La gronde contre la 5G monte en Corée du Sud. Un groupe d’abonnés mécontents grandit sous le nom "victimes de la 5G". Il espère rassembler plus de 1 million d’abonnés déçus par la nouvelle génération de mobiles pour lancer une action collective contre les trois opérateurs du pays, SK Telecom, KT et LG Uplus, via la plateforme de litige "Angry People". Une démarche inédite dans le monde, qui déplacerait pour la première fois la bataille anti-5G sur le terrain judiciaire.
Vitrine technologique du pays
La Corée du Sud se targue d’être le pays ayant ouvert les premiers services 5G mobiles au monde, en avril 2019, quelques heures avant les Etats-Unis. Elle s’impose comme le pays où le déploiement de cette nouvelle génération de mobiles est le plus avancé avec, à la fin janvier 2021, près de 13 millions d’abonnés, soit une pénétration de 18,5 % selon les chiffres du ministère sud-coréen des Technologies d’information et de communication. Le gouvernement sud-coréen a tout fait pour soutenir ce déploiement, avec l’ambition de faire de la 5G la nouvelle vitrine technologique du pays, à exporter partout dans le monde.
Les trois opérateurs ont rivalisé d’imagination pour mettre en valeur la 5G et la différencier de la 4G. Cela n’empêche pas un nombre grandissant d’abonnés d’être déçus, au point de pousser plusieurs centaines de milliers d’entre eux à revenir à la 4G. Ils reprochent aux opérateurs télécoms d’avoir vendu la 5G comme 20 fois plus rapide que la 4G, alors que dans la réalité ils peinent à voir la différence. Ils les accusent de faire payer deux à trois fois plus cher pour des services jugés médiocres et des performances pas à la hauteur des promesses. Ils pointent également la faible couverture, puisque près de la moitié des 110 000 stations de base radio 5G se trouvent concentrées autour de la capitale Séoul et de Suwon, ce qui signifie qu’ils sont plus souvent en 4G qu’en 5G.
Un précédent inquiétant pour les opérateurs télécoms
Le gouvernement a accordé en 2018, après enchères, des fréquences dans les deux bandes de 3,5 GHz et 28 GHz. Les services déployés jusqu’ici relèvent de la 5G non autonome (qui s’appuie les réseaux 4G existants pour fonctionner) et dans la seule bande de 3,5 GHz. Selon les experts, seule la 5G autonome (qui n’a pas besoin des réseaux 4G pour fonctionner) dans la bande de fréquences à ondes millimétriques, 28 GHz en Corée du Sud, offre tout le potentiel de la 5G. Mais la 5G dans la bande 28 GHz n’est prévue que dans une phase ultérieure de densification du réseau dans les centres villes, limitant les performances promises de la 5G aux zones urbaines fortement peuplées. Elle est également envisagée pour les réseaux privés industriels.
Cette initiative, si elle aboutissait à une action de groupe, pourrait faire des émules dans d’autres pays où les actions collectives sont possibles, comme les Etats-Unis et la France. Elle constituerait un précédent à même de faire réfléchir les opérateurs télécoms sur leur stratégie de communication autour de la 5G.



