"Le Covid-19, meilleur chief digital officer ! " La blague a circulé sur les réseaux sociaux durant le premier confinement, lorsque les salariés sont massivement passés en télétravail. Sept mois plus tard, alors que la France vient d'entamer son second confinement, la prédiction s’est transformée en réalité, au vu des débats lors des Assises de l’industrie organisées par l’Usine Nouvelle le 4 novembre.
De ce qui ressort de nos tables rondes consacrées au numérique, à l’IOT, et à l’IA, la crise a clairement joué un rôle d’accélérateur. Au-delà du télétravail, ce sont les process industriels, la supply chain, la vente à distance qui évoluent. Des pratiques se sont instaurées. Des mondes se sont rencontrés.
Des PME sur la brèche
"Il y avait une certaine étanchéité entre la French Tech et les TPE-ETI, estime Gilles Babinet, digital champion de la France auprès de la Commission Européenne. Les acteurs traditionnels ont pris conscience qu’ils n’étaient pas assez numériques." Il confie sa surprise d’avoir même été contacté par un marbrier fabricant de pierres tombales, touché par une forte activité en raison du contexte sanitaire, venu lui demander conseil pour digitaliser sa supply chain.
Une conviction partagée par Bruno Grandjean, le président de l’Alliance pour l’industrie du futur. "Les PME se sont mises à connecter leur système pour assurer la maintenance à distance de leurs équipements. Les fournisseurs ont désormais des équipes de télémaintenance. Un cap a été franchi aussi sur la vente en ligne. Certaines entreprises, empêchées de déplacement, ont vendu de gros équipements à l’export en téléconférences."
Grandes entreprises à la manoeuvre
Même les grands groupes déjà très digitalisés ont approfondi leurs méthodes, comme l’explique Christel Heydemann, présidente de Schneider Electric France: "nous avons déployé des solutions de réalité augmentée. Nous avons numérisé les tests d’acceptation des équipements que nous faisions habituellement dans nos usines." L’entreprise, après avoir envoyé la documentation technique numérisée, interagit avec les clients en vidéo, accessible en full HD, dans son usine-vitrine de Vaudreuil (Eure) où elle teste la 5G avec Orange.
Chez Schneider, les 130 personnes qui assurent le support technique sont passées à 100 % en télétravail. Et, découverte positive, la satisfaction client n’a cessé de croître tout au long de 2020, ce qui prouve que les clients n’ont pas connu de disruption dans le service auquel ils sont habitués, témoigne Christel Heydemann.
La période a permis à Schneider de démontrer aux entreprises que quels que soient leur secteur d’activité et leur taille, il existe des solutions simples et faciles à mettre en œuvre pour piloter leurs usines à distance et tirer parti des données pour les contrôles comme la maintenance prédictive. Une tendance que Bruno Grandjean tempère. "Contrôler tout l’outil industriel à distance, on n'y est pas. Une usine sans homme, c’est un rêve ou un cauchemar". Selon Philippe Magarshack, vice-président chez STMicrolectronics, "les gigaoctets de données générés par les process de production traités via l’IA permettent aux humains de prendre en charge une prise de décision plus sophistiquée. C’est une collaboration."
Lignes agiles
La crise a aussi forcé à l’agilité. Des ventes volatiles, un changement du type de consommation…"Tout le principe de la gestion de crise, c’était de pouvoir reconfigurer rapidement les outils de production, relate Serge Christ, vice-président des opérations de L’Oréal luxe, cette crise est un accélérateur de tendances". Sur certaines ligne de production de l’Oréal, on peut désormais réaliser 30 références produits différentes et changer les formats en 15 minutes... lorsqu’il fallait 5 à 6 heures auparavant. Cette flexibilité va se poursuivre jusqu’au consommateur final, avec le lancement en 2021 d’une ligne de cosmétiques, Perso, qui se révèle comme une mini-usine à domicile permettant de générer des formulations et des teintes en fonction de la qualité de la peau, de la température, de l’humidité ambiante ou des envies de couleur du moment...
Quant à la vente en ligne, Patrick Labarre, le directeur de la marketplace d’Amazon, est venu rappeler "que seules 20 % des TPE et PME françaises ont un site internet alors que la digitalisation est un moyen de faire rayonner leur savoir-faire, y compris à l’international". L’entreprise, très contestée en ce moment alors que de nombreux distributeurs sont entravés par des fermetures administratives, a rappelé que dans la crise, "les entrepreneurs qui vendaient sur Amazon avaient multiplié leurs ventes". Depuis deux ans, Amazon développe une offre BtoB avec Amazon Business, un service pour digitaliser les achats non stratégiques des directions générales ou des directions métiers.



