Etude

Après la résilience de 2022, la situation financière des start-up se dirige vers une dégradation en 2023

Alors que le salon de l’entrepreneuriat BIG, organisé par Bpifrance, se déroule ce jeudi 5 octobre à Paris, la Banque de France dévoile son bilan de la situation financière des start-up en 2022. Le changement de paradigme a partiellement affecté leurs comptes l’an passé, tandis que des signaux moins positif apparaissent pour 2023.

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BIG Bpifrance inno génération
Le salon BIG a lieu ce jeudi 5 octobre à l'Accor Arena à Paris.

Au salon consacré à l’entrepreneuriat Bpifrance Inno Génération, dont la neuvième édition se déroule ce jeudi 5 octobre à Paris, la Banque de France se présente dans une conférence comme «une institution à l’écoute des start-up». Depuis trois ans, elle a accompagné plus de 1000 très jeunes pousses dans la recherche de financements à travers une équipe dédiée de 20 personnes. Et dans le cadre de son activité de cotation, la Banque de France doit évaluer la capacité de certaines start-up à honorer leurs engagements financiers sur une échelle de temps de un à trois ans.

Problème : «Quand nous recevons des liasses fiscales, nous n’avons pas d’informations sur le fait qu’une entreprise soit une start-up», rapporte Émilie Quéma, la directrice de la division entreprises de la Banque de France. En 2022, ses équipes ont donc élaboré un "indicateur start-up" pour lui permettre de mieux identifier ces entreprises.

Plus de 2 400 start-up analysées

Pour la Banque de France, une start-up se caractérise par une forte croissance, une technologie nouvelle et un besoin de financement généralement assuré par des levées de fonds. «Cela nous permet de coter différemment et de façon plus intelligente ces entreprises», affirme Émilie Quéma à l’occasion de la publication, jeudi 5 octobre, du bilan 2022 de la situation financière des start-up. De fait, pour ces jeunes pousses, «les pertes récurrentes sont fréquentes en raison du modèle de développement, mais ne sont pas nécessairement révélatrices d’une situation financière compromise », indique ce rapport.

Le coup de frein ressenti sur le financement des start-up avait commencé dès le milieu d’année dernière. Mais «les bilans 2022 ne portent que partiellement la marque de ce changement de paradigme», relève le rapport de la Banque de France. Les 2 400 start-up analysées, sur un total de 13 000 selon leur association France Digitale, représentent plutôt le haut du panier de l’écosystème tricolore : leur chiffre d’affaires a été supérieur à 750 000 euros ou elles ont réalisé une levée de fonds supérieure à trois millions d’euros.

22 milliards de chiffre d'affaires

Entre 2021 et 2022, année record pour les levées de fonds, leur chiffre d’affaires a progressé d’environ 25% pour s’établir à près de 22 milliards d’euros. Les start-up de la transition écologique et des énergies vertes, de la mobilité et de l’industrie ont fait mieux que cette moyenne de croissance du chiffre d’affaires. «Pour ce qui est des capitaux propres et de la trésorerie, il y a plutôt eu une stabilisation par rapport à 2021», commente Maurice Oms, le correspondant national "start-up" de la Banque de France. Les fonds levés semblent avoir davantage servi la croissance que le renforcement des capitaux propres. Dans le même temps, les résultats d’exploitation se sont au global dégradés, à - 3,8 milliards d’euros. Dans le détail, près de 40% des start-up sont à l’équilibre ou ont un résultat d’exploitation positif, ce qui n’est pas le cas des 63% restants.

Reste que les bilans 2023 pourraient bien être davantage marqués par le ralentissement en cours. «Nous parlons des bilans 2022 mais je sais très bien que ce qu’on obtiendra fin 2023 n’aura rien à voir», estime Maurice Oms. Fin 2022, la moitié des start-up analysées avaient moins d’un an de trésorerie disponible, selon le rapport. Or les levées de fonds cette année sont plus difficiles, prennent plus de temps et, même si leur volume s’est maintenu au premier semestre, apportent des montants moins importants que par le passé.

Les défaillances en hausse

La Banque de France relève une sinistralité encore faible mais orientée à la hausse. «Sur les 2 445 start-up de l’échantillon, 13 ont fait l’objet d’une procédure judiciaire : seulement 2 sont intervenues en 2022 et 11 en 2023 (2 au premier trimestre et 9 au second)», précise le rapport.

«La trésorerie devrait diminuer et il faudra voir comment le résultat d’exploitation évolue», avance Maurice Oms. Dans son baromètre publié en septembre, France Digitale notait qu’environ 90% des start-up avaient adapté leur stratégie au cours des 12 derniers mois, en premier lieu en favorisant l’atteinte de la rentabilité à court ou moyen terme.

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