[Application StopCovid] L’Inria publie en partie le code source, la France isolée dans ses choix

L'Institut de recherche Inria a publié mardi 12 mai des premiers éléments du code source de StopCovid, l'application de traçage des contacts des malades atteints du Covid-19. Une étape très attendue alors que le choix de la France d'avoir une application souveraine l'isole.

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Le gouvernement souhaite que le projet d'application StopCovid soit débattu au Parlement le 25 mai, pour une application totalement opérationnelle en date du 2 juin.

Toute la communauté tech n’attendait que lui. Le code source de l’application de traçage des personnes infectées par le Covid-19 a commencé à être publié sur la plate-forme GitLab mardi 12 mai par l’équipe-projet StopCovid. Celle-ci est pilotée par l’Institut national de recherche en informatique appliqué (Inria) et intègre plusieurs autres organismes et entreprises privées – comme Orange, Dassault Systèmes, l’Anssi (Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information)...

Cette publication se fait en deux phases, a expliqué l’Inria dans un communiqué. La première, de transparence, soumet une partie du code à la vue de tous. "Les personnes externes à l’équipe-projet StopCovid peuvent, à ce stade, donner un avis, faire remonter des suggestions ou des commentaires, écrit l’organisme. Selon la pertinence technique de ces premiers retours, elles seront invitées à rejoindre le pool [groupe] de contributeurs du projet pour gagner en efficacité." La deuxième phase ouvrira la possibilité à des personnes externes de contribuer directement à l’évolution du code.

Premières déceptions de la communauté

Sur Twitter, les premières réactions de la communauté marquent une déception quant à l’intérêt des éléments partagés. Baptiste Robert, hackeur connu sous le pseudonyme Elliot Alderson, estime que les informations publiées ne concernent que le protocole de communication, nommé Robert, et non pas le code source de la plate-forme StopCovid en elle-même (composée d’un serveur central et d’une application mobile).

Un avis que partagent d’autres développeurs.

Efficacité limitée sur iPhone

Une déception mal venue alors que cette application de traçage suscite de nombreux débats et a déjà pris du retard. Alors qu’elle devait être intégrée au plan de déconfinement présenté par le gouvernement le 28 avril, son examen par les députés a été repoussé. "Je suis bien en peine de vous dire si elle fonctionne et comment elle fonctionnera précisément", avait alors reconnu le Premier ministre, Édouard Philippe.

Le projet ne risque-t-il pas de finir dans une impasse ? La volonté de la France de créer une application souveraine, sans utiliser l’interface de programmation proposée par Apple et Google, l’isole en tout cas de plus en plus. Car une application souveraine aura un défaut majeur : elle pourra accéder en continu au Bluetooth, la technologie utilisée pour détecter les personnes rencontrées à moins d’un mètre, qu’à condition de rester active et au premier plan du smartphone. Sur les appareils iOS d'Apple et sur certains Android de Google. De quoi limiter son efficacité.

Une application souveraine testée en Grande-Bretagne

C’est notamment cette raison qui a poussé l’Allemagne et plus récemment La Réunion à développer des applications utilisant l’interface de programmation des deux géants américains. Refusant de s’y résoudre, le gouvernement français assume. "Nous aurons une solution qui fonctionne sur tous les téléphones, a déclaré le secrétaire d’Etat au numérique Cédric O sur BFMTV le 5 mai. [...] L’application fonctionnera sur les iPhone mais elle aurait pu fonctionner encore mieux."

En Grande-Bretagne, une application souveraine du même type que StopCovid a commencé à être déployée sur l’île de Wight. Les premiers résultats de ces essais pourraient être déterminants pour le sort de l’application française. Alors que ses premiers tests en situation réelle doivent commencer le 18 mai, elle doit être débattue et voter au Parlement autour du 25 mai.

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