«Vous serez les derniers journalistes à entrer ici. Ensuite le voltage sera trop important», prévient Åge Johansen, chef de projet de Yara Clean Ammonia, nouvelle filiale de production d’ammoniac vert du fabricant norvégien d’engrais Yara (24,1 milliards de dollars de chiffre d’affaires, 17 000 salariés), créée en février 2021. Nous sommes le 5 juin 2023, sur le site du groupe à Porsgrunn, sur la presqu’ile d’Heroya, à 160 km au sud d’Oslo. C’est le plus grand site industriel de Norvège. 500 personnes y travaillent dans huit usines qui produisent 18% des engrais commercialisés par Yara dans le monde. 93% de la production est exportée.
Il fait diablement beau. Dans un ancien bâtiment de compression, en briques, inutilisé, Yara installe 24 mégawatts d’électrolyseurs pour produire de l’hydrogène vert. A partir du troisième trimestre 2023, il remplacera à hauteur de 5 % l’hydrogène gris, produit sur le site par vaporéformage de gaz naturel, qui arrive par bateau, dans un terminal GNL situé juste de l’autre côté du fjord. Il servira à produire de l’ammoniac vert ou au moins des certificats prouvant qu’une partie de la production est bas carbone. C’est la première étape du projet Skrei, qui prévoit l’installation de 500 MW d’électrolyse en 2030. De quoi alimenter d’autres usines du groupe, dont celles d’Ambès (Gironde) et Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique) en France.
photo Pascal Guittet Dans un ancien bâtiment de compression, Yara installe12 électrolyseurs de 2 MW chacun (Photo Pascal Guittet)
Pour l’heure, la batterie de 12 électrolyseurs de 2 MW, fournis par la société britannique ITM Power, génèrera assez d’hydrogène décarboné pour produire 20 000 tonnes d’ammoniac vert par an. Un début. «Comme il s’agit d’une nouvelle technologie, nous commençons à petite échelle», explique Åge Johansen. Mais Yara a déjà un client pour cet engrais certifié vert, la coopérative suédoise Lantmännen, qui veut produire le premier pain zéro émission.
photo Pascal Guittet Devant l'ancien bâtiment de compression, une unité de purification de l'hydrogène est déjà installée (Photo Pascal Guittet)
Pour ce pilote, alimenté par une eau de surface d’un lac à proximité et une électricité hydraulique100% décarbonée, Yara a reçu une aide de 20 millions d’euros du gouvernement norvégien. Un pas de plus dans les efforts de réduction des émissions du site de Porsgrunn, qui émet entre 600 000 et 800 000 tonnes de CO2 par an. Alors que la production d’une tonne d’ammoniac émet 2 tonnes de CO2.
photo Pascal Guittet Les quatre colonnes de captage du CO2 sur l'unité de production d'ammoniac (Photo Pascal Guittet)
Si, après études, Yara a renoncé à capter le CO2 sur son unité de reformage de gaz naturel, dans le cadre du projet Longship-Northern Lights norvégien, il l’est, à 50 %, sur l’unité de production d’ammoniac. Un CO2 quasi pur, livré à Nippon gaz, le concurrent d’Air Liquide, qui le revend à l’industrie agroalimentaire. Pour réduire ses émissions, Yara a aussi construit le premier bateau zéro émission autonome, le Bierkland, qui fait la navette entre Heroya et le port de Brevik, juste un peu plus au sud.
photo Pascal Guittet Le navire autonome zéro émission Bierkland peut transporter 2 tonnes d'engrais par semaine (Photo Pascal Guittet)



