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Zach System - « Le site d'Avrillé va monter en puissance »

Unique site de chimie fine du laboratoire italien Zambon, Zach System va investir pour fabriquer certains des principes actifs de sa maison mère et pour développer ses activités de CDMO pour des tiers. Entretien avec Nicolas Girard, directeur commercial de Zach System SA.

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Zach System
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Pouvez-vous revenir sur l'histoire du site Zach System à Avrillé ?

Le site d'Avrillé, près d'Angers, date du début des années 1970. Il a été construit par le laboratoire pharmaceutique Jouveinal qui avait, à l'époque, quelques molécules à fabriquer. Depuis, ce laboratoire a été acquis par le groupe Warner-Lambert. Or ce dernier n'était pas intéressé par le site d'Avrillé qu'il a cédé au groupe PPG. C'est ainsi qu'Avrillé s'est appelé PPG Sipsy jusqu'à la fin de 2007, date à laquelle il a été racheté par le laboratoire pharmaceutique italien Zambon, pour faire partie de Zach System, la branche chimie fine de Zambon. En 2020, Zach System SA a publié un chiffre d'affaires de 47 millions d'euros avec un effectif de 210 personnes. Ce chiffre d'affaires a été réalisé à 60 % en Europe, 25 % aux États-Unis et 15 % dans le reste du monde. Nos clients sont à la fois de grands laboratoires pharmaceutiques, mais aussi des biotechs. Nous essayons d'ailleurs de promouvoir Zach auprès de ces petites sociétés qui disposent de moyens de financement importants et qui concentrent aujourd'hui l'innovation pharmaceutique.

Quelle place occupe Zach System dans le portefeuille de Zambon ?

À l'époque du rachat du site basé à Avrillé, Zambon avait déjà un autre site à Lonigo, en Italie. Il avait une double activité de CDMO pour des tiers et de production de principes actifs pour le groupe. Le site d'Avrillé a été acheté avec la volonté d'acquérir de nouvelles technologies, des produits et un portefeuille de clients pour exercer quasi exclusivement une activité de CDMO pour des tiers. Mais en 2017, le site de Lonigo a été cédé à Fabbrica Italiana Sintetici (FIS) et l'usine d'Avrillé est devenue l'unique site de chimie fine du groupe Zambon. Désormais, l'objectif de Zambon est que Zach devienne un de ses fournisseurs de principes actifs principaux, tout en développant ses activités de CDMO. Le site monte en puissance sur ces deux activités.

Comment comptez-vous répartir les activités d'Avrillé entre Zambon et des sociétés tiers ?

Nous avons élaboré un plan à cinq ans pour préciser l'accueil des produits de notre maison mère et augmenter également notre activité de CDMO qui devrait représenter les 2/3 du chiffre d'affaires à terme. Cette stratégie va nous conduire à investir de façon assez conséquente sur le site pour augmenter les capacités. En conséquence, les investissements que nous engageons ne sont pas uniquement liés au mouvement actuel de relocalisation. Ils font partie d'une stratégie interne à notre groupe.

Quelles sont les spécialités de votre site ?

Ce qui fait notre force en tant que CDMO, c'est d'avoir regroupé sur un même site des activités de R&D - 10 % des effectifs -, des installations pilotes et des ateliers de production à l'échelle industrielle. La marque de fabrique du site d'Avrillé est d'être en mesure de fabriquer des principes actifs et des intermédiaires réglementés grâce à la maîtrise de réactions complexes dont la mise en oeuvre est sensible. Nous possédons, par exemple, une expertise dans les réductions avec des hydrures, les lithiations, l'ozonolyse, les cyanurations, la mise en oeuvre de l'oxyde de propylène ou de l'épichlorhydrine... Ces réactions complexes sont menées dans des conditions GMP. Le site est inspecté FDA, PMDA pour le Japon, ANSM pour la France et l'Europe..., ce qui lui permet de proposer ses services partout dans le monde. Par ailleurs, nous possédons quelques équipements particuliers nous permettant de faire du séchage par atomisation ou de la nano et de l'ultrafiltration pour la purification de molécules ayant des poids moléculaires élevés. Nous proposons ces technologies en complément de notre expertise en chimie fine. Et nous nous intéressons également à la chimie en continu. Nous avons monté une équipe dédiée, avec le recrutement de collaborateurs, et des budgets alloués spécifiquement à cette activité. Nous avons quelques projets actifs, que ce soit pour des intermédiaires ou des principes actifs.

Pourquoi cet intérêt pour la chimie en continu ?

