D’habitude, les universités d’été du Medef sont le passage obligé d’une bonne partie des ministres de Bercy. Sur l’hippodrome de Longchamp, la rencontre des entreprises de France (REF) sert autant de service après-vente pour les réformes portées par l’exécutif que de liste de doléances du monde patronal face au gouvernement. Cette année, un grand flottement domine sur les pelouses bucoliques. Alors qu’Emmanuel Macron poursuit ses consultations, à l’Élysée, en vue de la nomination d’un Premier ministre, l’impatience monte chez les patrons. «La rentrée politique donne d’habitude le «la» de la rentrée économique. C’est important de savoir où on va. Cette fois, cela nous manque», s’inquiète Christian Brethon, le président de l’UIMM Grand Est et patron d’une entreprise agroindustrielle dans la Marne.
Attentisme dans les entreprises
Or,il y a urgence à sortir du flou. «Le ralentissement économique était déjà visible depuis le début de l’année, il s’est accéléré avec l’incertitude politique à partir de juillet», prévient Nathalie Vaxelaire, qui préside l’UIMM Lorraine. Les clients de son entreprise de 750 salariés dans les Vosges, qui produit des systèmes de traitement de l’air, se montrent plus attentistes.
Le portrait idéal pour Matignon ? «Si un gouvernement technique ne fait qu’expédier les affaires courantes, cela ne va pas suffire. Il y a un budget à voter. Il faut un pivot comme au rugby : un fin négociateur, qui s’entend avec le Président de la République», résume Alain di Crescenzo, le président de CCI France. Mais la ligne politique du futur gouvernement inquiète les chefs d’entreprises. Dans son discours d’ouverture sur la pelouse de Longchamp, le président du Medef Patrick Martin a assuré que «notre pays a besoin d’une vision stratégique, la plus largement partagée». Faute de gouvernement nommé, le patron des patrons a surtout listé ses lignes rouges plus que ses propositions de réformes. «Remettre en cause, ou simplement suspendre la politique de l’offre ne pourra qu’accélérer notre déclassement. Cela se paiera cash !», prévient-il ainsi, tandis que le ministre de l’Économie démissionnaire, Bruno Le Maire présent dans les gradins reçoit une standing ovation.
L'épouvantail de la hausse du SMIC
Ce n’est pas la seule «proposition inappropriée et dangereuse» qui hérisse le patron des patrons. Promis par le Nouveau Front populaire lors de la campagne des législatives, l’abrogation de la réforme des retraites, la remise en cause de la fiscalité du capital et plus encore la revalorisation du SMIC à 1600 euros proposé par le NFP donne des sueurs froides au patronat. «Mes salariés ne sont pas au SMIC mais je serai bien obligé d’augmenter les salaires si le salaire minimum est augmenté. On ne peut pas régler le problème du pouvoir d’achat en revalorisant le SMIC ou bien, il faudrait le compenser par une baisse équivalente de cotisations», pointait Thierry Iung, le PDG de Segor, une PME de la métallurgie de la Meuse, rencontré un peu avant le discours inaugural dans les allées de l'hippodrome.

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Le président du Medef Patrick Martin estime de son côté que «prétendre compenser les surcoûts d’une hausse du SMIC par des prêts publics aux TPE/PME, c’est nous prendre pour des gogos». La gauche n’est pas la seule à avancer de «fausses bonnes idées» aux yeux du président du Medef. Le Premier ministre démissionnaire Gabriel Attal a ouvert la porte à une mise sous condition des aides aux entreprises ? «Les aides sont par construction déjà conditionnées», souligne le patron des patrons en prenant exemple du Crédit d’impôt recherche. «La vérité, c’est que nous sommes incapables d’aller chercher de vraies économies sur les dépenses courantes».
Le coup de rabot sur les aides à l’apprentissage, prévu dans les lettres de cadrage préparées par le gouvernement démissionnaire pour préparer le Budget 2025 lui semble aussi une mauvaise idée. Même s’il reconnait «des effets d’aubaine marginaux», «pour autant, faut-il jeter le bébé avec l’eau du bain ?», s’interroge Patrick Martin, qui plaide pour une relance des fonds de pension en France.
Le Medef veut piloter un "front économique"
Dans le nouveau contexte politique, Patrick Martin défend la création d’un «front économique», regroupant think-tank et entreprises, avec l’ambition de défendre dans le débat public un «corps de doctrine» chargé de défendre les bénéfices de l’économie de marché. De quoi convenir aux patrons. D'autant que «la REF 2024 n’a pas lieu au meilleur moment pour porter nos idées. Cette année, on a du mal à être visible», regrette Boris Lombard, le président de KSB France.
Pour les patrons, le contexte politique leur ouvre un nouveau rôle. Invités à la tribune après Patrick Martin – en l’absence de gouvernement – Gérard Larcher, le président du Sénat et la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun Pivet ne disent pas autre chose. «Il faudra davantage concerter», reconnait cette dernière, y compris en dehors des bancs de l'Assemblée pour sortir de l'impasse politique. «La France a perdu un mois, on ne peut pas perdre un an» pour des réformes, considère encore la députée, pour qui «la France ne peut pas jouer aux apprentis sorciers sur l’économie».
«Cette crise s’explique aussi par la verticalité du pouvoir et un certain dédain pour les corps intermédiaires», tacle Gérard Larcher qui lui succède devant les patrons, quelques heures avant son audition par Emmanuel Macron. Pour le président du Sénat, renforcer le dialogue social et la concertation sur les réformes, réduit le dogmatisme, mais aussi plus de longévité aux réformes en cas d’alternance. «La crise actuelle va obliger à rompre avec certaines habitudes de l’État et des partenaires sociaux», pointe encore Gérard Larcher ouvert à un renforcement de la représentativité des syndicats de salariés et patronaux. Cela pourrait faire partie des dossiers du haut de la pile pour prochain gouvernement selon Gérard Larcher. A côté de l’emploi des seniors, de la formation au cours de la vie et d’une réforme de l’articulation entre coût du travail et prime d’activité pour répondre au problème de pouvoir d’achat. Par sûr que cela suffise à rassurer des patrons déboussolés.



