Les années passent, mais Arnaud Montebourg continue de se poser en défenseur du « made in France ». La crise sanitaire n’a pas détourné le candidat à l’élection présidentielle 2022 de sa marotte, bien au contraire. Le « made in France » devra plus que jamais participer à « La Remontada » du pays s'il accède au pouvoir, ce qui est loin d'être une évidence selon des sondages récents.
Présent au forum national du collectif Reconstruire mercredi 20 octobre à Belfort, l’ancien ministre de François Hollande jusqu’en 2014 y a présenté son programme industriel pour bâtir un « made in France de taille XXL ». Il le détaille auprès de L’Usine Nouvelle.
Devant bon nombre de syndicalistes de General Electric, qui a racheté Alstom énergies en 2014, Arnaud Montebourg a dit vouloir créer un « nouvel Alstom dans les énergies décarbonées ». « Nous n’aurons pas d’autre choix que [de nous] remettre tous ensemble à monter des entreprises », a-t-il estimé au pupitre. « Ce ne seront pas les startuppers qui vont le faire », a-t-il ajouté. « Il va bien falloir qu’on prenne des industriels, de l’argent public, de l’argent privé (…) et qu’on arrive, via une sorte de tour de table inédit, à monter une boîte avec l’Etat, les industriels et ceux qui savent faire ! »
Collecteurs d'assurance-vie et les fonds nationaux
Concrètement, Arnaud Montebourg entend « monter une boîte nouvelle, financée majoritairement par des fonds privés et dont l’Etat fera l’amorçage », précise-t-il à L’Usine Nouvelle. « Elle sera dirigée par un industriel, reprendra les compétences et fera des acquisitions. » Grâce à ce type « d’investissement mixte », le candidat a expliqué à Belfort vouloir « racheter à General Electric les turbines Arabelle » destinées aux activités nucléaires, « racheter à Grenoble les turbines hydrauliques » et « reprendre les éoliennes offshore » en Loire-Atlantique.
A ce nouvel Alstom, devraient aussi s’ajouter un nouvel Alcatel et un nouveau Pechiney – l’ancien ministre nourrissant aussi l’idée de « reprendre nos mines abandonnées comme à Marignac, en Haute-Garonne » – dans le but d’assurer une autonomie et une indépendance stratégiques. Un pari réalisable ? Le candidat a reconnu qu’il faudrait « beaucoup de capital » et « retrouver les industriels ».
« Je pense que si on passe un petite annonce, on n’aura pas de mal à retrouver tout le monde. Ils n’attendent que ça, les ingénieurs qui ont été fichus dehors (sic) par toutes ces phases de destruction », a-t-il considéré. Pour capitaliser cette société, le candidat compte sur l’Etat, avec une participation qui serait gérée par Bpifrance, « les collecteurs d’assurance-vie en contrepartie de sa défiscalisation » et « les fonds d’investissement nationaux comme Ardian ». Reste que sécuriser des investisseurs français est parfois une gageure, comme l’illustre la trajectoire du fleuron tricolore de la bioproduction Yposkesi passé sous pavillon coréen en mars dernier.
Des libertés avec les règles de l'UE
Pour se faciliter la tâche, Arnaud Montebourg se dit prêt à prendre quelques libertés par rapport aux règles européennes. « Il va falloir que nous écartions, tranquillement et avec le sourire, les quelques règles européennes qui nous empêchent de nous reconstruire », a-t-il affirmé à Belfort. Comment faire ? « Je vais organiser un référendum grâce à l’article 11 (de la Constitution), ce qui s’appelle une VIe République. Elle s’accompagnera d’une modification de l’article 88 qui permettra au Parlement, quand l’intérêt national est en jeu, d’écarter pendant par exemple 10 ans les règles européennes relatives aux aides d’Etat, à la commande publique et aux restrictions sur les ententes », complète Arnaud Montebourg auprès de L’Usine Nouvelle.
Ce dispositif s’appliquerait sur un périmètre restreint de « zones économiques spéciales », c’est-à-dire des territoires désindustrialisés « où on va remonter nos usines ». Un programme qui lui vaut les critiques de François Hollande. « S’il venait avec son programme au Conseil européen comme président, il apparaîtrait vite comme un zozo », a taclé l’ancien chef de l’Etat dans les colonnes du Parisien. « Monsieur Hollande a imposé un matraquage fiscal aux classes populaires et moyennes. Il ferait mieux d’aller se cacher », rétorque Arnaud Montebourg.
Conversion des PGE en fonds propres
Ce dernier a présenté à Belfort ses propositions pour l’industrie. Jusqu’ici, il avait surtout défendu une hausse immédiate de 10% du Smic et après des négociations par branche pour les salaires jusqu’à 2 000 euros bruts, ainsi que sa volonté de réinvestir dans le nucléaire. Ou encore la généralisation du « dividende salarié », c’est-à-dire du partage des profits entre les actionnaires et les salariés. « Je suis favorable à ce que les PGE soient convertis en fonds propres par l’Etat et que les actions soient en contrepartie distribuées aux salariés », précise-t-il à L’Usine Nouvelle. Le candidat s’est en revanche prononcé contre les 32 heures, « le nouvel ennemi de la feuille de paie », selon lui.



