Les solvants organiques issus de la pétrochimie ont de moins en moins la cote chez les grands acteurs de la pharmaceutique et de la cosmétique en quête d’alternatives pour purifier leurs molécules d’intérêt biologique. A Nancy, la société SFE Process (45 salariés et 6,3 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2022) conçoit et assemble à leur intention des machines de dimension industrielle utilisant les propriétés du gaz carbonique à l’état «supercritique».
En ce début d’année, la jeune entreprise fondée en 2015 accélère sa production de machines de chromatographie, utilisant les propriétés intermédiaires du CO2 - entre celles d’un gaz et celles d’un liquide - lorsqu’il est maintenu à une température de +31°C et une pression de 74 bars. Au premier trimestre 2024, elle livrera six machines basées sur cette technologie de solvant «vert». Face au leader mondial du secteur, l’américain Thar Process, Jérémy Lagrue, président de SFE Process, revendique «une vraie innovation», celle de systèmes capables de «maintenir le dioxyde de carbone à l’état supercritique pendant toute la durée du processus de séparation». Il en résulte des systèmes de purification «n’ayant pas besoin de combiner le CO2 supercritique à des co-solvants d’origine pétrochimique», indique le dirigeant. Et lorsque c’est incontournable pour purifier certaines molécules, les quantités nécessaires seraient 2 à 10 fois moindres.
Produire les molécules pour deux fois moins chères
Les machines de chromatographie assemblées dans les ateliers lorrains affichent une capacité maximale de production de 1 kilogramme de principe actif purifié à 99,9% par semaine. «Obtenir une telle quantité avec les technologies conventionnelles requière entre 500 et 4000 litres de solvant», précise le président de SFE Process. L’entreprise s’est donnée les moyens de multiplier par 10 voire par 100 ses capacités en procédant mi-2023 à une levée de fonds de 6 millions d’euros auprès de Crédit Mutuel Equity, Bpifrance, du fonds d’investissement régional ILP et de Gilles Caumont, le président du Medef de Meurthe-et-Moselle.
La technologie de séparation par chromatographie au CO2 supercritique est connue depuis plus d’une vingtaine d’années, mais commencerait seulement à sortir des labos, poussée «par la montée en puissance des enjeux de responsabilité sociétale des entreprises et la nécessité de réduire leurs coûts», indique Brice Sarrail, directeur-général de SFE Process. L’entreprise indique que les procédés 100% au CO2 supercritique diviseraient a minima par deux le coût de production d’une molécule d’intérêt. Et si le coût d’acquisition des machines de chromatographie demeure supérieur, «les coûts d’exploitation sont bien moindres qu’une technologie basée sur les solvants organiques», complète le directeur-général.
Du CO2 recyclé à partir d'engrais
Le moindre impact environnemental de la chromatographique développée par SFE Process constitue la cerise sur le gâteau. L’usage du gaz supercritique permet de purifier les composants sans contaminer l’extrait obtenu. L’entreprise utilise par ailleurs du CO2 recyclé, capté sur des installations de production d’engrais, d’hydrogène ou de bioéthanol par Air Liquide ou encore Messer. Enfin, «le gaz tourne en boucle sur les installations, on en perd un peu au moment de récupérer le produit», note Jérémy Lagrue.
Pour l’entreprise, les équipements de purification d’actifs par chromatographie au CO2 supercritique constituent une nouvelle étape dans son développement. Sa croissance a, jusqu’à présent, été portée par la production de machines «d’extraction» au CO2 supercritique. Ces systèmes sont capables d’extraire les groupements de molécules actives d’une substance naturelle, une étape précédant la purification par chromatographie. D’ici cinq ans, la société compte atteindre 100 salariés pour un chiffre d’affaires de 40 millions d’euros.



