«Vendôme a longtemps été un bassin de confection de produits en cuir. C'est ce qui a motivé le choix de Louis Vuitton de réhabiliter l'aile sud de l'abbaye de la Trinité», rappelle Xavier Garnavault, le directeur du développement économique de la communauté d'agglomération Territoires vendômois. Depuis 2020, à l'issue de deux ans d'une restauration menée par la maison Vuitton, le bâtiment classé monument historique, situé dans le quartier Rochambeau, accueille un atelier de fabrication de maroquinerie d'une centaine de salariés.
P.STOKLOSA/LOUISVUITTON Au-delà de l'image de Rochambeau, du nom d'un général français qui s'est illustré dans la guerre d'indépendance de États-Unis, «l'ambition de Louis Vuitton aura permis de redonner au lieu ses volumes d'antan tout en préservant son histoire», précise le groupe, né… place Vendôme. «Le nom est porteur de sens à l'international, mais nous avons avant tout choisi Vendôme pour sa beauté et son histoire afin d'y relocaliser le savoir-faire haut de gamme lunetier», défend Cédric Bimar, le directeur général de l'entreprise Icare située à Hongkong, où il est expatrié depuis trente-cinq ans. C'est l'heure du retour aux sources, au bord du Loir. «J'ai appris récemment que mon arrière-grand-père était originaire du Loir-et-Cher : un signe de plus pour y rapatrier notre centre de production», explique le dirigeant, qui aspire à voir Vendôme devenir la «plaque tournante du groupe» pour la France et l'Europe. Les deux premières phases de son projet seront l'installation d'un atelier, équipé des dernières machines à commandes numériques, dans un bâtiment de 2800 m2 près de la gare et la construction d'une base logistique.
Un lieu de savoir-faire traditionnels
Ces premiers investissements, évalués respectivement à 1,5 et 3 à 4 millions d'euros, exigent d'abord de mobiliser des compétences. «Nous recruterons jusqu'à une cinquantaine de salariés, mais commencerons avec une quinzaine pour produire 10000 pièces par mois avant d'atteindre 30 000 par mois.»
Cédric Bimar attend d'évaluer le succès des futures gammes «au design sophistiqué, toutes Origine France Garantie» pour s'autoriser à rêver d' «un showroom dans l'écrin des écuries de Rochambeau». Il suivrait ainsi les traces de Louis Vuitton et du porcelainier Marie Daâge, qui a entamé la réhabilitation du bâtiment K.
«Cette ancienne écurie de 1924, avec ses pierres de taille, correspondait en tout point à notre vœu d'un lieu patrimonial. Ses 400 m2 et sa forme allongée sont adaptés à notre travail», confie Axelle Renié, la directrice générale de l'entreprise. Des fours nécessaires aux cuissons de la peinture à main levée sur porcelaine, un savoir-faire du XVIIIe siècle, y seront installés et les ateliers de plain-pied assureront une manutention limitée. «Nous autofinançons cet investissement, dont l'objectif n'est pas économique, mais de valoriser notre image, notre marque employeur. Nous sommes heureux de réhabiliter un bâtiment de France qui abritera un atelier d'artisanat du XXIe siècle apportant modernité et confort. Ce lieu contribuera à l'attractivité de notre industrie», se réjouit Axelle Renié. Avec l'appui de l'agence locale Be LC, Marie Daâge a déjà recruté cinq peintres sur le bassin d'emploi vendômois, qui travaillent dans un atelier provisoire avant l'issue des travaux, mi-2025.
Une seconde vie a été donnée à Rochambeau, au goût de prestige… qui pourrait se concrétiser bientôt par l'arrivée d'un restaurant gastronomique dans le dernier bâtiment de l'esplanade.

Vous lisez un article de L'Usine Nouvelle 3738 - Janvier 2025



