Décider de la répartition des 100 milliards d'euros du plan de relance n’était pas une tâche aisée. Il fallait établir le diagnostic pertinent d’une situation mouvante, arbitrer les priorités, n’oublier aucun secteur de l’économie, et au-delà des grands agrégats macroéconomiques prêter une attention aux situations particulières de ceux qui vont se retrouver en grande difficulté.
C’est la raison d’un plan très précis qui se structure autour de 70 programmes, dont le montant varie de 6,7 milliards pour le financement de l’activité partielle à 50 millions pour le développement du tourisme vert, en passant par une multitude d’enveloppes de 200 à 300 millions. Mais au final le livrable de ce travail se résume à… une feuille Excel.
Un tiers des dépenses annuelles de l'Etat
Ce n’était rien par rapport à ce qui attend désormais l’exécutif : l’injection de ces 100 milliards dans l’économie réelle. Le montant lui-même est un enjeu. 100 milliards, c’est environ un tiers des dépenses annuelles de l’Etat. Il faudra absorber cette tâche en plus de la gestion des affaires courantes. Si l’Etat s’est montré capable de distribuer rapidement plusieurs dizaines de milliards de mesures d’urgence lors du confinement, c’est avant tout car elles étaient relativement indifférenciées. Si l’aide au chômage partiel première version était accessible à tous sans grand contrôle, le soutien à l’activité partielle de longue durée implique lui désormais des accords entre les partenaires sociaux qui seront visés par l’administration.

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"Stratège actif" et territoire
L’Etat pompier se veut désormais stratège. Il doit valider des projets plus ciblés ou structurants pour l’avenir. Mais un "stratège actif" (presque un oxymore) car il faut que l’argent se diffuse rapidement. Le Premier ministre Jean Castex en est conscient et c’est pourquoi il a indiqué que "comment est aussi important que le quoi". Il promet de piloter le tout via un Conseil de la relance associant différentes parties prenantes qu’il réunira chaque mois, lui-même adossé à une cellule de reporting de Bercy que Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, animera avec une fréquence hebdomadaire.
Il faudra compter avec d’autres acteurs : les présidents de régions qui n’entendent pas être exclus d’une relance qui concerne leurs territoires, les grands opérateurs de l’Etat que sont par exemple Bpifrance et la Banque des territoires, tous les lobbys industriels ou associatifs plus ou moins bien organisés pour monter des projets afin de capter cette manne. Car le gouvernement a promis que les crédits pourraient être redéployés suivant le succès différencié des programmes.
Les acteurs privés et sociaux
Pour ce qui concerne les entreprises, l’Etat ne va pas tout décider. Il va déléguer, en particulier aux banques et aux fonds d’investissement, le soin de sélectionner les entreprises viables dans lesquelles il faut réinjecter des fonds propres. Il faudra leur laisser le temps d'analyser les dossiers, de conduire les consolidations d'entreprises. Enfin, dans les entreprises, les syndicats de salariés entendent aussi être consultés. Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, estime que les employeurs ne doivent pas être seuls aux manettes: "Nous demandons que les CSE donnent un avis conforme sur l’utilisation des aides publiques. Est-ce que vous les utilisez bien pour maintenir ou développer l’emploi ? (…) Est-ce que vous les utilisez bien pour vous inscrire dans la transition écologique ?"*
Le plan de relance est désormais l’affaire de tous.



