pandémie de Covid-19. Que ce soit pour rattraper des productions bloquées, résister à la baisse conjoncturelle de certains marchés, anticiper leur décrue durable, gérer au jour le jour une supply chain perturbée et des salariés angoissés, tous se démènent pour trouver des solutions pour tenir, voire se transformer en attendant le dénouement de cette crise.

Certains chanceux ont déjà sauvé leur année avec un redéploiement de leurs ventes par zones géographiques, mais parfois au prix d’un coût humain.

C’est le cas de la PME Silvadec (fabricant de bois composite), qui dispose de deux sites de production, l’un à Arzal (Morbihan) et l’autre en Allemagne. «En mars-avril, nous avons stoppé la production, car les commandes se sont arrêtées. Puis nous avons eu un énorme rebond, car les gens ont beaucoup investi dans leur maison», explique Bénédicte Jézéquel, sa fondatrice. Silvadec finira l’année sans perte, car si l’Italie et l’Espagne se sont effondrées, les ventes ont au final gagné 20 % en Allemagne et chuté de « seulement » 7 % en France. En revanche, la PME a dû produire en dix mois ce qu’elle fabrique habituellement en douze. Le personnel a été extrêmement sollicité et a du faire preuve d'agilité, certains en sont ressortis très fatigués.   

Entre subvention et diversification

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Chez Thimonnier, qui fabrique à Saint-Germain-au-Mont-d’Or (Rhône) des machines pour emballages souples, Sylvie Guinard, sa présidente, confie un climat pesant : « Je dois interdire tous les moments de convivialité. L’information circule moins bien. » Thimonnier, qui réalise 85 % de son chiffre à l’export, est handicapé par la fermeture des frontières, ses techniciens ne pouvant plus aller régler les machines chez les clients. « Quand on a un distributeur local, on le fait à distance. Mais beaucoup de machines sont restées dans leur caisse. » Le vrai souci concerne plutôt le report des décisions d’investissement. « Nous avions des produits arrivés à maturité et nous tablions en janvier 2020 sur une hausse de 40 % de notre courant d’affaires. Nous allons finir entre - 5 et - 10 %. » Membre du Symop – le Syndicat des machines et technologies de production –, Sylvie Guinard se réjouit de la nouvelle subvention pour les machines et technologies numériques : « Cela joue un rôle de déclencheur. J’ai briefé à fond tous mes commerciaux en France, et nous avons reçu notre première commande subventionnée. »

D’autres ne peuvent compter sur de tels coups de pouce, comme Bénéteau qui subit le coup de frein du nautisme au niveau mondial. L’entreprise mène de front, en France, la négociation d’un accord de chômage partiel de longue durée et celle d’un PSE. Car la baisse de chiffre d’affaires de 14 % sur douze mois constatée en août 2020 va encore s’accentuer. Pour ne pas perdre trop de compétences, Bénéteau diminue son activité et rapatrie sur d’autres sites vendéens les salariés de trois sites à l’arrêt. « Si les 350 salariés concernés acceptent les mobilités, nous pourrons limiter les départs à 150 ou 200. Sinon, ce sera beaucoup plus », explique Corinne Margot, la DRH de Bénéteau.

Chez AQLE, spécialiste d’assemblages électroniques, à Saint-Just-en-Chaussée, dans l’Oise, c’est 40 % de l’activité qui a été touchée avec l’effondrement du secteur aéronautique. La PME avait entamé une diversification de ses secteurs aval, elle a accéléré… Elle vient de remporter la relocalisation d’un sous-ensemble de véhicule industriel. «Cela nécessite 1 million d’investissement, mais nous allons toucher 800 000 euros de fonds public grâce au plan de relance. Cela neutralise l’amortissement des équipements et nous permet de proposer un prix compétitif», se réjouit Damien Asselin qui a mis une partie de ses salariés en chômage partiel en s’engageant à ne pas licencier pendant trois ans. Aujourd’hui, il a compensé la moitié du chiffre d’affaires perdu avec l’aéronautique. Mais chaque matin, il scrute le bulletin des distributeurs de composants électroniques. «Nous avons des tensions, car si l’Asie est repartie, les stocks étaient au plus bas. La demande est trop forte et le nouvel an chinois arrive…», explique le dirigeant de cette PME d’une centaine de salariés.

Sa solution : communiquer en permanence avec ses donneurs d’ordres pour anticiper et les amener à prendre des positions sur des commandes fermes. Il a sécurisé ses finances avec un prêt garanti par l’État auquel il n’a pas encore touché.

Innover pour relocaliser

Une solution qui n’a pas suffi chez Albéa, une ETI d’emballage pour la cosmétique et l’hygiène, dotée de six usines en France. La fermeture des commerces d’aéroport, notamment, a conduit à une baisse de 30 % à 40 % pour les rouges à lèvres et les parfums et autour de 8 % pour l’hygiène. Pour récupérer du cash, dans un secteur aux marges très faibles déjà envahi de productions asiatiques, Albéa a vendu au printemps son activité pompes et pulvérisateur. «Mon plus gros actif, ce sont mes clients. Nous nous battons pour qu’ils rapatrient de Chine leurs productions, en innovant avec des emballages mono-matières, des plastiques recyclés, des tubes plastique-papier», témoigne François Luscan, son président. Il a désormais un correspondant dédié à la Direction général des entreprises et au ministère de l’Économie et des Finances pour concourir sur les bonnes aides avec ses différents projets. «J’espère que cet épisode va accélérer la prise de conscience sur les circuits courts et l’économie circulaire», lance le dernier fabricant de tubes de rouge à lèvres en France qui ne veut pas disparaître.

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