Face à l’épuisement des ressources naturelles de la Terre, faut-il exploiter celles de la Lune ? Si la question fait débat, de nombreux projets allant dans ce sens émergent. A commencer par celui de la Nasa qui compte extraire des ressources minières du sol lunaire d’ici à 2032. Dans le privé, la start-up américaine Interlune – cofondée entre autres par deux anciens de Blue Origin, la société spatiale dirigée par Jeff Bezos – compte aussi extraire et commercialiser ces ressources. Notamment de l’hélium 3, un gaz rare sur Terre que l’on retrouve en abondance sur la Lune. Et pour cause, cet isotope de l’hélium fait l’objet de toutes les convoitises.
De la fusion nucléaire sans déchets
Il constitue un combustible prometteur pour la fusion nucléaire car, combiné à du deutérium, il ne produit pas de neutrons et ne génère donc pas de déchets, ni n’abîme la structure dans laquelle a lieu la réaction. La jeune pousse étasunienne Helion Energy développe d'ailleurs une technologie de fusion nucléaire à hélium 3. Elle a même annoncé en mai 2023 avoir signé un accord avec Microsoft pour lui vendre de l’électricité issue de la fusion nucléaire dès 2028. Encore faudra-t-il qu’elle s’approvisionne en hélium 3… Et, pas question d’aller le chercher sur la Lune pour le moment. Elle ambitionne de le produire elle-même, en fusionnant des atomes de deutérium.
Si le monde de la fusion nucléaire représente une opportunité commerciale importante pour Interlune, c'est aussi le cas de celui de l’informatique quantique. Le précieux isotope sert en effet à refroidir de manière efficace les ordinateurs quantiques les plus puissants grâce à son point d’ébullition extrêmement bas (3,2° Kelvin soit environ -270 degrés). La demande en hélium 3 dans ce domaine de recherche est donc importante, tout comme dans l’imagerie médicale, en particulier dans l'imagerie par résonance magnétique, et dans la sécurité (les portiques de détection de la radioactivité situés dans les ports et au niveau des frontières en contiennent).
Une usine pilote sur la Lune en 2028
Mi-mars, Interlune a annoncé avoir levé 15 millions de dollars (13,8 millions d’euros) pour poursuivre le développement de sa technologie d’extraction et de traitement d’hélium 3, mais aussi d’autres ressources naturelles comme des métaux industriels ou encore de l’eau. Il conçoit notamment un engin lunaire léger et peu énergivore qu’il serait possible d’envoyer sur la Lune et d’exploiter à un coût abordable selon lui. Son récent tour de table doit également lui permettre de concrétiser sa première mission lunaire, prévue en 2026, lors de laquelle il mesurera la concentration en hélium 3 sur un premier site. Ensuite, Interlune se consacrera à la construction d’une usine pilote sur la Lune qu’il doit mettre en service en 2028.