Il est vrai que c'est un sujet à la mode et que tout le monde en fait. Néanmoins, la chimie en continu offre de nombreux avantages. Par exemple, c'est une manière efficace d'augmenter la capacité de ses installations sans avoir à construire des ateliers de chimie imposants. Cette technologie offre la garantie de produire avec une grande reproductibilité et des niveaux de qualité constants tout en limitant l'utilisation de solvants. C'est clairement une technologie que nous souhaitons proposer à nos clients qui sont de plus en plus demandeurs. La communication avec les autorités est aussi primordiale, lorsqu'il s'agit de basculer un procédé batch en procédé en continu. Mais de façon générale, les autorités sont très favorables à cette technologie.

Quels sont vos projets d'investissements ?

Nous considérons que nous sommes bien lotis, puisque, chaque année, nous réalisons 4 à 5 millions d'euros d'investissement sur notre site. Nous avons récemment investi dans un nouvel atelier pour la fabrication d'un produit de Zambon rapatrié sur le site. Nous avons investi dans l'automatisation d'installations, en particulier pour consolider nos activités dans la fabrication d'un principe actif à fort tonnage. De plus, nous travaillons à réduire notre empreinte écologique, par exemple, en réduisant notre consommation d'eau de process et en diversifiant nos sources énergétiques. Enfin, nous avons un projet de construction d'une nouvelle unité pilote. Nous en avons déjà une, mais l'idée est d'augmenter notre capacité et de moderniser notre outil afin de pouvoir prendre davantage de projets sur la partie CDMO de notre activité. En effet, notre stratégie consiste à nous positionner sur des principes actifs dès les phases I et II qui requièrent de faibles quantités de produits. Notre unité pilote nous permet de réaliser les premières fabrications, avant d'envisager un scale-up à l'échelle industrielle. Le pilote est un équipement clé de cette stratégie. Cette décision d'investissement sera prise cette année ou en début d'année prochaine.

Que pouvez-vous dire sur ce mouvement de relocalisation de la production d'intermédiaires et de principes actifs en Europe ?

Cela fait déjà quelques années que l'on observe un retour en Europe d'une activité qui était partie en Asie. Nous voyons deux explications principales à ce phénomène. Beaucoup d'usines de chimie fine asiatiques ont reçu des warning letters de la part des autorités réglementaires en lien avec des problèmes de qualité. Et cela a pu impacter ici ou là des lancements de produits. Dans le même temps, les écarts de prix entre des productions asiatiques et européennes ont eu tendance à se réduire, même s'ils restent significatifs, offrant un nouvel argument au rapatriement de productions. La pandémie accélère ce mouvement de relocalisation déjà entamé dans lequel l'Europe a une belle carte à jouer. Le grand public s'est rendu compte que beaucoup de principes actifs n'étaient plus fabriqués en Europe, et cela a permis de faire bouger les pouvoirs publics, apportant de nouvelles sources de financement. Nous travaillons d'ailleurs sur des dossiers en vue de recevoir des aides pour accélérer nos projets d'investissement. Il y a un aspect stratégique de souveraineté sanitaire qui va nous pousser à favoriser une production plus locale de nos médicaments, et notamment des principes actifs. Néanmoins, au niveau de nos approvisionnements en matières premières, nous restons très dépendants de l'Asie. Pourtant, nous cherchons à trouver des sources en Europe car, même si l'écart de prix est plus important, certains de nos clients seraient prêts à payer ce différentiel en échange d'une supply chain plus solide. Cela reste néanmoins très compliqué. Cela fait vingt ans qu'une bonne partie de l'industrie chimique s'est exilée en Asie et il y a beaucoup de produits que l'on ne trouve plus en Europe. Zach cherche malgré tout à participer à ce mouvement.

Quel bilan dressez-vous de l'année « Covid-19 » qui vient de s'écouler ?

Cette année 2020 s'est globalement très bien passée. Nous avons été peu impactés au niveau de notre site où nous avons toujours maintenu notre activité de production et les livraisons chez nos clients. Quelques opportunités business, liées au Covid, se sont même présentées. Le seul impact notable est un décalage de quelques projets pour de nouveaux produits en phase de développement clinique. La chimie fine a souffert entre les années 2000 et 2015. Mais, aujourd'hui, le vent a tourné. Nous sommes sur des croissances à deux chiffres. Il y a deux ans, nous étions 170 collaborateurs. Aujourd'hui, nous sommes 210 personnes et nous allons continuer d'embaucher.

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