Avec son allure proche du camion de «l’Agence tous risques», mais équipé d’un attirail digne de celui de l'émission «C’est pas Sorcier», Opti-1 promet de ne pas passer inaperçu à VivaTech. Ce n’est pas un acteur du transport routier qui a acheminé ce drôle d’engin jusqu’au salon des nouvelles technologies, mais le géant de l’aéronautique Airbus. L’avionneur européen profite de la 8ème édition de l’événement, organisé à Paris du 22 au 25 mai, pour dévoiler un projet stratégique basé sur l’utilisation de ce camion, dans lequel a été installé un… cockpit d’A350. Son nom ? Optimate. Il vise à mettre au point une solution de roulage automatisé des avions sur les tarmacs, afin d’améliorer la sécurité d’une phase plus critique qu’il n’y paraît.
«Aujourd’hui, 24 des 100 plus grands aéroports sont congestionnés et en 2038, ils seront 62», prévient Jonathan Rigaud, responsable du projet Optimate. Alors que la durée du temps de roulage sur l’ensemble d’un vol peut s’élever parfois entre 20 et 30 minutes, la densification du trafic aérien promet de multiplier les risques d’incidents au sol. Accrochages entre avions, collisions entre un appareil et un véhicule terrestre… Les derniers mois ont prouvé que les événements graves pouvaient aussi arriver au niveau des tarmacs des aéroports. D’où l’ambition d’Airbus de développer un outil d’assistance pour les pilotes, souvent confrontés en phase de roulage à une surcharge de travail.
Un camion hyperconnecté
Pour y parvenir, Airbus UpNext – l’entité de l’avionneur européen qui explore des technologies de rupture – a modifié pour ses besoins un camion électrique fournit par l’entreprise israélienne Ree Automotive, dédié en temps normal à la livraison. «À l’intérieur, nous avons intégré les équipements d’un cockpit d’A350 ainsi que des commandes de roulage électrique, comprenant des manettes de gaz et nos propres lois de contrôle», détaille Jonathan Rigaud. Surtout, le véhicule est bardé de technologies d’automatisation dernier cri : radars, caméras infra-rouge, lidar (détection laser), système GPS de haute précision, technologie inertielle… «Ce camion est aussi hyper connecté, via des communications satellitaires et la 5G», ajoute l’expert.
airbus sas 2024 À l'intérieur du camion Opti-1, tous les équipements d'un cockpit d'A350 (crédits photos : Airbus)
Avec ce «camion volant», Airbus va pouvoir définir la panoplie idéale de technologies qui lui permettra de développer une solution simple d’utilisation, mais fiable. Le groupe s’est tourné vers de nombreux acteurs, tels EasyMile, Safran, OneWeb, Skyconseil ou bien encore le centre français de recherche aérospatiale (Onera). Comment se rendre le plus sûrement possible à tel point de l’aéroport ? Comment prendre en compte un changement de route ? Comment éviter un heurt lors d’une marche arrière avec un véhicule situé au mauvais endroit ? «Notre objectif est de développer une solution favorisant la collaboration entre les pilotes, les compagnies aériennes et les autorités de contrôle», commente Mathieu Gallas, responsable de recherches sur l'automatisation. Elle suppose notamment l’utilisation de l’intelligence artificielle pour traiter les données issues des censeurs et proposer la restitution la plus pertinente qui soit au niveau des pilotes.
Une série de projets liés aux vols plus autonomes
Lancé il y a six mois, Optimate a déjà bénéficié d’une première campagne d’essais au niveau de l’aéroport de Toulouse. Équipé d’un système de communication ADS-B, le camion est d’ailleurs visible sur les sites tels Flight Radar, immatriculé sous son propre nom. Il va également se rendre au niveau de certains aéroports parisiens et s’intégrer dans le trafic réel. «D’ici la fin de l’année, nous allons transférer toutes les fonctionnalités les plus prometteuses sur un A350 de démonstration», annonce Jonathan Rigaud. Le but ultime ? Réaliser courant 2026 un vol complet 100% automatisé (avec malgré tout à son bord deux pilotes), comprenant le roulage de l'avion, mais aussi le décollage, la croisière, l’atterrissage et l’acheminement jusqu’au parking. Pour ce faire, l’industriel va mettre à profit toutes les briques technologiques développées ces dernières années.
Car Optimate s’inscrit dans une série de travaux explorant la possibilité de vols plus autonomes entamés dès 2018. Cette année-là, Airbus lance le projet ATTOL qui s’achève en 2020 avec la démonstration, grandeur nature, d’un vol automatisé, comprenant les phases de décollage et d’atterrissage. Dragon Fly lui succède : cette deuxième étape démontre pour sa part la faisabilité d’une descente d’urgence automatisée de l’appareil en cas d’incapacité des pilotes. Avec Optimate, l’avionneur européen établit un troisième acte qui parachève l’ensemble des travaux liés à l’automatisation des avions.
Les vols sans pilote ne sont pas pour demain
Toutefois, Airbus se garde bien d’annoncer l’avènement prochain d’un avion capable de se passer de pilotes. «Pour chaque projet, l'objectif, c'est d'explorer de nouvelles technologies et de vérifier si elles ont le potentiel d’améliorer la sécurité des vols, insiste Matthieu Gallas. Nous ne sommes pas du tout arrivés à un niveau de maturité technologique permettant d’envisager une introduction d’une telle solution sur nos avions aujourd’hui.» À la différence de l’automobile, l’aéronautique n’a d’autre choix que de mettre en œuvre des équipements fonctionnant systématiquement, quelles que soient les conditions. D’où une plus grande difficulté à implémenter des systèmes autonomes.
Airbus assure ne pas chercher à réduire le nombre de pilotes dans le cockpit, comme le propose le concept de Single Pilote Operation (SPO). Mais il reconnaît sa volonté de rendre possible le concept d’eMCO, pour «extended minimum crew operation» : un pilote peut être seul dans le cockpit, quand un ou plusieurs autres se reposent en phase de croisière. «Ce concept repose non pas sur l’IA mais sur une automatisation de certaines actions, souligne Matthieu Galas. Il vise à améliorer la gestion de la fatigue des équipages en leur permettant de mieux organiser leur présence dans le cockpit.» L’avionneur prépare en tout cas le terrain à l’avènement d’outils assistant toujours plus les pilotes.



