C’est désormais un nouveau rituel. Tous les ans entre la rentrée des classes et la fin de l’automne, l’Institut national de l’information géographique et forestière (IGN) présente une nouvelle édition de son atlas «Cartographier l’anthropocène». Et cette année, jeudi 12 septembre, celui qui se définit maintenant comme «l’opérateur data de la République au service de la transition écologique» présente l’édition 2024 largement dédiée à l'utilisation de l'intelligence artificielle. L’objectif de cet outil est de piloter et comprendre les changements environnementaux.
«Nous avons le sentiment d’être dans une situation d’urgence et tout ce que l’on construit est fait pour prendre des décisions par rapport au changement climatique, analyse Sébastien Soriano, directeur général de l’IGN dans un entretien accordé à L'Usine Nouvelle la veille de cet évènement. L’idée de cet atlas est de mobiliser tout le monde pour être dans le temps de la transition écologique. Parfois, on est un peu impatient. Il faut se mobiliser et prendre des décisions rapidement. Nous sommes un sorte d’arsenal qui est prêt pour produire des données dans le temps imparti par l’Accord de Paris.»
500 emplois liés au numérique
L’IGN qui a fortement contribué à la feuille de route numérique pour la planification écologique revendique le fait d’avoir toujours investi dans l’innovation et la technologie (Lidar, cloud,…). «Avant le GPS, on utilisait la triangulation, on posait des bornes géodésiques en granit, rappelle le directeur général de l’Institut. Cela fait quatre ou cinq ans que nous utilisons l’intelligence artificielle. Nous avons aujourd’hui dans notre équipe une trentaine de data scientists. »
Et l'institut compte encore accélérer l’utilisation de l’IA, notamment en formant son personnel actuel et futur. «Nous allons continuer à faire monter en puissance la data science. L’idée est que tout ingénieur de l’IGN maîtrise l’IA. Nous investissons aussi dans notre école, l’ENSG-Géomatique – située dans l’Université Gustave Eiffel à Champs-sur-Marne – pour former des ingénieurs des sciences géographiques et du numérique. Un quart viendra ensuite à l’IGN. 500 emplois sont aujourd’hui liés au numérique à l’IGN.»
Prochaine étape, les jumeaux numériques
L’IA permet de croiser et traiter des données à très grande vitesse pour ce référentiel d’occupation des sols à grande échelle réalisé pour le compte du ministère de la Transition écologique. Il permet de suivre le phénomène d’artificialisation des sols, mais aussi de mettre en place un Observatoire des forêts et un portail cartographique des énergies renouvelables afin de localiser leur présence sur le territoire, mais aussi de connaître le potentiel des zones où il sera possible de les développer massivement.
«Chaque sujet a son écosystème, on ne peut pas le faire seul, rappelle Sébastien Soriano. Sur le trait de côte et les nappes phréatiques, on travaille avec le BRGM. Il faudrait créer un observatoire national du trait de côte, aller vers des jumeaux numériques. Sur le sujet du bois, nous travaillons avec France Bois Forêt, l’ONF [Office national des forêts, ndlr.], … Le projet est aussi de créer un jumeau numérique notamment pour modéliser les puits de carbone.» L’humain reste toutefois au cœur des métiers de l’IGN. Et si «l’innovation bouscule les métiers, c'est à nous de les accompagner. Par exemple, nous avons toujours besoin des photos-interprètes, des experts capables de reconnaître des structures», rappelle le dirigeant.
Enfin, en période de restriction budgétaire, notamment sur la transition écologique et énergétique, il est impossible de ne pas se poser la question pour l’IGN. «Le sujet n’est pas qu’il soit diminué mais de savoir quels seront les moyens pour l’avenir, afin de développer les datas pour les décisions, les jumeaux numériques, ... Les Accords de Paris avaient posé une échéance qui se rapproche.»



