Baisse de rentabilité, carnets de commandes en berne... La plasturgie française tourne au ralenti

Confrontés à une hausse des coûts de production et donc à une baisse de leur rentabilité, les industriels du plastique craignent désormais une crise des carnets de commandes alors que les marchés de l’automobile et du BTP marquent le pas.

Réservé aux abonnés
Plastic Omnium Tuliapn (Pologne)
En 2024, le marché de l'automobile a été particulièrement touché comme celui du bâtiment. La diversification s'impose dans la profession.

Après l’embellie de la reprise post-covid, les transformateurs plastiques entrent dans une période difficile. Le secteur subit même un «retournement» depuis 2023, selon Xavier Chastel, directeur général de Polyvia, lors d’une conférence de presse à Paris mercredi 15 janvier. Le porte-parole de l'Union des transformateurs de polymères,  qui revendique une représentation de 88% de la filière, estime que le niveau de la production évolue à des niveaux «proches de 2012-2013».

Fermetures d’usines ?

Interrogée l’an dernier par le syndicat dans le cadre d’une enquête de conjoncture portant sur l’évolution de leur activité, plus de la moitié des 183 répondants ont indiqué des résultats en deçà des prévisions, que cela soit par rapport à 2023 et même à celle en cours. Les marchés de l’automobile, du BTP construction ou encore du nautisme sont particulièrement impactés.

Si quasiment aucun plan de suppressions d'emplois n'a été annoncé en 2024, à l'exception d'Herige Industries, «des ajustements pourraient avoir lieu au premier semestre», indique Xavier Chastel, désignant l'automobile.

Pierre-Jean Leduc, président de Polyvia et patron de Demgy, ETI de la plasturgie, fournisseur entre autre de l’auto, est plus concret : «Je m’attends à ce que des gros acteurs monomarchés comme OPmobility [ex-Plastic Omnium, ndlr] ou Forvia ferment des usines.» Des baisses du recours à l’intérim et aux contrats de courte durée déjà effectives depuis l’an dernier se poursuivront au premier semestre.

Capture d'écran carnet de commandesPolyvia
Capture d'écran carnet de commandes Capture d'écran carnet de commandes

Enquête "Conjoncture plasturgie" réalisée par Polyvia.

Envolée des coûts de production

Certains marchés s'en sortent mieux. C'est le cas de l’aéronautique et de la sécurité défense, qui se sont révélées particulièrement dynamiques en 2024, tandis que le ferroviaire, les produits ménagers et ceux pour le médical et la santé sont restés stables selon les professionnels.

Mais l’emballage, premier revenu de la plasturgie (42% en chiffre d’affaires), a cependant fléchi fin 2024. Les plasturgistes ont enregistré une baisse de la demande en conditionnement destinés à l’hygiène beauté et à l’industrie. Plus globalement, c’est aussi une baisse de leur rentabilité que déplorent les professionnels. «Les coûts de production se sont envolés», signale Pierre-Jean Leduc.

Les prix à la production, mesurés en sortie d’usine, ont progressé de 21% entre 2019 et 2023, résultat de la hausse combinée des prix de l’énergie, des matières mais aussi des salaires depuis le début du cycle inflationniste, indique Polyvia.

Capture d'écran Chiffre d'affairesPolyvia
Capture d'écran Chiffre d'affaires Capture d'écran Chiffre d'affaires

Enquête "Conjoncture plasturgie" réalisée par Polyvia.

En finir avec la sur-transposition réglementaire

Si les prévisions pour le début 2025 sont entourées d’un «brouillard» concernant le futur des affaires liées à la conjoncture nationale mais aussi internationale, Pierre-Jean Leduc, ancien président du Medef Normandie, espère que la France et l’Europe sortiront de «leur naïveté» en adoptant des droits de douanes favorisant les activités locales, à l’instar des mesures prises par le président élu des Etats-Unis, Donald Trump.

Il demande en outre aux pouvoir publics de renoncer à la tentation de «sur-transposer» des règlements qui handicapent l’industrie vis-à-vis de ses concurrents étrangers. «La France doit arrêter de sur-transposer des règles qui ne sont pas applicables en Italie, en Espagne, au Royaume-Uni… Nous devons jouer avec les mêmes règles en Europe. Et nous devons nous assurer que tous les produits qui rentrent soient sur la même ligne», émet-il.

Troisième sur le podium après l’Allemagne et l’Italie, la plasturgie française compte près de 132000 salariés et a représenté près de 39,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023. Un chiffre qui atteint près de 76 milliards d’euros (2,6% du PIB national) et 211000 emplois, en y ajoutant les métiers de recycleurs, fabricants de compounds et distributeurs de matière.

Newsletter La Quotidienne
Nos journalistes sélectionnent pour vous les articles essentiels de votre secteur.
Ils recrutent des talents
Les webinars
Les services L'Usine Nouvelle
Détectez vos opportunités d’affaires
Trouvez des produits et des fournisseurs