Après l’AP-HP, la start-up parisienne Bone 3D apporte l’impression 3D aux hôpitaux de Strasbourg

Sept mois après avoir créé dans l’urgence du Covid-19, un centre d’impression 3D au cœur de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), la start-up parisienne Bone 3D apporte la fabrication additive aux hôpitaux de Strasbourg en créant une nouvelle plate-forme. Portrait d’une jeune pousse qui a mis la technologie au profit de la lutte contre l’épidémie.

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Jérémy Adam, président de Bone 3D, et Jonas Kosior, responsable de production
Jérémy Adam et Jonas Kosior, respectivement président et directeur de production de Bone 3D, sur la plate-forme de Strasbourg.

Rares sont les entreprises à avoir vécu une bonne année 2020. La start-up parisienne Bone 3D, spécialiste de la fabrication additive médicale, en fait partie. Sept mois après avoir déployé dans l’urgence une plate-forme d’impression 3D à l’hôpital Cochin (Paris XIVe), dans le cadre d’un partenariat avec l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), elle ouvre une nouvelle ferme de machines à Strasbourg (Bas-Rhin).

"Contrairement à notre première plate-forme d’impression en hôpital [exclusivement dédié à l’AP-HP, ndlr], celle que nous ouvrons à Strasbourg est située dans des locaux tiers et ouverte à tous les hôpitaux et cliniques de la ville", explique Jérémy Adam, président et fondateur de la start-up. Son rôle : répondre, dans des délais réduits à moins de 48 heures, aux besoins quotidiens des centres hospitaliers de l’Eurométropole, avec lesquels l’entreprise est déjà en contact. Bone 3D, dont l'atelier principal est situé dans ses locaux à Paris, va également l'utiliser comme centre de production additionnel.

S’entrainer aux opérations et aux prélèvements

Comme pour l’AP-HP – où 30 % des capacités de la plateforme sont utilisées pour faciliter la prise en charge des patients atteints du Covid-19 – la ferme d’impression strasbourgeoise sert à faciliter le fonctionnement des hôpitaux, imprimant des pièces de rechange pour les lits ou les respirateurs. "Nous réparons même les fauteuils roulants, les tiroirs et les poignées de portes, argue l’entrepreneur. Cela représente de réelles économies."

L’intérêt des plates-formes de Bone 3D réside avant tout dans le médical. Elles permettent par exemple d’imprimer des modèles à but pédagogique, pour faciliter l’explication d’une pathologie ou d’une intervention chirurgicale à un patient. Bone 3D vise aussi à construire des simulateurs pour préparer des opérations. "Nous imprimons un modèle strict des organes d’un patient, explique son président. Les machines ne peuvent pas en représenter les couleurs exactes, mais les propriétés mécaniques sont parfaitement reproduites, ce qui en fait un excellent modèle d’entrainement."

Au-delà des opérations chirurgicales, ces simulateurs imprimés en 3D trouvent, en cette période marquée par le Covid-19, une application plus large, permettant aux pharmaciens et praticiens de s’entrainer au dépistage du virus par prélèvement nasopharyngé.

Imprimer en quelques heures pour les urgences vitales

La nouvelle plate-forme est pour l’instant composée de deux machines du fabricant américano-israélien Stratasys, "représentant un investissement d’un demi-million d’euros", indique Bone 3D dans son communiqué. Ces machines, de qualité industrielle, permettent de fabriquer en une seule fois des objets à la couleur, texture et opacité variables. Leur nombre devrait être amené à augmenter dans un futur proche.

"Cette approche est différente de notre partenariat avec l’AP-HP, où nous avons installé 60 machines de moindre capacité de production, détaille Jérémy Adam. A Strasbourg, les deux machines vont traiter moins de demandes, mais ont la capacité de produire de grandes quantités." De quoi répondre aux besoins des hôpitaux de la ville, mais aussi de compléter les moyens de production de la start-up.

Car Bone 3D imprime par ailleurs des dispositifs médicaux sur-mesure, notamment des gabarits pour opérations et des prothèses. "Nous les fabriquons dans nos locaux parisiens et nous espérons pouvoir les fabriquer dès l’année prochaine sur nos plates-formes, explique Jérémy Adam. Nous travaillons avec l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) pour cela." Une autorisation de l'ANSM permettra à la start-up de faciliter le traitement des urgences vitales, comme les accidents de la route, en imprimant des dispositifs de soin sur-mesure en quelques heures.

Le Covid comme accélérateur

Avec ce deuxième centre, la start-up se permet déjà de rêver plus grand. Moins de trois ans après sa création, elle envisage d’ores et déjà de continuer son expansion en Picardie, à La Réunion voire… en Inde. "Nous sommes les premiers à proposer ce genre de services, rappelle Jérémy Adam. Depuis que nous avons créé notre première plate-forme avec l’AP-HP, les gens voient que cela fonctionne."

Si la start-up avait dès le départ l’intention de créer ce genre de plates-formes, la mise en place de la première d’entre elles a été facilitée par l’urgence de la première vague de l’épidémie, en mars, alors que les hôpitaux étaient dans le besoin absolu de fournitures. "Cela a été un accélérateur, reconnaît Jérémy Adam. Nous sommes reconnaissants à l’AP-HP de nous avoir fait confiance à ce moment-là."

Une confiance récompensée : outre les 3 000 références imprimées à Paris, l’organisme bénéficie de la présence des ingénieurs spécialistes de la fabrication additive et du médical dans ses locaux. "Une source d’innovation qui permettra de construire la médecine de demain", se réjouit Jérémy Adam. Surtout, l’AP-HP est devenue le partenaire exclusif de Bone 3D dans le déploiement de ses plateformes du monde entier. Un gage d’expertise médicale pour la start-up. Et une source de revenus additionnels pour l’établissement de santé. 

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