Au lendemain de l’annonce par le géant américain Dow Chemicals de la mise à l’arrêt de trois de ses sites sur le Vieux continent, la Commission européenne a présenté ce mardi 8 juillet son plan d’action pour venir au secours du secteur de la chimie. Dans cette «industrie des industries», qui «contribue indirectement à la production de plus de 96 % des biens manufacturés», l’Europe a vu sa part de marché mondiale fondre de 28% à 13%, entre 2008 et 2023.
Or, la tendance s’est accélérée ces derniers mois, avec des fermetures d’usines en série, notamment du côté des vapocraqueurs, ces installations pétrochimiques stratégiques, à l'origine de nombreuses filières, des batteries, à l'habillement en passant par l'automobile, la défense, la pharmacie ou les matériaux de construction. De fait, la chimie, qui emploie directement environ 1,2 million de personnes dans l’UE, fait face à une conjonction de facteurs défavorables, auxquels l’exécutif européen veut s’attaquer : une concurrence internationale jugée déloyale, venant notamment de Chine, des prix de l’énergie élevés, une demande trop faible, ou encore une charge réglementaire excessive.
Un mapping des molécules stratégiques
Pour concentrer au mieux ses efforts, la Commission effectuera dans les prochains mois un recensement (un "mapping") tant des molécules stratégiques où l’UE est trop dépendante, que des usines «indispensables pour la sécurité économique», et qui seraient à risque de fermeture. Difficile, toutefois, de comprendre sur quoi l’exercice pourrait aboutir. Le plan évoque un accès facilité aux fonds européens et, «éventuellement», la présentation future d’un «Critical Molecule Act», un projet législatif pour le secteur, mais sans garantie donc. Il est aussi question de la création d’une «Alliance sur les produits chimiques critiques» qui doit faire travailler de concert les États membres, les institutions de l’UE, les organes de recherche et les industries, pour notamment «encourager l’innovation et attirer les investissements».
Le plan d’action devient plus concret sur le volet commercial, où Bruxelles entend montrer les muscles. L’exécutif de l’UE promet d’avoir recours plus systématiquement à son arsenal de défense commerciale face à la surproduction venue notamment de Chine, dont les industriels européens dénoncent les pratiques anticoncurrentielles via des ventes à perte. Stéphane Séjourné, le vice-président exécutif français, a d’ailleurs rappelé que depuis janvier 2024, la Commission a lancé 18 investigations sur des importations de produits chimiques, le plus souvent sur des soupçons de dumping. Dans le cas du dioxyde de titane, par exemple, Bruxelles a déjà sévi avec des droits de douane correctifs imposés début 2025.

- 58.7+6.53
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en euros€/baril
- 109.77+0.68
6 Avril 2026
Pétrole Brent contrat à terme échéance rapprochée$ USD/baril
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
Des aides d'Etat autorisées pour une énergie moins chère
Un autre pilier du plan concerne le prix de l’énergie, qui représente jusqu’à 50% des coûts fixes de ces industries. La principale nouveauté annoncée le 8 juillet est l’extension des possibilités accordées aux pays membres de verser des aides d’État pour compenser la hausse des coûts indirectement subie par les sites chimiques, via la bourse des quotas carbone de l’UE (EU ETS). Concrètement, certains produits chimiques énergo-intensifs étaient éligibles à de telles subventions, mais pas tous : il s’agit donc d’allonger la liste, en particulier aux produits chimiques organiques, et aux engrais.
Le plan vise aussi à développer la demande en faveur des produits européens. Ici, la Commission renvoie essentiellement à sa proposition de réforme des marchés publics de l’UE, attendue pour septembre, où il sera question d’imposer des critères de contenu «made in EU». Enfin, l’institution a dévoilé en parallèle une proposition dite «omnibus», vouée à réduire la charge réglementaire pesant sur le secteur. Au menu, une série d’allègements de règles existantes portant en particulier sur l’étiquetage et le packaging de certains produits chimiques, des engrais et des biens cosmétiques. Bruxelles assure que ces mesures pourront générer près de 400 millions d’euros d’économies chaque année, et promet qu’elles ne constituent en rien des reculs sur le plan environnemental et de la protection des consommateurs, comme on le dénonce pourtant à la gauche du Parlement européen.



