«Nous atteindrons notre objectif, car c’était un engagement de la compagnie», lance, confiant, Jean-Marc Durand, directeur raffinage Basechem Europe de TotalEnergies. Lorsque le gouvernement a lancé son plan de décarbonation des 50 sites industriels les plus émetteurs en France, en novembre 2023, le pétrolier s’est engagé auprès de l’Etat à réduire de 50% les émissions sur ses cinq raffineries françaises, Donge, Feyzin, Normandie, La Mède et Grandpuits, d’ici à 2030, sur les scopes 1 et 2.
L’objectif est ambitieux et l’effort pour y parvenir certain. Mais la base de référence reste le niveau d'émissions de 2015. Or, à cette date, la raffinerie de la Mède (Bouches-du-Rhône) n’avait pas encore été convertie en bioraffinerie et celle de Grandpuits (Seine-et-Marne) en cours de conversion à une plate-forme zéro fossile, n’était pas encore arrêtée. Une partie du chemin était donc déjà parcouru en 2023.
Un objectif trompe-loeil
Dans son dernier rapport Climat (où il ne publie pas de chiffres par pays), TotalEnergies annonce ainsi qu’en 2023, sur ses scope 1 et 2, il avait déjà réduit de 24% ses émissions de CO2 dans le monde (toujours en comparaison avec 2015), pour un objectif de -40% en 2030, mais sans détailler. Sur l’efficacité énergétique, un de ses principaux leviers d’action pour éviter les émissions de ses raffineries avec la conversion en bioraffinerie et le recours à l’hydrogène vert en attendant le captage de CO2, TotalEnergies concède à donner des indications un peu plus fines. TotalEnergies a un plan d’investissement de 1 milliard de dollars dans l’efficacité énergétique, dont 400 millions pour sa branche de raffinage-chimie. En 2023, il indiquait même un montant de 128 millions pour les raffineries françaises.
TotalEnergies installe notamment des systèmes de récupération de chaleur et remplace petit à petit les turbines utilisées pour produire de la vapeur par des moteurs électriques. «L’efficacité énergétique, c’est 2 millions de tonnes de CO2 en moins par an au niveau de la compagnie dont 1 million de tonnes de CO2 en moins pour le raffinage-chimie européen, indique Jean-Marc Durand. Des travaux engagés lors du grand arrêt du reformeur sur la raffinerie de Normandie ont permis de réduire de 60000 tonnes par an de CO2 les émissions de la plateforme.» Sur ces projets, TotalEnergies peut obtenir des aides publiques, notamment du fonds chaleur de l'Ademe.
Lors de la présentation de sa stratégie aux investisseurs le 2 octobre à New York (durant laquelle TotalEnergies a par ailleurs annoncé augmenter de 3% par an sa production d'hydrocarbures dans le monde, en particulier du GNL), Bernard Pinatel, le directeur Marketing & Services de TotalEnergies a annoncé une "saison 2" du plan efficacité pour 2026-2028, de 400 millions d'euros dans l'activité raffinage chimie dans le monde, avec les même objectif que pour la saison 1, à savoir 1 million de dollars d'économie par an sur les coûts énergétiques et un réduction de 1 million de tonnes de CO2 par an supplémentaire.
Des projets hydrogène en retard
Pour décarboner ses sites, TotalEnergies met aussi en avant sa décision de flécher une partie de sa production d’énergies renouvelables en Europe vers la consommation de ses raffineries européennes. Mais, les françaises étant déjà approvisionnées par de l’électricité du réseau décarbonée à 96%, cette initiative n’a qu’un impact très faible sur les sites français.
L’approvisionnement des raffineries en hydrogène vert, nécessaire au process de raffinage, aura lui un impact fort sur les émissions. Mais si un contrat a bien été signé avec Air liquide pour décarboner la raffinerie de Normandie, le projet Masshylia avec Engie pour décarboner La Mède (Bouches-du-Rhône) patine. «Nous travaillons avec le fabricant d’électrolyseurs John Cockerill dont la technologie continue à être affinée pour répondre aux besoins, explique Jean-Marc Durand. Mais l’ambition est toujours là.» Ces projets doivent bénéficier d’aides publiques dans le cadre d'un Projet Important d’Intérêt Européen Commun (PIIEC).
Quant au premier contrat signé par TotalEnergies avec Air Product pour lui fournir 70000 tonnes d’ammoniac vert à partir de 2030, dans le cadre d’un appel d’offres 2023 pour acheter 500 000 tonnes d’hydrogène vert par an pour décarboner ses raffineries, il ne concerne que ses sites belges, néerlandais et allemands.
La conversion de la raffinerie de Grandpuits en plate-forme zéro fossile avance, elle, comme prévu. L’unité de recyclage chimique de plastique devrait être inaugurée «d’ici à la fin de l’année» et l’unité de production de bio-kérosène, dont la construction commence, d’ici à fin 2025. En phase de finalisation des études, une unité de recyclage mécanique de plastiques doit entrer en service en 2026 et un méthaniseur en 2027.
Un besoin de cadre réglementaire plus incitatif
Le seul sujet pour lequel TotalEnergies est bloqué par l’Etat concerne le captage de CO2 sur ses vapocraqueurs pour aller ensuite le stocker en mer. «Un schéma avec capture serait plutôt à l’horizon 2030 plus, indique le directeur Raffinage Base Chem Europe. Ce n’est pas la première priorité, car le cadre réglementaire européen n’incite pas encore faire ce type de projet.» Si l’Europe incite à l’utilisation de l’hydrogène vert en l’associant «à une diminution de pénalités, elle n’oriente pas vers la captation de CO2». Et TotalEnergies attend que la France finisse la transposition des réglementations européennes. «Nous avons besoin d’un cadre réglementaire fixe pour faire nos choix d’investissements, y compris pour l’hydrogène».



