Pourquoi la 5G déçoit les consommateurs en Corée du Sud, pays le plus avancé au monde

La Corée du Sud se targue d’être le pays le plus avancé dans le déploiement de la 5G. Mais l’expérience déçoit les abonnés au point de pousser plus d’un demi-million d’entre eux à revenir à la 4G. Un sérieux avertissement aux opérateurs mobiles qui se préparent à se lancer dans l’aventure.

 

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SK Telecom service 5G de visite VR
Service 5G de visite en réalité virtuelle de l'opérateur SK Telecom

La Corée du Sud focalise l’attention de tous les opérateurs télécoms dans le monde. Et pour cause : elle est le pays le plus avancé dans le déploiement de la 5G. Le gouvernement coréen a fait de son expérience dans cette nouvelle génération de mobiles sa vitrine technologique et un savoir-faire à exporter, comme il l'a fait en Chine ou en Inde.

La pénétration de la 5G la plus forte au monde

Les trois opérateurs télécoms nationaux, SK Telecom, KT et LG Uplus, ont ouvert leurs services mobiles 5G en avril 2019, faisant de la Corée du Sud le premier pays au monde à se lancer dans l’aventure, juste quelques heures avant les Etats-Unis. A la fin d’août 2020, le pays du matin calme comptait 8,65 millions d’abonnés à la 5G, selon les chiffres du ministère sud-coréen des technologies d'information et de communication, ce qui en fait le pays où la pénétration de cette technologie est - de loin - la plus forte au monde.

Mais à la vague d’enthousiasme de départ est en train de succéder un ressac de déception des consommateurs. Selon des chiffres publiés par le journal The Korea Herald, plus d’un demi-million d’abonnés 5G sont revenus à la 4G. En cause : des problèmes de débit, de couverture et de stabilité de connexion.

Les opérateurs KT et LG Uplus ont vendu la 5G comme 20 fois plus rapide que la 4G. Une promesse que des consommateurs ne voient pas au rendez-vous. Dans un article du Wall Street Journal, des abonnés affirment ne voir aucune amélioration par rapport à la 4G, tandis que d’autres se plaignent des coupures du service dès qu’ils quittent la capitale Séoul. Selon une étude du cabinet OpenSignal, la 5G n’est disponible pour les abonnés que pendant 15 % du temps. Pour les 85% restants, ils sont connectés à la 4G.

Passage à la 5G autonome

Les trois opérateurs télécoms ont pourtant fait un grand effort de valorisation de la 5G en proposant des services nouveaux comme le streaming en live à 380 degrés d’évènements sportifs, la visite en réalité virtuelle de parcs d’attraction ou encore les réunions virtuelles pour le partage d’évènements à distance. La déception en termes de débits s’explique par le fait qu’ils ont déployé la 5G non autonome (non standalone). Seules les antennes radio sont 5G. Il y en aurait plus de 115 000 déployés en provenance de Samsung, Nokia, Ericsson et Huawei (uniquement chez LG Uplus). Le transport et le traitement des données s’appuient sur les réseaux 4G existants.

Selon les experts, les promesses de la 5G ne seront visibles que lors du passage à la 5G autonome (standalone), qui fait appel à un cœur de réseau 5G. Cette version est en test chez les trois opérateurs. Son déploiement pourrait débuter avant la fin de l’année, ce qui ferait de la Corée du Sud le premier pays à entamer cette transition. Ce sera alors l’heure de vérité sur les promesses de la 5G.

La Corée du Sud se targue de maîtriser toute la chaîne de valeur de la 5G, des puces jusqu'aux terminaux, en passant par les équipements de réseaux. Ses atouts dans ce domaine résident dans deux grands industriels verticalement intégrés: LG et surtout Samsung, numéro un mondial des smartphones en passe d'émerger aussi comme un équipementier majeur de réseaux, grand challenger des européens Nokia et Ericsson.

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