Le temps n’est plus à la déclaration d’intention. Un an après avoir pris l’engagement de devenir neutre en carbone en 2050, Saint-Gobain engage un plan soutenu par environ 100 millions d’euros d’investissements par an d’ici à 2030 pour financer les projets R & D et industriels de transition énergétique. Le plan est ambitieux. Le groupe de matériaux est un grand consommateur d’énergie et sa neutralité carbone passera forcément par des compensations pour les émissions résiduelles.
Mais Saint-Gobain a accru ses ambitions de réduction de ses émissions de CO2 visant les scopes 1 et 2, soit les émissions directes et indirectes liées à la production, qui représentaient 10,8 millions de tonnes en 2019. Le groupe ciblait initialement une diminution de 20 % d’ici à 2025, par rapport à 2010. Il a atteint 14,5 % en 2019 et vise dorénavant une baisse de 33 % entre 2017 et 2030. Il a aussi décidé de s’attaquer aux émissions du scope 3, évaluées à 24 millions de tonnes de CO2 en 2019, et qui proviennent des achats de biens et de services, des activités liées à l’énergie et de l’impact des transports et de la distribution en amont et en aval. L’objectif est de les réduire de 16 % entre 2017 et 2030. Pour y parvenir, quatre principaux leviers seront activés : amélioration et innovation des procédés, optimisation des consommations énergétiques, transition vers une énergie décarbonée et travail avec les fournisseurs et les logisticiens.
Capteurs, approche locale, éco-conception et stockage de CO2
Sur le front des procédés, le groupe va œuvrer sur plusieurs axes. Il s’appuiera sur les technologies de l’industrie 4.0, notamment avec le déploiement de capteurs et l’utilisation d’algorithmes sur les chaînes de production. Il prévoit également d’établir des «feuilles de route par métier et par pays, car les procédés et les sites de Saint-Gobain sont très différents et nécessitent de trouver ou d’inventer des solutions distinctes et des approches au niveau local», souligne Emmanuel Normant, le directeur du développement durable. Saint-Gobain veut aussi améliorer la conception des produits pour les alléger et les fabriquer avec davantage de matières premières bas carbone et recyclées. Enfin, des efforts porteront sur le développement de systèmes de captage et de stockage de CO2 au plus près des procédés.
Par ailleurs, le groupe travaillera sur la baisse de sa consommation d’énergie, en s’appuyant sur des outils digitaux pour ajuster les besoins et sur l’extension des systèmes de récupération des pertes de chaleur et d’énergie. Des installations pilotes ont déjà été déployées sur deux sites de production de verre plat, à Pise, en Italie, et à Chennai, en Inde, «avec de petites turbines qui utilisent la chaleur des fours pour produire de l’électricité», indique Emmanuel Normant. L’énergie thermique récupérée peut aussi être convertie en air comprimé pour le fonctionnement du système pneumatique de certaines machines.
Pour sa transition vers les énergies bas carbone et décarbonées, Saint-Gobain étudie de multiples pistes : électricité verte, substitution de fioul lourd par du gaz naturel puis du biogaz, biomasse, électrification directe, recours à de l’hydrogène vert. Des avancées ont été accomplies. En 2019, 55 % de la consommation totale d’énergie des procédés industriels du groupe provenait de technologies 100 % électriques. C’est le cas pour la production de laine de verre en France, qui est bas carbone avec de l’électricité d’origine nucléaire. Emmanuel Normant signale toutefois que dans d’autres pays, les «unités de production de laine de verre fonctionnent au gaz. Si nous les convertissions avec des fours électriques, nous augmenterions l’empreinte carbone lorsque l’intensité carbone de l’électricité est élevée, notamment quand elle est produite à partir de charbon. Nous ne pouvons donc pas déployer dans ces pays notre solution électrique aujourd’hui». Le directeur du développement durable pointe également les procédés de fabrication de verre plat, qui nécessitent des fours à gaz. «Nous ne savons pas encore produire avec des fours électriques, mais nous y travaillons. L’hydrogène pourrait aussi être une solution. Tout ne dépend pas de nous, mais aussi de la capacité à disposer de sources énergétiques décarbonées là où nous opérons», précise-t-il.
Implication des fournisseurs
Enfin, sur le scope 3, Saint-Gobain va devenir plus exigeant envers ses fournisseurs, au nombre de 180 000 dans le monde. Le groupe veut évaluer leurs performances en termes d’émissions et leurs engagements de développement durable. Il travaillera plus étroitement avec ses transporteurs pour optimiser les chaînes logistiques, améliorer l’efficacité énergétique ou encore remplacer du transport routier par du ferroviaire ou du fluvial.
D’autres engagements, à l’horizon 2030, ont été dévoilés. Saint-Gobain table, par rapport au niveau de 2017, sur une réduction de 80 % des résidus de production et de ses déchets non valorisés et une amélioration de 30 % des prélèvements de matière première vierge. Sur l’eau, il compte réduire de moitié ses prélèvements pour usage industriel et parvenir au zéro rejet d’eau industrielle dans les zones de sécheresse où il opère. Enfin, il vise 100 % d’emballages recyclables d’ici à dix ans, avec des contenus d’au moins 30 % de matériaux recyclés ou biosourcés.
La laine de verre davantage recyclée
L’entreprise Isover, spécialiste de l’isolation au sein du groupe Saint-Gobain, a lancé depuis deux ans une filière de récupération et de recyclage de laine de verre en France. En deux ans, Isover Recycling a revalorisé 150 tonnes de laine de verre usagée. L’objectif est de parvenir à 400 tonnes à la fin 2021, et jusqu’à 150 000 tonnes d’ici à 2030. Actuellement, les déchets de laine de verre issus de la déconstruction de bâtiments sont estimés à 75 000 tonnes par an, qui finissent en grande majorité enfouis. Or, avec la vague de rénovation des bâtiments construits dans les années 1970 et 1980, ce volume devrait doubler. Ce qui permettra à Isover Recycling de disposer de davantage de ressources, tout en augmentant de 40 à 80 % la part de matériaux recyclés dans les produits Isover, toujours à horizon 2030. En plus de la mise au point du procédé de traitement de ces déchets pour les transformer en calcin, qui est ensuite réinjecté dans le procédé de production de nouvelles laines de verre, la société a monté, en amont, une filière de collecte. Un réseau de 20 collecteurs, couvrant 60 déchetteries dans 35 départements, permet d’alimenter la boucle.



