Airbus, Lactalis, Safran, Syntec Numérique… Comment s'organisent les entreprises françaises suite aux restrictions de voyage imposées par Donald Trump

Les Européens deviendront persona non grata aux États-Unis à partir du 14 mars, vient de décréter Donald Trump, pour (au moins) un mois. Une nouvelle mesure liée à la pandémie de coronavirus Covid-19 qui oblige les patrons français à s’organiser. Tour d’horizon.

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Etats-Unis
Donald Trump a annoncé le 11 mars suspendre durant 30 jours tous les voyages en provenance d’Europe vers les États-Unis en raison du coronavirus.

C’est peu de dire que l’annonce par Donald Trump le 11 mars de suspendre durant 30 jours tous les voyages en provenance d’Europe vers les États-Unis en raison du coronavirus a pris tout le monde de court. Une décision prise "de façon unilatérale et sans consultation", dénonce déjà l'Union européenne. Tandis que le CAC 40 enregistrait en réaction jeudi 12 mars la pire séance de l'histoire du CAC 40 en s’effondrant de 12,28%. En attendant, les patrons français, eux, doivent s’organiser et anticiper.

Prendre le premier vol ce 12 mars matin

Car s’“il est très important que les pays et les entreprises sachent que le commerce ne sera en aucune manière affecté", a voulu rassurer le président américain après coup sur Twitter, qu’en est-il d’ores et déjà des réunions professionnelles, évènements, signatures de contrats planifiés depuis des semaines voire des mois auxquels nos Français ne pourront plus participer, de fait, à partir du samedi 14 mars à minuit (5 heures du matin à Paris), n’ayant plus le droit d’entrer aux États-Unis?

C’est ainsi que le patron d’une célèbre manufacture régionale qui exporte la majorité de sa production aux Etats-Unis "a pris le premier vol ce matin pour les Etats-Unis pour ne pas risquer d’être bloqué en France", raconte sa porte-parole.

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Vigilance chez Safran, Alstom ou Airbus

Du côté des grands groupes, certains sont plus ou moins exposés. Safran comme Airbus avaient déjà limité les déplacements de leurs personnels en raison de la propagation du virus, privilégiant la visioconférence, tout comme Keolis ou Lactalis. Les groupes français de l’aéronautique ne cachent cependant pas leur inquiétude si les équipements et les pièces venaient à être bloqués à leur tour... Car Airbus dispose aux Etats-Unis de la ligne d’assemblage finale de l’avion A320 à Mobile, tandis que l’équipementier Safran y compte plusieurs sites qui appartenaient à Zodiac (sièges, toilettes…) tout comme les parties du moteur Leap réalisées par GE, avant d’être assemblées en France à Villaroche.

Chez Engie, on ne voit pas d’impact significatif à cette annonce, le géant énergéticien français disposant de salariés locaux outre-Atlantique. Si les équipes d'Alstom qui travaillent sur place ne sont également pas concernées, le groupe reste néanmoins vigilant quant au projet Amtrak (train grande vitesse) qu’il construit, dont les fournisseurs se trouvent aux Etats-Unis.

Sur les 85 000 salariés que compte Lactalis, 24% sont basés aux Etats-Unis. "Notre objectif principal actuellement est de travailler sur nos plans de continuité pour garantir le fonctionnement de nos sites de production, partout dans le monde, confie-t-on au sein de l'entreprise. Nous avons pris connaissance la décision de Donald Trump et nous allons nous conformer à cette mesure comme nous le faisons avec toutes les décisions gouvernementales."

Une opportunité pour les Français du numérique

Pas de panique aux yeux de Godefroy de Bentzmann, président de Syntec Numérique, la fédération professionnelle des entreprises du numérique. "Dans le secteur du numérique, on est hautement habitués à travailler avec des pratiques virtuelles, estime-t-il. La décision de Donald Trump, qui ne va pas durer des années, ne sera pas complétement sans incidence mais me parait tout à fait gérable. Avec tous les outils collaboratifs, les maquettes virtuelles et jumeaux numériques, on est bien préparé. Les sous-traitants qui partagent des maquettes virtuelles n’ont pas besoin de s’assoir à côté pour collaborer. Cela va probablement accélérer des nouvelles pratiques de chat, de partage de données, ..."

Selon lui, la décision brutale de Donald Trump voire la crise du coronavirus pourrait même offrir "une vraie opportunité pour les acteurs du numérique de promouvoir leurs solutions. Que des entreprises proposent leurs logiciels gratuitement aujourd’hui est une bonne chose. Cette crise va faire évoluer nos pratiques. On va moins faire déplacer les gens, éviter les déplacements inutiles. En santé, mieux soigner. La télémédecine, dans laquelle nous aurions dû investir depuis des années pour soulager notre système de santé, va exploser et c’est super. C’est un des bons côtés de cette crise. On ne peut pas tout faire à distance mais on va aller sur un changement d’usage", estime le patron du Syntec Numérique.

Chahuter le prix du carburant aérien

Plus globalement, quel sera l’impact de cette nouvelle décision ? La baisse prévisible du trafic aérien qu’elle va engendrer est susceptible d’avoir un impact immédiat sur les prix du carburant aérien, le jet fuel, en Europe comme aux Etats-Unis, affirment les analystes de Wood Mackenzie. "La demande de jet fuel pourrait baisser de 200 000 à 250 000 barils par jour" sur la période, selon Mark Williams, analyste raffinage chez WoodMac. Les Etats-Unis importent "environ 170 000 barils par jour de jet fuel, qui provient à 80 % d’Asie", précise l’analyste. "C’est environ 8% de la demande mondiale."

Une baisse qui vient s’ajouter à celle, déjà constatée, liée aux restrictions diverses de voyages liée au coronavirus. Mais l’impact est resté limité malgré les annulations, les compagnies aériennes étant obligées de maintenir un certain nombre de vols pour conserver leurs liaisons et leurs créneaux. Si ceux-ci n’étaient pas utilisés à 80%, ils étaient alors perdus pour la compagnie et réalloués à ses concurrents. Depuis le 11 mars, la Commission européenne et la Federal Aviation Administration (FAA) ont suspendu cette règle. Ce qui va encore faire baisser la demande. Les importations prévues au mois de mars sont tout de même en hausse sur février, en raison du coût raisonnable du stockage et de l’opportunité de revendre ce carburant plus cher dans quelques mois, précise Mark Williams.

Gaëlle Fleitour, avec Marion Garreau, Myrtille Delamarche, Adeline Haverland, Olivier Cognasse, Olivier James et Aurélie Barbaux

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