Près de 50 ans après la sortie des Dents de la mer, deux notes de musique (en l'occurrence, un mi suivi d'un fa) suffisent encore à faire frissonner les squalophobes. La peur de finir dévoré par un requin affamé pourrait cependant bientôt disparaître, grâce à la combinaison ultra-résistante développée par la start-up australienne Shark Stop. Son créateur, Haydon Burford, s'est lancé dans ce projet il y a cinq ans avec l'ambition d'offrir aux surfeurs un niveau de sécurité similaire à celui auquel ont accès les motards.
Des entailles moins profondes
Les ingénieurs à l'origine de ce projet pensaient pouvoir fabriquer cette tenue de protection avec du Kevlar, une fibre synthétique incroyablement solide, mais ont dû renoncer en raison de son poids, incompatible avec la pratique de sports maritimes. Ils ont finalement opté pour le polyéthylène de masse molaire très élevée (UHMPE), un matériau plus léger et pourtant plus adapté, puisque son potentiel anti-abrasif est jusqu'à 15 fois plus important que celui de l'acier. Un avantage qui explique qu'il soit déjà utilisé pour produire des gilets pare-balles et autres accessoires militaires.
Sa robustesse a été testée dans le sud de l'Australie par l'intermédiaire de Charlie Huveneers, professeur à l'université Flinders. Il ne s'agissait pas de désigner un volontaire et de prier pour qu'il ressorte de l'expérience vivant, mais simplement d'amener un requin à mordre une perche enveloppée dans le tissu conçu par Shark Stop. Lorsque l'étoffe a été retirée de l'eau, le chercheur a pu constater que la profondeur et la largeur des entailles étaient bien plus faibles que sur du néoprène, un caoutchouc synthétique dans lequel sont fabriquées la plupart des combinaisons de surf et de plongée.
Une espèce en danger
« Évidemment, nous sommes conscients que cela ne va pas empêcher les fractures ou les blessures internes, a admis Charlie Huveneers lors d'une interview accordée à ABC News. Mais nous savons que la principale cause de décès par morsure de requin est la perte de sang. Pouvoir réduire celle-ci aiderait les services d'urgence à sauver la victime à temps ». Un discours qui semble avoir séduit les passionnés : la campagne Kickstarter de la start-up a déjà récolté plus de 100 000 euros.
Pour s'offrir une combinaison anti-requin, il leur faudra débourser 995 dollars australiens (environ 630 euros) et patienter jusqu'en juillet 2022 pour les premières livraisons. D'ici là et comme chaque année, des dizaines de millions de squales auront été tués, pour être consommés ou pour extraire leur huile de foie afin d'en faire des cosmétiques. Des chiffres à comparer avec ceux des chercheurs de l'International Shark Attack File, qui ont répertorié 73 attaques de requins non-provoquées en 2021, parmi lesquelles 11 mortelles.




