Le recycleur Paprec et l’embouteilleur du Loiret la Laiterie de Saint-Denis de l’Hôtel (LSDH) y travaillaient depuis 2017. En ralliant un fabricant de préformes et bouchons (SGT, en Loire-Atlantique), un fabricant de bouteilles (PDG Plastiques, dans le Loiret) et un grand acteur de la distribution (Carrefour), ils ont démontré leur capacité à fabriquer et à mettre sur le marché de nouvelles bouteilles de lait en PET opaque recyclé, jusqu'à 100%.
Cette résine de polyéthylène téréphtalate (PET) additionnée d'une charge minérale opacifiante (généralement du dioxyde de titane pour le blanc et du noir de carbone pour le noir), dont les volumes ont explosé depuis 2016, n’est à ce jour pratiquement pas recyclée. Pire, elle perturbe le recyclage du PET, résine la mieux valorisée parmi tous les flux de déchets plastiques, en dégradant la matière. Elle est utilisée notamment dans certaines bouteilles de lait, reconnaissables à leur aspect plus lisse, plus brillant et à l'absence d'opercule aluminium sur le goulot des bouteilles.
Du PET opaque certifié contact alimentaire, en boucle fermée
Le défi technique n’était pas mince pour atteindre un grade contact alimentaire et un aspect satisfaisant sur ce PET multicouche additionné d'opacifiants. Pour cela, la filière a pu s’appuyer sur le savoir-faire très avancé de la France sur le segment du bottle-to-bottle, développé entre autres dans l’usine FPR opérée par Paprec et Suez à Limay (Yvelines).

- 36622.07+1.57
1 Avril 2026
Palladium - prix d'achat€/kg
- 69.4+7.26
Février 2026
Cours des matières premières importées - Pétrole brut Brent (Londres) en dollars$ USD/baril
- 120-3.15
Février 2026
Indices des prix internationaux des matières premières importées - Pâte à papier - En eurosBase 100 en 2010
Il fallait aussi faire le pari de l’adhésion du consommateur : est-il prêt à acheter des bouteilles de lait grises, et non plus blanches ? Le recyclage de bouteilles en PET opaque, composées d’une couche blanche à l’extérieur et d’une couche noire à l’intérieur, ne peut donner à la refonte que du gris. LSDH et Carrefour ont accepté de prendre ce risque, pariant sur la compréhension et sur l’engagement environnemental de leurs clients.
Carrefour Carrefour sera, au second semestre 2020, la première enseigne à proposer des bouteilles de lait intégrant (à une teneur de 50%) les matières premières issues du recyclage de bouteilles en PET opaque, sur ses références 1 litre de lait entier Carrefour bio et de lait écrémé Carrefour Bio, reconnaissables à leur couleur gris perlé. Le groupe précise pouvoir économiser près de 80 tonnes de plastique vierge par an dès cette année, et prévoit d’augmenter ses volumes au fur et à mesure de la collecte des bouteilles.
D’autres projets émergent pour recycler ce PET opaque et retourner à une matière compatible avec le contact alimentaire, comme le recyclage enzymatique du français Carbios. Mais leur industrialisation reste plus lointaine.
Producteurs et consommateurs ont changé
Sur ce point, "un plafond de verre a récemment explosé", affirme Sébastien Petithuguenin, directeur général en charge de la division plastiques du groupe familial Paprec. "Jusqu’à récemment, les producteurs qui intégraient du plastique recyclé dans leurs emballages préféraient rester discrets, il fallait donc que cela ne se voie pas. Désormais, certains d’entre eux l’écrivent sur la bouteille. Distributeurs et consommateurs ont évolué favorablement."
"Les études montrent que les consommateurs acceptent cette couleur de bouteille si nous l'informons qu'elles intègrent de la matière recyclée provenant d'autres bouteilles en PET opaque", confirme Laurent Francony, directeur qualité chez Carrefour.
