Chimie, textile, automobile, électronique... Au delà de la Chine, le coronavirus va fragiliser l'économie mondiale

L’épidémie du coronavirus qui sévit en Chine depuis fin décembre aura un impact à court terme de 1 à 2 points de PIB sur l’économie chinoise. Les secteurs les plus bouleversés sont la chimie, le textile, l’automobile et l’électronique. L’Europe est la région qui en pâtira le plus, avec un risque de récession en Allemagne et en Italie.

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Coronavirus Chine
Le coronavirus chinois pourrait coûter entre 1 et 2 points de PIB au premier trimestre pour l'économie chinoise.

L’épidémie prend chaque jour plus d’ampleur et s’impose comme un véritable sujet d’inquiétude pour les citoyens, gouvernements et entreprises du monde entier. Le 2019-nCoV, autrement appelé coronavirus, qui sévit dans la mégalopole industrielle de Wuhan en Chine depuis la fin du mois de décembre 2019, est responsable de troubles respiratoires aigus, parfois mortels. A ce jour, 17 477 infections ont été déclarées, dont 362 cas mortels. En réponse à la propagation de ce virus inconnu, l’OMS a décrété le 30 janvier l’état d’urgence sanitaire à l’échelle internationale.

La crise a éclaté au moment où l’horizon économique mondial s’éclaircissait : trêve dans la guerre commerciale entre la Chine et les Etats-Unis, prévision de croissance plus optimiste du Fonds monétaire international (FMI) en 2020 (+ 3,3%), regain de confiance des industriels, "sortie de la phase de récession manufacturière avec la résorption des stocks", détaille Ana Boata, directrice de la recherche macroéconomique chez Euler Hermes. Une telle situation aura forcément des conséquences économiques, même si elles sont difficiles encore à évaluer.

Un impact de 1 à 2 % à court terme pour l'économie chinoise

Au retour de dix jours d'interruption à l'occasion du Nouvel An, les marchés chinois ont chuté de 7% lundi 3 février. Les indices de l’activité manufacturière ne reflètent pas encore l'impact de l'épidémie de pneumonie virale en cours. L'indice des directeurs d'achat (PMI) pour le secteur manufacturier, calculé par le cabinet IHS Markit s'est établi à 51,1 en janvier ; un chiffre supérieur à 50 témoigne d'une expansion de l'activité.

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Face au coronavirus, les autorités ont imposé des mesures de confinement drastiques. La plupart des entreprises et usines, après avoir suspendu leur activité depuis le 23 janvier pour les congés du Nouvel an lunaire, resteront fermées jusqu'au moins le 9 février, au risque de paralyser les chaînes de production à travers le pays. La plupart des prévisionnistes s'attendent à ce que la croissance du PIB de la Chine au premier trimestre baisse de 1% à 2% par rapport au taux de croissance annuel de 6% qui prévalait avant l'apparition du virus. "Ce choc devrait toutefois être temporaire. Si le taux d'infection ralentit au cours des prochaines semaines et que les mesures de quarantaine peuvent être levées, la croissance chinoise pourrait rapidement rebondir au deuxième et au troisième trimestre, renforcée par les mesures de stimulus budgétaire annoncées par les autorités chinoises", estime Ana Boata.

Les secteurs les plus touchés

Wuhan et la province du Hubei, placés sous quarantaine, sont des centres névralgiques industriels (automobile, acier, télécoms). Les industries les plus susceptibles d’être immédiatement affectées par l’épidémie sont la chimie, le textile, l’aéronautique, l’automobile, l’électronique et l’électrique, les hôtels et restaurants, selon Euler Hermes. D’un point de vue des échanges commerciaux, "l’Europe est la plus exposée, avec 1,2% de PIB d’exports de biens vers la Chine, ce qui pourrait raviver les risques d’une récession en Allemagne et en Italie", explique Ana Boata.

Selon l’économiste, cette épidémie pourrait coûter 0,2 point de croissance cette année à l’Europe. En termes de disruption de la chaîne de valeur, les cinq économies potentiellement le plus touchées seraient Taïwan, la Corée du Sud, les Pays-Bas, la Hongrie et l’Indonésie. Les pays les plus exposés à la demande chinoise de biens finis sont Hong-Kong, le Japon, l’Allemagne, la Corée du Sud et les Etats-Unis.

Un impact probable sur l'économie mondiale

La précédente épidémie virale de grande ampleur est celle du SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère), qui avait fait 774 morts en 2003. Cette épidémie avait coûté deux points de PIB à la Chine au deuxième trimestre. Le pays avait ensuite renoué avec la croissance. Le coût mondial de la pandémie avait été de l’ordre de 50 milliards de dollars, soit à peine 0,10 point de PIB. La comparaison est fragile, mais "l’impact de l’épidémie actuelle pourrait être plus important, étant donné que l’économie chinoise est aujourd’hui plus dépendante de la consommation (50% de la croissance du PIB en 2019 contre 28% en 2003) et que le pays est deux fois plus intégré dans la chaîne de valeur mondiale (15% du PIB mondial en 2019 contre 8,7% en 2003)", alerte Ana Boata.

Selon Oxford Economics, le coronavirus pourrait coûte 0,2 point de la croissance mondiale. Toutefois, la réaction des autorités chinoises est cette fois-ci plus massive. Elles ont imposé des mesures de confinement drastiques. Soucieuse de rassurer les investisseurs, la Banque centrale (PBOC) a injecté ce lundi 3 février 1 200 milliards de yuans (156 milliards d'euros) de liquidités dans le système financier. D’un point de vue fiscal, Pékin pourrait augmenter ses dépenses publiques de 2,7 points de PIB que ce qui est déjà prévu en 2020, selon Euler Hermes. "Ces politiques budgétaires et monétaires peuvent atténuer l’impact économique de l’épidémie, notamment en évitant la faillite de nombreuses entreprises", conclut Ana Boata.  

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