C’est loin d’être suffisant. Très loin, même. Alors qu’un taux d’infection de 70% parmi la population française permettrait d’enrayer mécaniquement la circulation active du SARS-CoV-2 sur le territoire, seulement 6% des Français auraient été infectés. C’est ce qui ressort d’une étude de l’Institut Pasteur publiée le 20 avril, en collaboration avec Santé Publique France et le CNRS. Ce très faible taux d’immunité collective représente donc un risque majeur de voir apparaître une seconde vague épidémique si toutes les barrières instituées par le confinement devaient être levées, souligne l’Institut Pasteur.
Le confinement porte ses fruits
Ce résultat prouve en tout cas que la stratégie de confinement instaurée depuis le 17 mars porte ses fruits. Selon l’étude, le fameux R0, le nombre de reproduction du nouveau coronavirus, serait passé de 3,3 à 0,5. Concrètement, avant le confinement, chaque porteur du virus contaminait plus de trois personnes. Aujourd’hui il ne contaminerait que moins d’une personne.
Cet effondrement de 84% de la transmission du SARS-CoV-2 dans la population en France a permis d’inverser la courbe, en premier lieu pour le système de santé. Entre fin mars et la mi-avril, le nombre d’admissions dans les services de réanimation a ainsi chuté de 700 par jour à 200 par jour. D’ici au 11 mai, soit au début du déconfinement, l’Institut Pasteur estime que ce nombre devrait se limiter à une fourchette de 10 à 45 admissions par jour.
12,3% en Ile-de-France, 1,4% en Nouvelle-Aquitaine
Le taux d’infection de la population française affiche de fortes disparités selon les régions. L’Ile-de-France détient le record, avec 12,3%, juste devant le Grand Est (11,8%). La troisième région la plus infectée est celle des Hauts-de-France, avec 6,1%, juste devant la Bourgogne-Franche-Comté, à 5,7%. Les régions avec les plus faibles taux sont les Pays-de-Loire (1,9%), la Bretagne (1,8%), et la Nouvelle-Aquitaine avec seulement 1,4%.
Les chercheurs de l’Institut Pasteur ont employé des outils de modélisation mathématique et statistique pour l’analyse détaillée des hospitalisations et des décès liés au Covid-19 à partir des données hospitalières. Lesquelles concentrent les formes sévères. L’étude a ainsi également pris en compte les résultats des enquêtes épidémiologiques pour ajouter les formes moins sévères de Covid-19.
Fortes disparités d'hospitalisation et de mortalité
L’étude a permis de mettre en évidence certaines autres données notables. Comme celle du risque d’hospitalisation moyen, qui serait seulement de 2,6% pour les personnes infectées. Là encore, de fortes disparités sont observées selon l’âge et aussi le sexe. Le plus fort taux, de 31,4%, concerne les hommes âgés de plus de 80 ans, tandis qu’il est moitié moindre pour les femmes du même âge (15,9%). Chez les personnes de moins de 20 ans, le risque d’hospitalisation plafonne à 0,1%.
Les disparités sont également fortes concernant le taux de mortalité chez les personnes infectées. En moyenne, il s’établit à 0,5%. Mais il atteint 13,2% chez les hommes de plus de 80 ans, quand il se limité à 5,4% chez les femmes du même âge. Pour les moins de 20 ans, le taux tombe à 0,001%.