Réorganiser le tri des plastiques
Maintenant que l’ensemble de la chaîne de valeur du recyclage et des nouvelles bouteilles travaille de concert, le passage à l’échelle industrielle ne dépend plus que de sa capacité à s’approvisionner, dans des volumes suffisants et dans la bonne qualité de bouteilles à recycler. Aujourd’hui, les centres de tri sont capables de trier le PET clair (bouteilles d’eau et de jus), le PET opaque et le PET coloré (bouteilles d’eau gazeuse). Mais pour alimenter cette filière de bouteilles en boucle fermée, il va désormais falloir séparer le PET opaque blanc (bouteilles de lait) du PET opaque coloré (principalement détergents et lessives). Les membres du consortium attirent l’attention des pouvoirs publics et de l’éco-organisme chargé d’organiser la fin de vie des emballages, Citeo, sur la nécessité d’encadrer ce tri fin. Selon Citeo, "les emballages en PET opaque représentent un peu plus de 1% des emballages ménagers en plastique en France."
Une réponse aux obligations d’intégration de matière recyclée
Cette avancée apporte une réponse partielle aux industriels qui vont devoir, en vertu de la directive européenne sur les plastiques à usage unique (SUP), "qui prévoit une obligation d’intégrer 25% de matières plastiques recyclées dans les bouteilles pour boisson en PET et fait de la boucle fermée bottle-to-bottle une priorité industrielle et réglementaire", rappelle le consortium. Le PET opaque recyclé n'est, pour l'instant, pas disponible.
La France, en revanche, devra peut-être reconsidérer sa trajectoire d’interdiction de tous les plastiques à usage unique d’ici 2040 si elle ne veut pas décourager les investissements industriels dans le secteur du recyclage. Elle pourrait par exemple imaginer un traitement différent des plastiques à usage unique dont le recyclage en upcycling (pour une application équivalente ou à plus forte valeur ajoutée) est possible.
Citeo fédère les projets sur le PET opaque
Citeo, l’éco-organisme chargé de financer et d’organiser la fin de vie des emballages ménagers et des papiers-cartons, a présenté le 22 janvier les résultats de son appel à projets, lancé en 2017, sur le PET opaque. 12 projets sont accompagnés à hauteur de 2 millions d’euros. La première famille de projets porte sur l’éco-conception, en faveur de la baisse du taux d’opacifiant qui perturbe le recyclage en dévalorisant la matière régénérée (il rend le plastique recyclé cassant). Ce taux, qui variait de 5 à 10% en moyenne, a été divisé par deux tout en préservant les qualités de conservation de la matière. D’autres pistes sont explorées, comme l’ajout de manchons ou de colorants organiques pour se passer totalement d’opacifiant. Restera à s'assurer qu'eux non plus ne perturbent pas le recyclage.
La seconde famille de projets accompagnés porte sur la construction d’une filière de recyclage dédiée. Outre le projet bottle-to-bottle porté par Paprec et LSDH, des filières pour des applications à moindre valeur ajoutée (pour la matière) ont le mérite d'exister déjà à l'échelle industrielle. Le producteur de fibres non tissées polyester Freudenberg Performance Materials, par exemple, a développé un doseur pour réguler la quantité de PET opaque injecté dans la ligne de recyclage. Le groupe Soprema a lancé en 2019 une ligne de recyclage des PET complexes en isolants pour le bâtiment.
Depuis l’émergence du PET opaque dans les emballages en 2016-2017, Citeo (alors Eco-emballages) a mis en place plusieurs actions. Il a demandé aux industriels du lait, qui figurent parmi ses actionnaires, de stabiliser les volumes de PET opaque utilisés dans leurs bouteilles dans l’attente d’une solution de recyclage. Il a également instauré, à la demande de Ségolène Royal (alors ministre de l'Environnement) un malus de 100% sur l’éco-contribution (la participation financière des industriels à la gestion de la fin de vie de leurs produits) sur ces bouteilles lorsqu’elles contenaient plus de 4% d’opacifiant. En 2019, aucun emballage n'était frappé par ce malus, tous étant passés sous les 4%.



