Victime de son succès ? Lors du lancement du dispositif Territoires d’industrie en novembre 2018, 136 zones avaient été retenues dans toutes les régions, un chiffre qui avait fini par grimper à 140 au fil des repêchages. La carte des territoires d’industrie retenus pour la deuxième vague qui court de 2023 à 2027 est encore plus étoffée. Dévoilée ce jeudi 9 novembre à Chalon-sur-Saône par les ministres de la Transition écologique Christophe Béchu, Roland Lescure le ministre de l’Industrie et sa collègue de la cohésion des territoires Dominique Faure, elle comprend désormais 183 lauréats.
La démarche, qui visait à faire émerger des projets pour répondre aux besoins locaux en matière de création de nouvelles formations, d’offres de logement, de transports collectifs adaptés, de soutien à l’innovation ou de foncier, a rencontré un intérêt soutenu des collectivités locales et des industriels. «C’est une manière d’animer le tissu économique local en renforçant les liens avec les industriels déjà présents et d’apporter de la visibilité aux actions menées», défend Sébastien Martin, le président d’Intercommunalité de France et président du grand Chalon, qui accueille l’assemblée générale des territoires d’industrie. Des binômes entre chefs d’entreprises et élus locaux ont été mis en place à la tête du dispositif dans chaque territoire.
Au total, lors de la première vague 2018-2022, près de 1800 projets ont été financés, portés par des entreprises ou des collectivités locales. Même si le programme était peu doté à son lancement, le plan de relance à partir de 2020 lui a donné un coup d’accélérateur, avec 1,37 milliard d’euros d’argent public mobilisé.
2150 actions déjà identifiées
Grand Châtellerault (Vienne), Fougères (Ille-et-Vilaine), Issoudun (Indre), la vallée de l’Arve (Haute-Savoie) ou celle de la Bresle en Seine-Maritime…La nouvelle liste des territoires d’industrie dessine une France des villes moyennes, loin des grandes métropoles régionales. Celle-là même où s’implantent en priorité les usines, parce qu’elles peuvent y trouver du foncier plus accessible.

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Décembre 2025
Indice mensuel du coût horaire du travail révisé - Salaires et charges - Tous salariés - Industrie manufacturière (NAF rév. 2 section C)base 100 en décembre 2008
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2024
Smic brut mensuel - moyenne annuelleen €/mois
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10 Avril 2026
Livre sterling (GBP) - quotidien£ GBP/€

Pour identifier les nouveaux territoires, le gouvernement a relancé de zéro cet été la sélection des lauréats. Alors qu’en 2018, l’exécutif avait choisi les territoires dont la part de l’emploi industriel était au-dessus de la moyenne nationale, il est parti cette fois des besoins du terrain. Au total, plus de 2150 actions ont déjà été identifiées par les territoires nouvellement labellisés pour accélérer la réindustrialisation. 19% concernent le foncier industriel avec 152 projets de requalification de friches industrielles, 23% soutiennent la transition écologique, pour gérer les besoins en eau ou accompagner la décarbonation. 208 projets concernent l’ouverture de formations industrielles.
La relance du dispositif territoires d’industrie, confirmée par Emmanuel Macron début mai, s’accompagne surtout de moyens supplémentaires par rapport à la première saison. Elle n’était pourtant pas acquise, alors que Bercy voit d’un œil suspicieux le dispositif. Piloté par le délégué aux Territoires d’industrie Jean-Baptiste Gueusquin, il doit renforcer les soutiens en ingénierie pour les territoires, en cofinançant jusqu’à 70% la mise en place de chefs de projet aux territoires d’industrie dans les collectivités pour assurer l’animation et le soutien aux industriels. Des soutiens plus conséquents doivent par ailleurs venir épauler les territoires les plus fragiles.
Une enveloppe de 100 millions d’euros par an a été sanctuarisée, pour quatre années, dans le cadre du fonds vert. Elle devrait servir à financer la modernisation de l’appareil productif dans des filières stratégiques identifiées à l’échelle régionale mais aussi encourager l’ouverture de nouvelles formations, en plus des crédits existants dans le cadre de France 2030. «France 2030 soutient les ruptures technologiques. Mais il faut aussi des moyens pour accompagner les PMI qui n’ont pas les moyens de mener ces ruptures car elles ne sont ni des grands groupes, ni des start-up», se satisfait Sébastien Martin, en prenant l’exemple de la filière nucléaire présente sur son territoire. «Si les sous-traitants ne parviennent pas à monter en cadence, Framatome ne pourra pas doubler sa productivité pour répondre aux besoins du nouveau nucléaire», pointe l’élu.
Moyens supplémentaires mais encore insuffisants ?
Autre priorité: pourvoir attirer des formations d’enseignement supérieur, de niveau bac +1 au diplôme d’ingénieur au plus près des bassins d’emplois pour répondre aux besoins des entreprises. La Banque des territoires, qui mobilise un milliard d’euros pour aider la création de 50 nouveaux sites industriels clefs en main, doit aussi être mise à contribution pour soutenir les projets fonciers des territoires d’industrie
Mais il faudrait beaucoup plus de moyens pour appuyer la réindustrialisation, estiment les collectivités locales. Lors de l’Assemblée générale des territoires d’industrie, le 9 novembre, Intercommunautés de France a plaidé pour une rallonge de 250 millions d’euros annuels supplémentaires fléchés vers la modernisation des capacités de production des usines dans les territoires d’industrie. Un amendement devrait être porté en ce sens, au Sénat, lors de l’examen du projet de loi de Finances 2024. Selon les calculs des collectivités, le report de la suppression de la CVAE devrait représenter 14 milliards d’euros supplémentaires pour l’Etat d’ici 2027, dont un milliard lié au dynamisme des recettes et à la croissance des entreprises. Avec potentiellement de vrais bénéfices. Les anciens délégués aux territoires d’industrie Olivier Lluansi et Guillaume Basset estimaient à 450 000 le gisement potentiel d’emplois à créer en stimulant davantage le tissu industriel existant.



