Être sensible à la préservation des océans, mais surfer sur des planches en plastique… Voilà le paradoxe qui a inspiré au Finistérien Jérémy Lucas le nom de sa société, Paradoxal Surfboards, créée en 2020. «On n'a pas le choix aujourd’hui que d’utiliser du matériel fait à base de pétrole. Je pense aux planches, mais il y a aussi les combinaisons, les gants, les chaussons, la cagoule, les dérives de surf etc», affirme-t-il. C’est cloué au lit par une intoxication au sulfure d'hydrogène - un gaz dégagé par les algues vertes en décomposition -, alors qu’il sortait d’une session de surf, que Jérémy Lucas a eu une prise de conscience. Pourquoi ne pas utiliser ces mêmes algues qui prolifèrent dans sa région pour fabriquer des planches de surf localement ?
L’entrepreneur crée alors dans la foulée un prototype de planche de surf dans lequel il incorpore de l’amidon de maïs à la place des algues pour répondre dans un premier temps à la question : «Suis-je suis capable d'imprimer en 3D en grand volume une planche et de la stratifier ?», explique-t-il. Ce procédé de fabrication, en plus d’offrir la possibilité de créer des designs complexes - en forme d’alvéoles dans le cas de Paradoxal Surfboards -, et de n’être que peu énergivore, permet de façonner de manière plus précise l’objet. «Lorsque vous avez un monobloc de polystyrène ou de polyuréthane, vous avez la même densité de matière, d'un point A à un point B. Avec l’impression 3D, on est capable de consolider des zones de fragilité, notamment la zone d'appui pour les pieds, par exemple, sur un surf», détaille Jérémy Lucas.
Paradoxal Surfboards 2 kilos d'algues vertes pour produire une planche
Après une pause de près de deux années, en mai 2023, le Breton remporte le premier prix du Ocean pitch challenge, un concours qui récompense des initiatives en faveur de la protection des océans. «Ca a catapulté le projet très loin sur le devant de la scène», se réjouit-il. De quoi lui permettre de façonner durant l’été un deuxième prototype à partir de sargasses, une autre espèce d’algues qui dégagent elles aussi des gaz toxiques, et prolifèrent de l’autre côté de l’Atlantique, dans le golfe du Mexique et les Antilles. «L'essence même du projet, c'est l'algue verte, bien sûr, mais c'est plus complexe à mettre en place», précise le chef d’entreprise.
Pour se fournir en matière organique et industrialiser sa production de planches en algues vertes, Jérémy Lucas s’est associé avec des sociétés bretonnes spécialisées dans la valorisation de ces dernières. Celles-ci les ramassent, les nettoient, les sèchent et les broient pour en faire de la poudre utilisée ensuite pour fabriquer les planches. De la fibre de verre et de la résine époxy biosourcée sont ensuite posées pour étanchéifier et solidifier l’objet. Objectif pour la jeune société : lever suffisamment de fonds pour lancer les précommandes dès le mois de mars 2024 et livrer les planches, vendues autour de 1 000 euros, l’été suivant.
D’après Jérémy Lucas, 2 kilos d’algues vertes suffisent à produire le kilo de poudre nécessaire à la fabrication de chaque planche. Ce n’est donc pas grâce à son innovation, aussi important son succès soit-il au moment de sa commercialisation, qu’il parviendra à nettoyer les plages. Mais qu’importe, le principal pour lui étant de proposer une alternative «made in Breizh» aux produits issus du pétrole.




