Et maintenant, au travail. Le Premier ministre Michel Barnier et ses ministres se sont retrouvés lundi 23 septembre après-midi pour une première réunion de travail, en amont d’un premier conseil des ministres. Mieux vaut ne pas perdre de temps, alors que s’inscrire dans la durée s’annonce comme un défi pour ce nouveau gouvernement.
Avant de quitter le ministère de l’Economie pour rejoindre Lausanne, où il va enseigner, Bruno Le Maire a exhorté son successeur à «ne pas revenir en arrière sur la réindustrialisation». Pour le nouveau tandem en charge de l’industrie à Bercy, la tâche s’annonce rude. Le ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie Antoine Armand et son ministre délégué à l’Industrie Marc Ferracci vont devoir réussir à inverser la tendance du retour des usines en France, en perte de vitesse.
Baisse des projets d'implantation de nouveaux sites
La hausse des taux d’intérêt, la faiblesse de la demande finale et le manque de visibilité poussent depuis quelques mois les entreprises à mettre le frein sur leurs investissements. Depuis près d’un an, le moral des fabricants de biens d’équipement plonge. «Le ministère de l’Industrie devra être doté de moyens pour territorialiser son action et relancer la machine», alerte Guillaume Gady, le directeur du cabinet Ancoris, qui répertorie les entreprises à la recherche de foncier ou de bâtiments pour implanter une activité. Au premier semestre, les projets industriels identifiés par Ancoris ont reculé de 10% sur un an et la taille moyenne des projets encore en lice est en baisse.
De quoi présager d’un recul des ouvertures d’usines dans les un à deux ans à venir – le temps moyen des projets – alors que les fermetures d’usines dépassent déjà les créations depuis le début de l’année, comme le confirment les données de Trendeo et le bilan de L'Usine Nouvelle publié en juillet.

- 1784.36+3.25
2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
- 145.1+0.21
Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
- 0.2-33.33
Trim 4 2025
Salaire ouvriers - Ensemble DE à RU% sur dernier mois du trimestre précédent
Des arbitrages budgétaires à surveiller
Mission impossible ? Pour dynamiser l’industrie, Marc Ferracci, proche du chef de l’Etat et spécialiste reconnu du droit du travail, ne pourra pas compter sur des marges de manœuvre budgétaires supplémentaires. Mais les arbitrages du prochain budget, piloté directement depuis Matignon par le ministre du Budget Laurent Saint-Martin, rattaché de façon inédite au Premier ministre, donnent des sueurs au patronat.
Des hausses d’impôts ciblées sur les entreprises, notamment sur l’électricité, font partie des pistes explorées pour réduire le déficit public. Tout comme un éventuel coup de rabot sur le crédit d’impôt recherche. «Il n’y a pas de tabou et je sais que nous prendrons les mesures nécessaires pour réduire les dépenses», reconnaît Antoine Armand, le ministre de l’Economie, des Finances et de l'Industrie dans sa première interview, accordée au JDD.
De quoi tailler malgré tout des coups de canif dans la politique de l'offre, même si celle-ci reste officiellement le cap de Michel Barnier, qui doit tenir son discours de politique générale le 1er octobre. Pour le reste, le ministre de l’Economie pourrait à nouveau relancer la loi de simplification, préparée par son prédécesseur et arrêtée net par la dissolution. Le combat se jouera aussi en grande partie au niveau européen, où le rapport sanglant de Mario Draghi sur le décrochage de la compétitivité européenne va devoir se traduire dans les priorités de la nouvelle commission.
Un autre chantier va aussi devoir être relancé d’urgence par Marc Ferracci : la décarbonation des sites industriels, sur laquelle peu de progrès ont été faits ces derniers mois. Placé sous la houlette du ministère de l’Industrie depuis le début de l’année, le portefeuille stratégique de l’énergie est revenu dans l’escarcelle de la ministre de la Transition écologique et de l’Energie Agnès Pannier-Runacher. Des enjeux que la ministre à la réputation de grosse bosseuse connaît sur le bout des doigts, pour avoir été déjà en charge de la transition énergétique. Mais sur lesquels il faudra, là aussi, apporter des réponses rapidement. S'y joue l'une des conditions pour réussir à faire passer de 10 à 15% la part de l’industrie manufacturière dans la richesse nationale, comme le réclamait Bruno Le Maire.



